‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 136 sur 267 · Abelly, plus tard évêque de Rodez · texte numérisé non relu

Abelly, plus tard évêque de Rodez

2. Cette lettre ainsi que celle du 16 septembre furent publiées pour la première fois en 1726 par le Journal de Trévoux, « Quoique j'aie lu beaucoup de lettres du saint, dit Collet, je n'en ai lu aucune de lui où il y ait autant de feu et de vivacité. »» {Vie de saint Vincent, tome I«*', p. 529, édition de 1748.)

3. M. Antoine Dufour, né à Montdidier en i6i3; reçu à Paris le 3i décembre i636. Le supérieur de Saintes s'appelait Claude Du four*

nécessité pour tous, c'est aussi un sujet de mérite pour les personnes à qui Dieu fait la grâce de réduire tout en bien comme vous faites.

Vous savez bien, Monsieur, que sans les désordres il n'y aurait point de règlement ; mais nos inclinations se portent au mal en tant de manières, qu'il a été de la prudence divine et humaine de leur opposer des remèdes spécifiques. C'est pour cela que l'Ancien et le Nouveau iTestament sont pleins de commandements, de conseils et de règles de salut; que l'Église a tant fait d'ordonnances et de décrets, et que les jurisconsultes ont établi des lois pour les choses civiles.

Les règles que vous avez sont maximes évangéliques et moyens pour les garder, à peu près les mêmes que nous pratiqfuons de deçà, où personne, grâce à Dieu, ne s'en est encore plaint. Que si le nombre vous en semble excessif, je vous supplie de considérer combien grand est celui des préceptes divins, des canons, décrets, lois et admonitions, dont je viens de parler : plusieurs gros volumes ne les peuvent contenir. Il se peut faire néanmoins que vous ayez peine de la diversité des choses qui vous, sont recommandées, et de ce que peur-être on vous presse trop pour les observer ; je suis bien aise que vous m'en ayez écrit, parce que je prierai les visiteurs de faire attention ci-après à ne rien ordonner que fort à propos ; comme je prie votre supérieur de vous traiter doucement, en cas que par le passé on ait manqué à le faire, même de vous changer de lieu si vous le désirez.

La Compagnie a toujours été bien satisfaite de votre exactitude; ceux qui vous ont vu ici en ont été fort édifiés, et, à ce que j'apprends, ceux qui habitent maintenant avec vous ne le sont pas moins ; ce qui me fait juger que la petite repu-

gnance que vous avez est une production du mauvais esprit, qui veut vous ennuyer dans un si beau chemin. Je vous prie, Monsieur,.ne l'écoutez pas; car si deux ou trois règles vous

déplaisent pour être superflues, à voire égard, un autre les affectionne, parce qu'elles lui conviennent. Les enfants de Notre-Seigneur marchent bonnement dans ses voies, ils ont confiance en lui; aussi, quand ils tombent, il les relève ; et si, au lieu de s'arrêter à maugréer la pierre où ils ont bronché, ils s'humilient de leur chute, il les fait avancer à grands pas en son amour. C'est ce que j'espère de vous. Monsieur, qui êtes tout à lui, par sa miséricorde, et qui ne respirez que sa sainte volonté.

Il y a grande différence entre la vie apostolique et la solitude des Chartreux; celle-ci, à la vérité, est très sainte, mais elle n'est pas convenable à ceux que Dieu a appelés à la première, qui en soi est plus excellente ; autrement saint Jean- Baptiste et Jésus-Christ même ne l'auraient pas préférée à l'autre, comme ils l'ont fait, en quittant le désert pour prêcher aux peuples. Outre que la vie apostolique n'exclut pas la contemplation, elle l'embrasse et s'en prévaut pour mieux connaître les vérités éternelles qu'elle doit annoncer; et d'ailleurs elle est plus utile au prochain, lequel nous avons obligation d'aimer comme nous-mêmes, et par conséquent de l'aider d'une autre manière que ne font pas les solitaires. Et quoiqu'il vous semble que vous vous acquitteriez plus volontiers des devoirs de cette sainte religion que de ceux de notre petit institut, vous y seriez sans doute trompé comme beaucoup d'autres, qui ont quitté leur véritable vocation pour entrer dans une manière de vie différente, en laquelle ils ont trouvé moins de satisfaction. Pourquoi ? parce que les difficultés qu'ils ont pensé fuir n'étaient pas dans la chose qu'ils ont délaissée, mais dans leur propre imagination, la qualité de l'esprit se trouvant la même partout, faute de la corriger par une continuelle mortification. Au reste. Monsieur, vous savez que nous ne sommes pas religieux et n'avons pas l'intention de l'être; Dieu ne nous a pas jugés propres pour cet

état. Prions-le 'qu'il nous rende dignes de celui où il nous a mis, etc.

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