A LIANCOURT
Commencements de la Fronde. — > Démarche infructueuse près de Mazarin.
Paris, 5 septembre 1648.
Mademoiselle,
Béni soit Dieu de la sollicitude que Notre-Seigneur vous donne pour vos chères filles et pour moi, dans ces émotions populaires. Nous voilà tous, par la grâce de Dieu, sans que Notre-Seigneur nous ait faits dignes de souffrir quelque chose pour lui en ce rencontre *.
Assurez-vous, au reste, qu'il n'y a rien' que j'aie pensé de-
1. Liancourt (Oise), localité souvent visitée par M"* Le Gras.
2. Cette lettre est écrite après les premiers troubles qui suivirent le commencement de la Fronde. Les conseillers Broussel etBlancménil avaient été arrêtés le 26 août. Le lendemain 27 avait eu lieu la journée des Barricades, dont le cardinal de Retz avait été le principal instigateur.
Pendant que le coadjuteur profanait la sainteté de son caractère et contristait la religion, dont il était le ministre, en se posant en chef de parti et en excitant à la guerre civile, son vieux précepteur la consolait par ses vertus surhumaines, et vouait le nom de saint Vincent de Paul à l'éternelle vénéraration des hommes en épanchant de son cœur, comme d'une source intarissable, les flots d'une charité toute divine. Il s'efforçait de calmer les esprits en -exhortant les deux camps à la concorde. Il travaillait avec ardeur à mettre fin à une lutte impie. Il usait de l'ascendant que son mérite éminent lui donnait -sur Anne d'Autriche pour l'émouvoir par le tableau des souffrances du peuple et la disposer à faire toutes les concessions compatibles avec l'autorité royale. L'humble prêtre semblait avoir pour mission de remédier en
voir dire que je n'aie dit par la grâce de Dieu; je dis à Tégard de toutes choses. Le mal est que Dieu n'a pas béni mes paroles, quoique je voie celles qu'on dit de la personne dont vous entendez me parler ^ II est vrai que je tâche de les dire à la manière que font les bons anges, qui proposent sans se troubler, lorsqu'on ne fait pas usage de leurs lumières.
C'est la leçon que m'a apprise le bienheureux cardinal de Bérulle; et j'ai les preuves que je n'ai pas grâce, mais que je gâte tout, quand j'en use autrement,
Si vous désirez passer chez M"* de Saint-Simon, pourquoi non ? Les choses vont ici tout doucement; vos malades commencent à se mieux porter partout.
Je tâcherai de dire un mot à M. le comte de Maure'; j'ai peur pourtant de gâter la chose par ma misère : je ne le voudrais point en particulier maintenant. Notre-Seigneur suppléera à ce qui me défaudra, s'il lui plaît. Je loue Dieu de ce que vous me dites des visites des Charités ^. Oh! que je suis mortifié de ne les pouvoir faire ! Notre-Seigneur y pourvoira par ailleurs s'il lui plaît. Je suis, en son amour, etc.