‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 140 sur 267 · Des endroits où la confrérie de Chanté était établie · texte numérisé non relu

Des endroits où la confrérie de Chanté était établie

celle-ci étant à Tégard du livre de la Fréquente Communion ' ; pour réponse à laquelle je vous dirai, Monsieur, qu'il peut être (ce que vous dites) que quelques personnes ont pu profiter de ce livre en France et en Italie, mais que d'une centaine qu'il y en a peut-être qui en ont profité à Paris, en devenant plus respectueux en l'usage des sacrements, il y en a pour le moins dix mille à qui il a nui en les retirant tout à fait.

Que je loue Dieu de ce que vous en usez comme je fais, qui est de ne point parler de ces choses en la famille, et de ce qu'elle va son train à Rome comme ici !

Il est vrai, ce que vous dites que saint Charles Borromée a suscité l'esprit de pénitence dans son diocèse, de son temps, et l'observance des canons d'icelle; c'est ce qui mutina le monde contre lui, et même de bons religieux, à cause de la nouveauté. Il n'a pas constitué la pénitence ou quoi que ce soit, ni la possibilité de se retirer de la sainte confession ni de l'adorable communion, si ce n'est aux cas portés par les canons que nous tâchons d'observer en cas des occasions prochaines, des inimitiés, des péchés publics; mais il est bien éloigné de ce qu'on dit qu'il ordonnait des pénitences publiques pour des péchés secrets, et de faire la satisfaction avant l'absolution, comme le livre dont il est question prétend le faire.

Venons au particulier. Il est vrai. Monsieur (quoi que vous me disiez de ce livre de la Fréquente Communion)^ qu'il a été fait principalement pour renouveler la pénitence ancienne comme nécessaire pour entrer en grâce avec Dieu ; car, quoique l'auteur fasse quelquefois semblant de proposer cette pratique ancienne seulement comme plus utile, il est

!• C'est le titre de l'ouvrage publié par Ârnauld en z653 à Pinstigation de Saint-Cyran^ et dont le but était de combattre l'usage de la communion fréquente.

certain néanmoins qu'il la veut établir comme nécessaire, * puisque par tout le livre il la représente comme une des grandes vérités de notre religion; comme la pratique des apôtres et de toute l'Église durant douze siècles, comme une tradition immuable; comme une institution de Jésus-Christ, et qu'il ne cesse de faire entendre qu'il est obligé de la garder et d'invectiver continuellement contre ceux qui s'opposent au rétablissement de cette pénitence.

D'ailleurs, il enseigne manifestement qu'anciennement il n'y avait point d'autres pénitences, pour toutes sortes de péchés mortels, que la pénitence publique, comme on le voit par le troisième chapitre de la deuxième partie, où il prend pour une vérité l'opinion qui porte qu'on ne trouve dans les anciens Pères, et principalement dans TertuUien, que la pénitence publique en laquelle l'Église exerçât la puissance de ses clefs; d'où il s'ensuit, par une conséquence très claire, que M. Arnauld a dessein d'établir la pénitence publique pour toutes sortes de péchés mortels, et que ce n'est pas une calomnie de l'accuser de cela, mais une vérité que l'on tire aisément de son livre, pourvu qu'on le lise sans préoccupation d'esprit; et vous. Monsieur, me dites que cela est faux. Vous êtes à excuser parce que vous ne saviez pas le fond des maximes de l'auteur de toutes ces doctrines, qui étaient de réduire l'Église en ses premiers usages, disant que l'Église a cessé d'être depuis ces temps-là. Deux des coryphées de ces opinions ont dit à la Mère de Sainte-Marie de Paris ', laquelle on leur avait fait espérer qu'ils pourraient attirer à leurs opinions, qu'il y a cinq cents ans qu'il n'y a point d'Église; elle me l'a dit et écrit.

Vous me dites, en second lieu, qu'il est faux que M. Arnauld ait voulu introduire l'usage de faire la pénitence avant l'absolution pour les gros péchés. Je réponds que M. Ar-

Page 1