A M. NORAIS
Il compatit à ses peines, mais il lai rappelle que les croix sont le plas excellent
don de Dieu à une ftme.
5 février 1649.
Monsieur,
Mon Dieu, Monsieur, que j'ai senti, et sens au moment que je vous parle, de la douleur de la perte que vous avez faite au pillage qui a été fait en votre maison d'Orsîgny ! Je vous avoue. Monsieur, que le dommage que nous avons reçu et que nous pouvons encore recevoir ne m'est rien en comparaison. Nos péchés nous ont rendus coupables de toutes ces pertes ; mais vous, Monsieur, qu'avez-vous fait et qu'a fait notre bonne Mademoiselle, que Notre-Seigneur a
I. M. Noraîs, ami de la Congrégation, qui habitait tout prés de la ferme d^Orsigny, appartenant à la Compagnie.
chargée d'une si pesante croix que celle de sa longue et douloureuse maladie ? Il vous a visités tous deux par une longue et fâcheuse maladie et en vos biens ; quel nom donnerezvous à cette conduite de Dieu sur vous ? Certes, Monsieur, je n'en vois pas de plus rapportante en quelque façon qu'à celle qu'il a tenue sur Job, qu'il a affligé en ces trois manières. O Monsieur ! quel bonheur d'être traité en ce monde comme ce grand saint, que Dieu montrait comme le parangon des justes, qui ne dit ni ne fit jamais rien qui déplût à sa divine Majesté ; ajoutez à cela. Monsieur, que c'est Dieu qui l'a fait, sans l'ordre duquel rien ne se fait, et que sa divine bonté, qui vous chérit plus tendrement que jamais père n'aima son enfant, l'a fait pour se glorifier en vous deux, pour sanctifier vos chères âmes de plus en plus, et pour faire voir au ciel et à la terre l'amour qu'il a pour vous et l'estime qu'il fait de votre vertu, puisqu'il la met à une telle épreuve.
Un païen nous apprend qu'en ces occasions il se faut soumettre à la Providence; et le Fils de Dieu, qui l'entendait mieux que lui, nous dit que c'est être bien heureux que de souffrir en pareilles rencontres, et que sa gloire est la récompense de ceux qui le font avec patience pour l'amour de lui. Il le faut bien dire : un esprit moins bien appris en l'école de Jésus-Christ que M. et M"" Norais l'accepterait, parce que c'est une nécessité et qu'il n'y a point de remède ; mais je m'assure que votre piété, qui sait bien que la charité convertit la nécessité en vertu, par l'agrément du bon plaisir de Dieu, dans toutes les afflictions que nécessairement nous souffrons, saura bien entrer en cette béatitude et en rapporter le mérite de la gloire. Selon cela. Monsieur, il est vrai dédire que ce qui paraît une perte pour vous selon la chair, est un grand avantage selon l'esprit et un grand sujet de rendre grâce à Dieu, etc.
i35. — AUX DAMES DE LA CHARITE.
Il promet ua échange de mutuelles prières. — Quelle conduite à tenir à Tégard des œuvres en ces circonstances critiques. — S'il est nécessaire, emprunter pour faire face aux nécessités les plus pressâmes.
II février 1649.
Mesdames,
La providence de Dieu m'ayant éloigné de vous, je ne laisse pas de vous voir souvent au saint autel et de vous offrir, vous et vos familles, à Notre-Seigneur,dans la confiance que j'ai que votre charité demande à Dieu miséricorde pour moi. Je vous supplie très humblement. Mesdames, de me faire cette grâce et de vous assurer que, s'il plaît à Dieu d'avoir égard aux prières que je lui offre et continuerai de lui offrir incessamment pour vous, que vous serez consolées et protégées de sa spéciale protection, dans les communes afflictions dont il plaît à sa divine Majesté de nous éprouver.
Vous aurez pu savoir. Mesdames, comment Dieu m'a donné l'occasion d'aller visiter les maisons de notre petite Compagnie, où je m'en vais avec dessein de revenir lorsque l'état des choses le permettra. Que ferons-nous cependant, Mesdames, des œuvres que le bon Dieu vous a commises, particulièrement de la Charité, de l' Hôtel-Dieu et des pauvres enfants trouvés ? De vérité il semble que les misères particulières vous dispensent du soin des publiques, et que nous aurions un bon prétexte, devant les hommes, pour nous retirer de ce soin ; mais certes, Mesdames, je ne sais pas comment il en irait devant Dieu, lequel nous pourrait dire ce que saint Paul disait aux Corinthiens qui se trouvaient en pareil accessoire ' : « Avez- vous encore résisté jusqu'au sang ? » ou pour le moins avez-vous encore vendu une partie des joyaux que vous avez ? Que dis-je ? Mesdames, je sais qu'il y en a plusieurs d'entre vous (et je crois le même de tant que vous
lê Cas.
•êtes) qui avez fait des charités, lesquelles seraient trouvées très grandes, non seulement en des personnes de votre condition, mais aussi en des reines ; les pierres le diraient si je m'en taisais; et c'est pour l'excellence de vos cœurs incomparablement charitables que je vous parle de la sorte. Je me garderais bien d'en user ainsi à l'égard d'autres personnes moins animées de l'esprit de Dieu que vous êtes.
Mais que ferons-nous donc? Il semble qu'il est à propos de mettre en question. Mesdames, s'il est expédient que vous fassiez la grande assemblée qu'on avait proposée; quand? où ? et comment ? Il y a des raisons pour et contre. Il semble premièrement qu'elle se doit faire, à cause que c'est l'usage d'en faire une environ ce temps-ci; et en second lieu, les besoins étant extraordinaires, il semble que les moyens d'y remédier doivent être aussi extraordinaires, comme ceux d'une assemblée générale.
Contre cela, il semble qu'elle ne soit pas de saison présentement à cause du trouble dans lequel on est, qui inquiète les esprits et refroidit la charité; peut-être que plusieurs dames appréhendent de s'y rendre, et que celles qui s'y trouveront, si elles n'ont une charité qui passe le commun, s'entrefroidiront les unes les autres ; et puis madame la princesse ' n'y étant pas, ni M"" d'Aiguillon et de Brienne^, il semble qu'il y aurait quelque chose à souhaiter, surtout si l'on pensait à faire quelque changement en la substance de l'œuvre.
Voilà, Mesdames, le pour et le contre qui me tombent dans l'esprit présentement : vous examinerez cela, s'il vous plaît, à la pluralité des voix.
M"' la duchesse d'Aiguillon me dit, lorsque je partis de Saint-Germain, ou m'a écrit depuis, que la reine lui avait dit •qu'elle enverrait quelque ^hose pour les pauvres enfants
1. La princesse Chariotte de Montmorency, princesse de Condé.
2, M"e de Brienne, femme du ministre d^État.
trouvés ; je ne sais si elle Ta fait. J'ai prié M. Lambert de leur envoyer un peu de blé, et j'ai écrit à M"' la présidente de Lamoignon, afin qu'elle ait agréable de s'employer vers Messieurs de la ville pour donner escorte au blé, au dedans et au dehors de la ville; je ne sais non plus ce qui en a été fait; si cela n'est exécuté, je prie l'un et l'autre par celle-ci de faire ce qu'il faudra pour cet effet. Et parce que cela ne suffit pas, voyez, Mesdames, s'il est à propos d'emprunter, comme officières de la Charité, quelque somme de deux ou trois mille livres, pour subvenir aux besoins plus pressants.
J'écris à M. Lambert qu'il s'oblige aussi en votre nom; que si l'on a peine à s'obliger, il est expédient de faire un effort chacun de nous à cet effet. En ce cas, je prie M. Lambert de faire ce qu'il faudra de notre part. J'avoue, Mesdames, que ce que je dis est un peu chargeant; mais cela serait encore plus vrai, si je le disais à des personnes moins charitables que vous. Après tout, je prie Notre-Seigneur, qui préside les assemblées qui se font en son nom, comme la vôtre, qu'il vous fasse connaître ce qu'il désire de vous en cette occasion, et vous fasse la grâce de l'accomplir.
Ces grandes froidures m'ont retenu en ce lieu et le feront encore jusqu'à ce que le temps soit adouci ; alors j'espère partir pour le Mans ou pour Angers, ou pour tous les deux : j'espère recevoir là le résultat de votre assemblée, si M. Lambert ne me l'envoie ici par un exprès. Je prie Dieu cependant qu'il bénisse et sanctifie de plus en plus votre même assemblée et vos chères personnes. Je suis, en l'amour de Notre- Seigneur, Mesdames, votre, etc.
i36. — A M. DU VERGNES,
OFFICIAL DB CAHORS (DE PRÉSENT A péRIGUEUX).
Il fait l'éloge de Mgr ]*évâque de Périgueux. — Il prie Diea de lui continuer ses bénédictions. — Il se fera un devoir d*être à sa disposition pour prendre la direction da séminaire.
Paris, 4 septembre 1649.
J'ai reçu votre paquet avec le respect et la Joie que je dois et à votre personne et aux sujets de consolation qu'elle contient. Vous pouvez penser, Monsieur, si c'est de bon cœur que j'ai rendu grâces à Dieu de celles qu'il a faites à monseigneur de Périgueux ', et des services signalés que réciproquement il rend à sa divine Majesté. Vous m'avez fort obligé, Monsieur, de m'envoyer ses ordonnances synodales; je les ai trouvées signées de leur auteur, et d'un grand présage des bénédictions sur son diocèse ; sa piété et son zèle incomparables ont toujours fait espérer des actions semblables. Dieu le conserve à l'Église un siècle tout entier ! Je ne réponds rien. Monsieur, à la congratulation que vous me faites à son occasion, sinon que je ne la mérite aucunement ; il paraît aussi que sa vocation est purement de Dieu et non l'ouvrage des hommes.
Je n'ai guère tardé d'envoyer au gazetier votre billet sur la conversion du seigneur que vous savez. Plaise à Dieu de bénir de plus en^plus les travaux de ce grand prélat, afin qu'ils portent d'heureux fruits ! Vous savez, Monsieur, que nous sommes tous dédiés au service de nosseigneurs les évêques. Si monseigneur de Périgueux nous commande de prendre soin de son séminaire, nous lui enverrons des meilleurs sujets que nous aurons, et cela quand il lui plaira; si vous jugez qu'il soit à propos de l'en assurer, je vous prie de le faire. Je veux dire au cas qu'il le souhaite et non autre-