‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 159 sur 267 · I. Monseigneur Tévêque d'Âgen · texte numérisé non relu

I. Monseigneur Tévêque d'Âgen

— 3o6 — 149. — A M. RIVET,

PRÊTRE DE LA MISSION, A SAINTES

Il rengage à aser de douceur et de patience, et, par son exemple, à exciter ses confrères

à la confiance envers le supérieur.

20 février i63o.

Monsieur,

Je vous remercie des avis que vous m'avez donnés. J'écris à la personne, et j'espère qu'elle reviendra de sa façon d'agir. C'est un orage qui passe, excité par l'âge et les passions ; Dieu merci, le fond en est bon, et niérite qu'on supporte les faiblesses de la nature, comme vous faites ; dont je rends grâces à Notre-Seigneur, de qui vous honorez la patience par celle que vous exercez à l'égard des enfants d' autrui, les supportant comme il supportait la rusticité de ses disciples, et supporte tous les jours les plus grands pécheurs comme moi. O Monsieur ! que je suis consolé de ce que vous travaillez incessamment à la vertu ! L'amour que vous avez pour elle paraît en la peine que vous ressentez de ce que les autres n'y travaillent pas assez. Quand avec cela je considère votre fréquente application au ministère de l'Évangile, pour gagner les âmes à Jésus-Christ, je ne puis assez aimer et chérir la vôtre; et les tendres affections que j'ai conçues pour elle depuis longtemps font que très souvent je l'offre à Dieu, afin que de plus en plus il la sanctifie et sauve par vous les peuples que vous servez.

Certes, Monsieur, il est fort difficile de trouver des supérieurs accomplis. Le vôtre ' est sans expérience, il est vrai, et même sans beaucoup d'apparence extérieure ; mais il est sage et vertueux, ainsi que vous le reconnaissez vous-même : et c'est cela qui m'a toujours fait espérer que Notre-Seigneur suppléerait au reste, attendant que par l'exercice il eût acquis

I. Le supérieur de Saintes était Claude Dufour, né à AUanche, diocèse de Clermont, en 1608; reçu le 4 mai 1644.

une partie de ce qui lui manque. Je vous prie, Monsieur, de •contribuer de parole et d'exemple à ce que la famille lui ait confiance et qu'elle se porte à nos petites observances. Je lui recommanderai que de sa part il agisse plus humblement et suavement : ce qui lui sera bien aisé, y ayant beaucoup de •disposition, ce me semble.

i5o. ^ A LA SŒUR JEANNE LE PEINTRE,

FILLE DE LA CHARITÉ, A l'hÔPITAL DE iNANTES.

ill rengage à supporter avec patience certaines incommodités de logement.— 11 la itiiicite de l'hamilité qai la porte à demander d*étre déchargée de la conduite. — Il lui parle de Tutilité de n'avoir qu'un confesseur pour la maison, et lui donne divers conseils.

Paris, 23 février i65o.

Ma bonne sœur,

J'ai été bien consolé de recevoir votre lettre, mais d'un autre côté elle m'a donné sujet d'affliction de vous voir dans une continuelle incommodité pour le peu de logement que vous avez. Si Dieu lui-même n'y met remède, il n'en faut pas chercher ailleurs. Voyez néanmoins M. Dennemon ; dites-lui les inconvénients qui arrivent d'être ainsi à l'étroit et avoir tant de malades, afin qu'il y fasse faire réflexion à messieurs les pères, et qu'il voie avec eux si l'on pourrait ajuster quelque lieu proche, ou bien au-dessus des salles, pour vous donner un peu plus de liberté.

J'ai été consolé aussi de l'instance que vous faîtes qu'on vous décharge du soin principal, pour ce que toute personne qui conduit fait bien de demander de temps en temps sa déposition, bien qu'elle doive demeurer dans l'indifférence, et c'est ce que vous faites, grâce à Dieu ; continuez à vous y bien établir, vous confiant toujours au soin de la Providence qui vous tirera de cet office quand il sera expédient, et vous donnera les grâces requises pour le bien faire tandis que vous l'exercerez. Oui, ma sœur, estimez que, demeurant ainsi en

rétat où l'obéissance vous a mise, le mérite de la même obéissance s'étend sur tout ce que vous faites et donne à chaque action un prix inestimable, encore que les choses ne succèdent pas selon votre souhait.

Il est vrai, ma sœur, la direction spirituelle est grandement utile ; c'est un lieu de conseil dans les difficultés, d'encouragement dans les dégoûts, de refuge dans les tentations, de force dans les accablements, enfin c'est une source de biens et de consolations, quand le directeur est bien charitable, prudent et expérimenté ; mais savez-vous bien que là où les hommes manquent, là commence le secours de Dieu ? c'est lui qui nous instruit, qui nous fortifie, qui nous est tout, et qui nous mène à lui par lui-même. S'il ne permet pas que vous ayez un père spirituel à qui vous puissiez recourir à toutes rencontres, pensez-vous que ce soit pour vous priver du bénéfice de la direction d'un tel père ? Point du tout; au contraire c'est Notre-Seigneur qui prend sa place, et qui a la bonté de vous diriger. Il paraît bien qu'il l'a fait jusqu'à présent, et ne doutez pas qu'il ne le fasse jusqu'à ce qu'il y pourvoie autrement : j'ai toujours remarqué ce soin particulier de la Providence, sur quantité de personnes de piété, destituées de semblables secours de la part des hommes, et je pourrais vous en rapporter quantité de beaux exemples et vous dire des choses admirables sur ce point; mais il n'est pas nécessaire à vous, qui n'en doutez pas, et qui ressentez tous les jours les effets de la protection divine.

Le temps n'est pas venu auquel nous puissions rappeler la sœur Henriette : je vous prie d'avoir patience à son sujet. Il est fort à souhaiter que vous n'ayez toutes qu'un même confesseur : il me semble que M. Cheneau est bien capable de cela, et qu'il est fort homme de bien ; et partant, continuez de temps en temps à persuader à cette sœur qu'elle se

confesse à lui, afin que, si elle va à un autre, monseigneur de Nantes sache que ce n'est pas de votre ordre ni de votre consentement.

Je vois bien que ce qui vous a empêchée de faire votre petit règlement et de suivre les avis que je vous ai laissés, ce sont les petits troubles que vous avez soufferts jusqu'à présent; j'espère de la bonté de Dieu qu'à l'avenir il vous donnera plus de paix et plus de grâces pour être bien exacte, et que vous en donnerez l'exemple à vos soeurs. Si l'entrée des garçons dans votre cuisine est un mal nécessaire, il le faut supporter pour l'amour de Dieu qui le permet; s'il se peut éviter, il faut attendre cela du soin de messieurs les pères, et pour cet effet vous en devez prier de fois à autre M. Fruchart, avec soumission néanmoins à ce qui en arrivera. Vous dites qu'on vous a donné un espion qui vous fait de la peine : j'avoue que cela est fâcheux, mais, après les efforts que vous avez faits pour vous rédimer de celte sujétion, il faut avoir patience. Hélas ! ma fille, je ne sais qui n'a pas de surveillant : les plus grands en ont jusque dans leurs chambres; et la misère est aujourd'hui si grande dans le monde, que quasi autant de personnes que nous voyons^ ce sont autant d'espions ; dont nous devons tirer cet avertissement, que nous devons agir avec grande retenue et en présence de Dieu. Je veux croire que vous et nos sœurs en usez ainsi, ce qui fera que ceux-là mêmes qui prendront garde à vos actions publieront vos vertus.

Avez-vous fait faire dans votre chambre la clôture qui devait servir à vos petites assemblées, ainsi que nous le trouvâmes à propos quand j'étais à Nantes? et si cela est fait, n'y pouvez-vous pas faire chaque jour un peu de récréation ? Je vous prie m'éclaircir de cela. Cependant j'approuve votre discrétion à donner un peu de liberté à vos sœurs, pour rire et parler quand l'occasion s'en présente, si tant est que vous

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ne preniez pas une petite heure pour vous récréer ensemblement; car il faut un peu de relâche à vos continuelles occupations. Je loue Dieu de ce que votre sœur malade se porte mieux, et de ce que toutes les autres sont en bonne disposition, et vous particulièrement ; je vous salue en général, et vous en particulier, avec toute l'affection qu'il m'est possible. Je vous prie de demander à Dieu miséricorde pour moi, comme de ma part je vous offre souvent à lui, à ce qu'il vous donne la force et générosité d'esprit pour surmonter les difficultés qui se rencontrent au service de Dieu et en celui des pauvres, pour être enfin votre éternelle récompense au ciel, en l'amour duquel je suis, etc.

i5i. — A M. LAMBERT,

SUPÉRIEUR, A RICHELIEU

Il rengage à ne rien entreprendre sans se concerter avec les intéressés.

Mars i65o.

Monsieur,

Je suis bien aise que vous ayez été député vers M. du Rivau ; mais je l'eusse été davantage si Ton n'avait pas donné sujet à cette députation, comme on l'a fait, remuant des affaires commises à l'œil de sa charge, sans lui en communiquer. Les règles de la prudence et de la justice requièrent de nous cette précaution, que nous concertions les choses de quelque importance avec ceux qui ont vue sur elles, ou qui peuvent mettre empêchement au bien que nous poursuivons, et qu'en effet nous nous désistions, quand tel est leur sentiment; autrement nous serons traversés, et leur indignation tombera sur nous. Tous les officiers sont jaloux de leur autorité, et difficilement reviennent-ils des blessures d'une partie si tendre, quand une fois ils pensent les avoir reçues. Plaise à Notre-Seigneur qui a reçu dans Jérusalem, à tel jour qu'au-

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jourd'huî, un échantillon de l'honneur dû à sa royauté, que nous puissions le rendre tout entier à ceux qui nous représentent sa domination et sa justice, demandant toujours leur conseil et leur approbation en ce qui regarde le temporel; et estimons que nous ne faisons pas la volonté de Dieu si en cela nous ne leur soumettons la nôtre. J'espère que votre maison en usera désormais de la [sorte, et qu'elle n'ira pas plus avant, au changement proposé touchant l'aumônerie de Champigny, si M. du Rivau et tous les principaux habitants n'en conviennent. C'est la prière que je vous fais en votre particulier, etc.

i52. — A M. ALMÉRAS,

[supérieur^ a ROME.

il -l'exhorte à la confiance en Dieu. ~~ Quand nous avons fait ce qui est en nous,

attendre avec patience le bon plaisir de Dieu.

25 mars i65o.

Monsieur,

Si la maison de Rome est orpheline, comme vous dites, par l'absence de M. d'Horgny, Notre-Seigneur en sera le père, le conseil et le proteaeur ; n'en doutez point, mais redoublez votre confiance en sa bonté et laissez-le faire ; il sera lui-même cet .homme de grâce et d'industrie que vous estimez devoir être mis à votre place. Vous savez. Monsieur, que le succès des affaires dépend tout de lui, et je sais que, s'il eût dépendu de vous, ce que vous avez entrepris eût très bien réussi, d'autant que vous y avez apporté toute la précaution, le soin et la diligence qu'on pouvait attendre d'un homme de vertu. Les œuvres de Dieu ne se font pas quand nous le souhaitons, mais quand il lui plaît. Croyez-vous que les Jésuites aient négligé quelque chose, quand ils sont venus à Paris, poirr avoir une prompte permission de s'y établir ? Point du tout; et néanmoins ils ont été quatre ans sans voir

aucun fruit de leurs soUiciiations et de leur adresse. Les pères de rOratoire sont à Rome depuis longtemps : ont-ils encore pu obtenir d'y avoir un petit établissement qui leur soit propre ? non ; ils sont ^bien dans Saint-Louis, mais sujets à la confrérie. Dieu retarde souvent la fin d'une sainte poursuite pour faire mériter la grâce à ceux qui la font, par la longueur du travail, par leur patience et par leurs prières. C'est pourquoi je vous prie de ne vous point lasser dans les vôtres ; quoiqu'il tarde, il fera voir que cela lui plaît, si toutefois il est fait avec résignation pour l'événement, etc.

PRÊTRE DE LA MISSION, AU MANS

Il ]*exhorte à supporter généreusement les tentations qui Tassaillenti à se communiqQer à son supérieur, ne s'arrStant pas à son extérieur, mais considérant ses vertus. — Un changement de résidence ne lui serait pas utile. — Supporter patiemment les incommodités résultant du carême, qui touche à sa fin.

27 mars i65o.

Monsieur,

Je réponds à votre lettre du 16; j'ai trop de douleur d'avoir tardé ci-devant à vous écrire, pour tomber encore dans cette faute, de laquelle je vous demande derechef pardon très humblement, prosterné en esprit à vos pieds.

Je ne m'étonne point que vous ayez été tenté, car c'est le propre de ceux qui veulent servir Dieu : Notre-Seigneur luimême l'a été; et après lui, je ne sais qui en peut être exempt; si je savais quelqu'un qui ne le fût pas, je m'en étonnerais. Les grands biens de la grâce, non plus que ceux de la fortune, ne se conservent qu'avec peine; et le diable n'a garde de vous laisser en repos : il ne manquera pas de vous détourner, s'il peut, de vos saintes résolutions, parce qu'elles embrassent le salut d'une grande multitude d'âmes que vous pourrez délivrer de sa tyrannie, par la force de la sainte parole que vous débitez et par la grâce de votre vocation. Le

dessein de Dieu sur vous est grand, tendant à vous faire exercer Toffice de Jésus-Christ sur la terre; ce qui mérite que vous résistiez fortement à la tentation, et avec une particulière confiance au secours de sa divine bonté. Courage donc, Monsieur ; soyez-lui fidèle, et elle vous sera propice. Je la supplie très humblement qu'elle vous fasse cette grâce, et qu'elle vous fasse connaître l'estime et l'affection que j'ai pour votre personne, vous assurant qu'elles vont au delà de ce que vous pouvez penser.

Quant à la difficulté que vous faites de vous communiquer à M. Watebled % il est à propos que vous fassiez effort pour vous surmonter, en la vue de la communication que le Fils de Dieu a eue avec la sainte Vierge et saint Joseph, et depuis avec les apôtres, même avec les scribes, les pharisiens et les tribuns. Si Dieu la privé ce bon prêtre d'une grâce extérieure, il a enrichi son intérieur de beaucoup de vertus, ainsi que vous le reconnaissez vous-même. S'il y a des personnes dans la ville qui s'étonnent de ce qu'on se soumet à lui, ce sont gens qui repaissent leurs yeux de la grandeur des corps; mais vous, qui pénétrez plus avant, qui savez combien une âme pure, tout appliquée au service de Dieu et qui est le temple de son saint Esprit, est précieuse et digne de vénération, vous ne devez point vous arrêter à ce dehors matériel, ni même vous ne devez vous soumettre à un homme pour sa vertu, quelque sainteté qu'il puisse avoir, mais pour Dieu seul, que vous regardez en lui : c'est ce que je vous prie de faire en la personne de M. Watebled et de celui qui lui pourra succéder.

Je crois bien, Monsieur, que la vie sédentaire vous est nuisible; cela vient d'un sang chaud et d'un esprit vif, qui se modèrent avec l'âge, et non par le changement de demeure,

I. M. Watebled avait été, quelque tempsavant cette lettre, nommé supérieur de la maison du Mans; mais cette supériorité ne fut que momentanée.

car on porte partout son tempérament ; et cette chaleur et vivacité sont des sources d'ennuis et d'inquiétudes. Il y a des personnes qui se contentent de toutes choses; et il y en a d'autres qui ne se contentent quasi de rien : celles-ci ont besoin de patience pour se supporter elles-mêmes.

J'estime que la présente vous trouvera presque hors de carême; et ainsi il serait inutile de vous donner quelque remède à l'incommodité que vous en recevez; et puis, vous ne voulez pas être dispensé de son obligation. Je prie Notre- Seigneur, Monsieur, que nous puissions mourir à nousmêmes, pour ressusciter avec lui ; qu'il soit la joie de votre cœur, la fin et l'âme de vos actions, et votre gloire au ciel. Cela sera, si désormais nous nous humilions comme il s'est humilié, si nous renonçons à nos propres satisfactions, pour le suivre en portant nos petites croix ; et si nous donnons volontiers notre vie, comme il a donné la sienne, pour notre prochain, qu'il aime tant et qu'il veut que nous aimions comme nous-mêmes. Je suis plein de confiance en vos prières, etc.

PRÊTRE DE LA MISSION^ A LIMERICK

Il le félicite de sa générosité qui ]e porte k demeurer dans une ville atteinte de contagion, et de sa prudente charité, qui veut mettre les confrères à l'abri du danger. — Il estime qu'il faut condescendre au dévouement des missionnaires qui refusent de se retirer.

Avril i65o.

Monsieur,

Nous avons été grandement édifiés de votre lettre, y voyant deux excellents effets de la grâce de Dieu. Par l'un vous vous êtes donné à Dieu, pour tenir ferme dans le pays, où vous êtes au milieu des dangers, aimant mieux vous exposer à la mort que de manquer d'assister le prochain ; et par l'autre vous vous appliquez à la conservation de vos confrères, les

renvoyant en France pour les éloigner du péril. L'esprit du martyre vous a poussé au premier, et la prudence vous a fait faire le second, et tous les deux sont tirés sur l'exemple de Notre-Seigneur, lequel, au point qu'il allait souffrir les tourments de sa mort pour le salut des hommes, voulut en garantir ses disciples et les conserver, disant : « Laissez aller ceuxci, et ne les touchez pas. d C'est ainsi que vous en avez usé, comme un véritable enfant de ce très adorable Père, à qui je rends des grâces infinies d'avoir produit en vous des actes d'une charité souveraine, laquelle est le comble de toutes les vertus.

Je le prie qu'il vous en remplisse, afin que, l'exerçant en tout et toujours, vous la versiez dans le sein de ceux qui en manquent. Puisque ces autres messieurs qui sont avec vous sont dans la même disposition de demeurer, quelque danger qu'il y ait de guerre et de contagion, nous estimons qu'il les faut laisser.

Que savons-nous ce que Dieu en veut faire ? Certainement il ne leur donne pas en vain une résolution si sainte. Mon Dieu, que vos jugements sont inscrutables! Voilà qu'au bout d'une mission des plus fructueuses et peut-être des plus nécessaires que nous ayons encore vues, vous arrêtez, comme il semble, le cours de vos miséricordes sur cette ville pénitente, pour appesantir davantage votre main sur elle, ajoutant au malheur de la guerre le fléau de la maladie. Mais c'est pour moissonner les âmes bien disposées, et assembler le bon grain en vos greniers éternels ; adorons donc les conduites du Seigneur. Je demeure, en son amour, etc.

— 3i6 — i55. — A M. LAMBERT,

SUPÉRIEUR; A RICHELIEU

Il lui donne divers avis concernant le temporel.

10 ayril i63o.

Je vous prie de nous excuser envers M. de Maison-Menue, du changement qu'il demande du moulin et de la métairie de Tuet pour une rente de pareille valeur, tant parce que ce bien-là vaudra peut-être, d'ici à trente ans, le double qu'il ne vaut et que la rente ne peut jamais croître, que parce que la même rente se peut perdre et non pas un bien-fonds.

Je vous ai déjà écrit qu'il faut laisser Saint-Cassien comme il est, et je ne pensais pas qu'il fallût vous ajouter à cela que feu Mgr le cardinal de Richelieu, faisant la fondation de votre maison, pesa extrêmement sur cette seigneurie, et il m'envoya un homme exprès d'Amiens, où il était, pour me dire la réserve qu'il en voulait faire, parce qu'un duché est d'autant plus honorable, que plus il y a de châteaux qui en relèvent, qui ont des fiefs et des rentes; et Madame n'a garde d'en détacher celui-là, quelque profit qui lui en pût arriver, et encore moins de consentir à l'amortissement des rentes que vos terres lui font. Je vous prie. Monsieur, de ne plus penser ni à l'un ni à l'autre. Vous ne seriez pas sans procès quand vous en seriez le maître, et au lieu qu'en pensant les éviter, vous y tomberiez davantage.

Je vous répète aussi la prière que je vous ai faite de ne remuer que peu de chose ; et cela même que vous remuerez, ne le jamais faire sans l'avis et le consentement des principaux officiers, comme sont M. du Rivau, M. de Grandpré et M. le Sénéchal ; ils sont constitués sur tout le temporel ; si vous y touchez, vous touchez à leurs charges et à la prunelle de leurs yeux. Puis donc que Madame a fait savoir au

premier qu'elle n'entend pas que Ton fasse changement à l'aumônerie de Champigny, demeurez-en là, et témoignez à ce bon seigneur que vous ne voulez rien faire en cela, ni au reste, que ce qu'il jugera à propos. Portez-lui grande déférence et grand respect, et à tous les autres à proportion de ce qu'ils sont, parce que la puissance de la maîtresse réside en eux, ou pour le moins elle ne voit que par leurs yeux et n'opère que parleurs mains. Les rois même n'ont pas voulu que leurs édits eussent de force qu'après avoir été vérifiés par les cours souveraines, pour n'être pas surpris.

Si vous dites que j'ai approuvé votre proposition et que Madame y a consenti : il est vrai, nous l'avons fait ; mais elle et moi supposions que vous étiez demeuré d'accord de la chose avec ces messieurs de delà; et tant s'en faut que vous l'ayez fait, car vous voyez comme ils s'y opposent. Madame a donc raison de se rétracter, et vous n'en avez pas d'espérer qu'après cela elle agrée le changement proposé, car elle ne le fera pas contre le sentiment de M. du Rivau; et quand elle le voudrait faire, nous ne le devons pas désirer pour ne pas encourir la perte de sa bienveillance. Si pourtant vous pouvez persuader à ces messieurs que la fondation ne changera pas de nature, quoique l'on change la manière de l'accomplir, et qu'en effet ils y donnent les mains, in nomine Dotnini: Madame en sera très aise et moi j'en bénirai; Dieu ; autrement il n'y faut plus penser.

De plus. Monsieur, il est expédient que la Compagnie ne se mêle aucunement de faire recevoir personne dans les charges, ni de faire des recommandations ni pour ni contre, quelque apparence de bien que vous y voyiez, à cause des inconvénients qui en arrivent, car cela excite jalousie et aversion dans les esprits. Nous passerions pour gens de brigue et d'intérêt, et enfin nous serions à charge à ceux à qui nous devons obéissance, respect, comme les enfants à leurs père

et mère. Au nom de Dieu, n'écrivez plus pour aucune sorte d'affaires temporelles, quand elles ne vous regardent, pas; cela est du soin des officiers et non pas du nôtre.

Il ne vous a servi de rien de demander les terres vagues pour la fabrique, puisqu'elles lui sont refusées. Si vous pouvez facilement vous garantir de payer les réparations que la même fabrique doit, faites-le à cause que ce payement pourrait tirer à conséquence ; mais si cela ne se peut sans bruit ou sans procès, je suis d'avis que vous fassiez cette avance pour elle, pour cette année seulement, sauf à répéter, si l'occasion s'en présente.

i56. — A M. THIBAUT,

SUPÉRIEUR y A SAINT-uésN*

II lui annonce la mort de sa sœur et la pensée que son père et sa mère ont d'entrer en religion. — Il les a dissuadés de déshériter leur fils pour donner leur bien à une communauté.

12 avril i65o

Monsieur,

J'ai reçu deux lettres de monsieur votre père, par lesquelles j'ai appris deux choses : l'une, que Dieu a disposé de votre petite sœur, ce qui vous serait un sujet de douleur si vous n'aviez appris à vous conformer au bon plaisir divin, et n'étiez comme assuré du bonheur éternel de cette chère innocente ; l'autre est la persévérance de monsieur votre père et de madame votre mère au désir qu'ils ont eu autrefois de se retirer du monde, pour s'unir plus intimement à leur souverain Créateur. Ils me demandent à cet effet mon avis, ensemble sur la disposition de leurs facultés.

Dès que la première lettre me fut rendue, je fis réponse qu'à leur âge, étant si bons qu'ils le sont, par la grâce de Dieu, et M""" Thibaut étant infirme comme elle est, ils feraient bien de demeurer dans leur état présent, les ayant priés de me dispenser de leur donner conseil touchant leurs biens.

La seconde lettre que j'ai reçue témoigne qu'ils ne sont pas satisfaits de cette réponse, et voulant connaître plus clairement la volonté de Dieu sur l'un et l'autre point, ils me pressent de leur en dire mon sentiment plus au long : ce qui m'a obligé d'y penser mieux que je n'avais fait. Et je suis au terme de leur mander que peut-être Dieu leur veut donner la consolation qu'ils ont tant désirée, maintenant qu'ils n'ont aucune attache sur la terre, leurs enfants étant au ciel, excepté vous, Monsieur, qui êtes encore dans la voie et qui travaillez avec bénédiction pour y en attirer d'autres ; en quoi ces bonnes gens ont un tel contentement, qu'ils disent n'en pouvoir recevoir un plus grand en cette vie. Et il me semble devoir ajouter que peut-être aussi sa divine providence leur veut donner la joie tout entière, en les approchant de vous et de votre vocation (que savons-nous ?), en appelant le père dans Saint- Lazare et la mère chez M^*' Le Gras, où ils seront débarrassés du monde et en un lieu de servir Notre-Seigneur d'une manière particulière et proportionnée à leurs forces.

Quant à leurs biens, ayant dessein d'en donner une bonne partie à l'Église ou à la Charité, si tel est l'avis de leur conseil (soit qu'ils pensent que vous soyez religieux, et comme tel incapable de leur succéder, soit qu'ils craignent vous donner sujet de tentation en vous laissant du bien, ainsi qu'il est arrivé à certains autres de la Compagnie qui, ayant été bons missionnaires pendant qu'ils n'ont rien possédé, ont laissé l'œuvre de Dieu sitôt que quelques commodités temporelles se sont présentées à eux), je pense leur devoir dire premièrement, que cela ne se doit pas craindre de vous. Monsieur, tant à cause de la grâce qui est en eux, qui attire sur vous l'esprit de force et de persévérance, que par la grâce que Dieu a mise en votre propre personne et en votre chère vocation, par laquelle il plaît à sa divine bonté de sauver un grand nombre d'âmes ; et en second lieu, que le vœu de pau-

vreté que nous faisons n'est que simple, et n'exclut pas ceux qui le font de la succession de leurs parents ; que même nous avons pour règle que les particuliers de la Compagnie qui auront des bénéfices simples ou d'autres biens en laisseront la jouissance à la communauté, sauf à donner le fonds à qui bon leur semblera, par donation ou par testament, pour en jouir après leur mort ; ou bien de le reprendre eux-mêmes, au cas qu'ils viennent à sortir d'avec nous.

Et parce qu'ils ne peuvent rien donner au corps duquel ils sont membres, selon plusieurs arrêts du parlement, ni vous ne pourriez disposer d'aucune chose de votre succession en faveur de notre Compagnie, au préjudice de vos plus proches parents (supposé que vous eussiez cette dévotion pour elle, comme j'estime que vous l'avez déjà), il est expédient que monsieur votre père le sache, afin qu'en vous déclarant leur héritier ils substituent la même Compagnie en la même succession après vous, ou telle autre communauté qu'il leur plaira. Et ainsi votre intention et celle qu'ils ont d'appliquer leur bien en œuvres de piété seront exécutées.

Or sus. Monsieur, je ne fais que vous proposer tout ceci, tant parce que vous pourriez peut-être désirer mes sentiments sur la lettre que monsieur votre père m'a écrite, où vous verrez ses dispositions, que pour vous prier, comme je fais, de me mander les vôtres ; car si vous improuvez mes pensées de la sorte que je vous les déclare, au nom de Dieu, Monsieur, n'y ayez aucun égard -, mais donnez tel conseil que vous jugerez à propos à mondit sieur votre père, à qui je vous prie d'écrire au plus tôt d'une façon ou d'autre pour le consoler, etc.

i57. — A M. MIDOT,

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