‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 160 sur 267 · GRAND VICAIRE DE TOUL · texte numérisé non relu

GRAND VICAIRE DE TOUL

Il le félicite de sa nouvelle dignité et loue ses vertus. — Il le remercie des services rendus et se met à sa disposition pour une affaire. — Il s*offre de servir d'intermédiaire pour une réconciliation.

8 juin x65o.

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre avec une nouvelle reconnaissance des obligations que nous vous avons, et avec nouveaux souhaits qu'il plaise à Dieu de vous conserver longues années pour le bien de son Église, en laquelle j'apprends que vous avez une nouvelle dignité, dont je rends grâces à la Providence qui vous l'a donnée. Les charges, d'ordinaire, honorent ceux qui les ont; mais j'ose dire que vous honorez les vôtres. Vous voilà donc grand doyen, grand archidiacre et grand vicaire d'un grand diocèse; grand en piété, grand à bien faire, enfin grand devant Dieu et devant les hommes. Plaise à Notre- Seigneur que votre âme aille toujours croissant en son amour.

Je vous remercie derechef, Monsieur, du secours que vous nous donnez à Rome, et des lettres promises pour le sieur Platel, de la part de ses parents ; quand il vous plaira de nous les adresser, nous les enverrons et en espérerons l'effet que vous marquez; déjà le supérieur de notre maison de Rome m'a mandé que M. Jelsot a recommencé ses soins pour l'accommodement selon l'ordre qu'il vous a plu de lui en donner.

Très volontiers. Monsieur, et plus volontiers que je ne puis vous écrire, je vous rendrai les services que je pourrai pour le commissaire nécessaire à l'enregistrement de la reconnaissance dont il est question ; je ne me souviens pas si c'est un brevet, ou comment cette pièce est conçue ; je vous supplie de me l'envoyer. Car aussi bien faut-il qu'elle soit

attachée sous le contre-scel, ou pour le moins une copie collationnée, pour la montrer à M. de Brienne, à qui j'en parlerai, Dieu aidant; il est vrai qu'il est maintenant à N..., où je ne vais, si on ne m'y appelle (ce qui arrive rarement et n'arrivera peut-être désormais, à cause que nous avons charge de résoudre ici les affaires de la Congrégation ecclésiastique). Si donc je ne puis voir M/ de Brienne, j'en écrirai à madame la comtesse afin qu'elle lui en parle. Pour qui m'emploierais-je donc, si je ne le faisais pour une personne qui ne cesse d'agir pour nous, autant efficacement que charitablement, et à qui pour cette raison, outre celles de son mérite et de mon affection, j'ai une étroite obligation de rendre obéissance ?

A propos de M. de Saussay, je ne puis comprendre comment il y peut avoir de la mésintelligence entre vous et lui : il faut que quelque mauvais esprit la fomente par des rapports. Vous êtes un homme des plus paisibles, des plus sincères et des plus aimables que je connaisse, et lui aussi; néanmoins je vois, d'un côté, que vous avez quelque défiance en son endroit, et de l'autre, quelque soupçon en lui que vous l'ayez desservi. Oserai-je vous prier. Monsieur, de me dire vos sentiments là-dessus, et aurez-vous agréable que je m'entremette pour vous lier d'amitié? La connaissance que j'ai de sa douceur et de sa bonté me fait espérer qu'il n'y apportera aucune résistance, et qu'outre la consolation de votre cœur, qui n'aime rien tant que l'union, il en arrivera plusieurs autres biens. Attendant l'honneur de vos commandements, je suis, dans l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.

P.- S. Depuis la présente écrite, m'étant trouvé chez M"" la duchesse d'Aiguillon, monsieur l'official y est venu et nous avons parlé de vous. Je vous assure qu'il incline fort à une bonne intelligence; il m'a même dit que nous trouverons en lui une entière correspondance pour cela. Voyez, Monsieur, ce qu'il vous plaît que je fasse..., etc.

i58. — A M. CORNAIRE,

PRÊTRE DE LA MISSION, AU MANS

Il passe en revue les motifs qui peuvent le détourner des soins spirituels qu'il donne aux malades de l'hôpital. — Il l'encourage par la pensée des fruits réels et nombreux qui accompagnent son ministère.

i5 juin i65o.

Monsieur,

L'ennui que vous sentez dans votre emploi peut venir de plusieurs causes : i® de la nature qui se lasse de voir et de faire toujours les mêmes choses (et Dieu le permet pour donner lieu à la pratique de deux belles vertus, à savoir, de la persévérance qui nous fait arriver à la fin, et de la constance qui nous fait surmonter les difficultés) ; 2® de la qualité de Tœuvre qui est triste, et qui, étant faite par une personne aussi triste, engendre le dégoût, surtout quand il plaît à Dieu de soustraire la consolation intérieure et la suavité cordiale qu'il fait ressentir de temps en temps à ceux qui servent les pauvres ; 3® du côté du malin esprit, qui, pour vous détourner des grands biens que vous faites, vous en suggère l'aversion; enfin cet ennui peut venir de Dieu même (car pour élever une âme à une perfection souveraine, il la fait passer par la sécheresse, les ronces et les combats, lui faisant ainsi honorer la vie languissante de son Fils Notre-Seigneur, qui s'est trouvé dans diverses angoisses et dans l'abandonnement). Courage, Monsieur ! donnez-vous à Dieu et lui protestez que vous désirez le servir en la manière qui lui sera la plus agréable. Il s'agit de triompher de vos ennemis, de la chair qui s'oppose à l'esprit et de Satan qui est jaloux de votre bonheur. La volonté de Dieu est que vous persévériez dans l'œuvre qu'il vous a donnée à faire; confiez- vous en sa grâce, qui ne vous manquera pas pour l'acquit de votre vocation, et considérez que cette œuvre est des plus saintes et sanctifiantes qui soient sur la terre. Il meurt peut-être dans cet

hôpital autant de personnes que dans un grand nombre de paroisses ; .et comme vous les assistez à bien mourir, vous êtes aussi cause que leurs âmes sont reçues au ciel, et ceux qui ne meurent pas, vous les disposez à bien vivre ; et par conséquent vous faites plus de bien vous seul que beaucoup de curés ensemble. Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu'il donne à votre cœur la patience et la joie qu'il sait lui être convenables, et qu'il me fasse digne de participer aux mérites de vos travaux et de vos prières, etc.

iSg. — A SON ÉMINENCE

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