Hardoin de Péréfixe, évéque de Rodez
2. Charles Paulin, né à Orléans en xSqS; admis dans la Compagnie de Jésus en 16x0, recteur du collège de Blois, puis supérieur de la maison professe. Choisi pour confesseur du roi^ il le prépara à sa première communion. Il mourut le 12 avril i653.
i6i. — A UN ÉVÈQUE.
Il lai représente qa*UDe fondation de deux missionnaires n est pas suffisante, et ne peut fitre acceptée. — Les missions sont Toeuvre principale, celle des séminaires ne vient qu'après. ~ Cahors est la seule maison où il n'y ait d'autre œuvre que le séminaire, et les missionnaires s'y affectionnent peu.
20 juillet i65o.
Monseigneur,
Je vous remercie très humblement, Monseigneur, du moyen que vous nous voulez donner de rendre quelque petit service à Dieu ; mais je vous supplie, avec tout le respect qu'il m'est possible, d'agréer que je vous représente que ce n'est pas assez de deux ouvriers pour un établissement conforme à votre souhait et à notre institut. Vous avez en vue le séminaire, et nous avons obligation aux missions; notre principal est l'instruction du peuple de la campagne, et le service que nous rendons à l'état ecclésiastique n'en est que l'accessoire. Nous savons par expérience que les fruits des missions sont très grands, parce que les besoins des pauvres gens des champs sont extrêmes ; mais comme leurs esprits sont grossiers et mal cultivés pour l'ordinaire, ils oublient facilement les connaissances qu'on leur a données et les bonnes résolutions qu'ils ont prises, s'ils n'ont de bons pasteurs qui les entretiennent dans le bon état où on les a mis. C'est pourquoi nous tâchons aussi de contribuer à faire de bons ecclésiastiques par les exercices des ordinands et par les séminaires, non pour abandonner les missions, mais pour conserver les fruits qui se font par elles. De sorte. Monseigneur, qu'il est à souhaiter, puisque vous désirez avoir des missionnaires, que vous en ayez au moins quatre pour les deux fonctions, tant à cause de la peine qu'ils auraient à omettre la première, qui est celle des missions et qui est de très grande utilité, comme j'ai dit, même pour les paroisses les mieux cultivées, que pour l'occasion qu'on aura d'y
mener les séminaristes déjà avancés, soit pour leur faire exercer les instructions qu'ils auront reçues au séminaire, soit afin qu'ils apprennent mieux les fonaions curiales et ecclésiastiques, en les voyant pratiquer aux nôtres qui évangéliseront les pauvres.
Si vous me dites, Monseigneur, qu'à Cahors nous ne faisons que le séminaire, je l'avoue, mais il est vrai aussi que monseigneur de Cahors s'étant réservé à faire faire les missions par les chanoines réguliers de Chancelade qu'il a établis en sa ville, je ne fis pas réflexion alors à la conséquence, non plus à la peine que nos prêtres auraient de ne vaquer pas quelquefois à leur principal emploi ; mais cette peine est telle, qu'ils n'ont pas un sujet de tentation plus grande ni plus ordinaire. C'est aussi l'unique de nos maisons qui est réduite au seul séminaire; toutes les autres. Dieu merci, travaillent aussi aux missions.
La difficulté va à l'entretien de ces quatre ouvriers : je sais. Monseigneur, que votre évêché est de petit revenu, qu'il est chargé d'une grosse pension, que vous faites d'ailleurs de grandes charités et qu'il n'est pas raisonnable que la bourse de messieurs vos parents concoure toujours aux dépenses d'un diocèse, auquel vous ne donnez déjà que trop en vous donnant vous-même, au point que vous faites. Et partant, je vous supplie de n'avoir égard à ma proposition qu'autant que la chose sera faisable; en voici un moyen : M. N., de votre diocèse, où il a un prieuré, nous l'a offert ci-devant pour nous établir; peut-être qu'il sera encore en disposition de vous le remettre, etc.
i62. — PATENTE
DOmciB PAR SAINT VXHCSNT A UNE SUPjSriEURB DE LA VISITATION
NOMMis SUPélUEURB A ABBEVILLE.
20 juillet i65o.
Vincent de Paul, supérieur général de la Congrégation des prêtres de la Mission et père spirituel des religieuses de la Visitation Sainte-Marie de Paris '. Nous approuvons la demande qui a été faite de votre personne par lesdites soeurs de votre monastère d'Amiens, pour être supérieure audit nouvel établissement d'Abbeville. Et pour ce nous vous donnons le congé requis à cet effet, et afin que le mérite de la sainte obéissance concoure à tout ce que vous ferez pour l'avancement de la gloire de Dieu et le profit des âmes, vous ordonnons de vous y acheminer au plus tôt et de vivre en la parfaite observance de vos règles, sous l'obéissance de monseigneur révêque d'Amiens ou de ceux qui commanderont de sa part jusqu'à tant que par nous, ou nos successeurs, vous soyez rappelée, si ainsi est jugé à propos, et, priant Dieu qu'il vous conduise et vous tienne sous la protection de sa miséricorde, nous vous bénissons.
Fait à Paris, le vingtième juillet i65o.
I. A notre très chère et bien-aimée fille en Notre-Seigneur Jésus-Christ, sœur Catherine-Agnès Lionne, religieuse professe du monastère de la Visitation Sainte-Marie du faubourg Saint-Jacques, demandée pour supérieure au nouvel établissement que font les religieuses de la Visitation d'Amiens en la ville d'Abbeville.
— 33o — [63. — A M. ALMÉRAS,
SUPÉRIEUR^ A ROME
II le félicite d'être moins impatient à former un établissement à Rome. — En laisser le soin à la Providence. — N'accepter de servir les religieuses que sur un ordre formel de l'évêque.
5 août i65o.
Monsieur,
Vous m'avez beaucoup édifié de me dire que vous ne cherchez plus avec empressement, ni même avec désir, l'occasion de nous établir dans Rome ; c'est la disposition où nous devons être, et la bonne manière avec laquelle nous devons agir en toutes choses ; car en ce faisant, si les affaires réussissent, on juge bien que c'est Dieu qui les a faites. Je ne sais par quelle voie la Providence nous fera avoir une maison dans cette ville-là, si jamais nous y en avons; mais je sais bien que si nous n'y en avons pas vous n'en serez pas la cause, comme vous pensez, et qu'un autre n'y avancerait pas présentement plus que vous, l'heure n'étant pas encore venue.
Ceux qui font mission au diocèse de Spplète auraient très bien fait de s'excuser de la commission que le seigneur évêque leur a donnée envers les religieuses ; si après cela il eût persisté, à la bonne heure; nous devons obéissajice aux prélats, aux choses même qui ne sont pas de nos fonctions, quand ils le veulent absolument ; mais aussi devons-nous leur faire sentir auparavant que nos règles nous le défendent. Je vous prie de faire entendre ceci à tous vos ouvriers, afin qu'ils évitent tels emplois, autant que faire se pourra, etc.
— 33i — 164. — A M. COGLÉE,
SUPÉRIEUR^ A SEDAN
Il importe de se tenir dans la disposition d'embrasser toat ce qui mortifie la nature. — C'est an supérieur de décider, quand les consulteurs sont d'avis divers. — Qr> constances dans lesquelles on doit relever en public les fautes d*un particulier. — Les supérieurs doivent traiter ceux qui sont sous leur conduite , comme des frères. — Eviter les visites de simple civilité, excepté à Tégard des premières autorités.
z3 août i65o.
Monsieur,
Lorsque vos consulteurs sont de sentiment contraire, c'est à vous à résoudre la chose, selon que vous le jugerez raisonnable; ou bien, si elle mérite qu'il m'en soit écrit, la suspendre jusqu'après ma réponse.
Sur ce que vous dites que l'honneur ne vous apporte pas vanité, mais que le déshonneur vous attriste, je vous dirai, Monsieur, que vous savez faire mieux que moi l'anatomie de la volonté humaine, car vous êtes savant et moi je suis une bête. Selon Sénèque, elle se porte à connaître ce qui lui semble bon, et à rejeter ce qui lui paraît mauvais ; et saint Thomas dit que les hommes spirituels surmontent, à la vérité, la convoitise, et s'en rendent les maîtres jusqu'à se priver volontiers de leurs propres satisfactions, mais que difficilement arrivent-ils à aimer le mal qui leur vient d'autrui.
Nous sommes en effet plus susceptibles de la douleur que du plaisir; et Ton se ressent plus de la piqûre d'une rose que de son odeur. Le moyen d'égaler cette disparité est d'embrasser aussi volontiers ce qui mortifie la nature que l'on se dépouille de ce qui plaît; d'incliner son cœur à la souffrance par la considération du bien qu'elle apporte, et se tenir prêt à la recevoir, afin que, lorsqu'elle arrivera, on n'en soit ni surpris, ni contristé.
Le Combat spirituel conseille de se représenter les occasions fâcheuses qui nous peuvent survenir, de lutter contre elles et de s'exercer au combat jusqu'à ce qu'on se sente vain-
queur, je veux dire résolu de les souffrir volontiers, si en effet ils arrivent. Il ne faut pas pourtant s'imaginer des maux extrêmes, dont le seul souvenir donne.de la frayeur, comme certains tourments des martyrs, mais bien ceux du mépris, de la calomnie, d'une fièvre et semblables.
En deux ou trois cas on doit avertir la communauté de la faute d'un seul : i® quand le mal est si invétéré en celui qui en est coupable, qu'on juge qu'un avertissement particulier lui serait inutile ; Notre-Seigneur n'avertit pas Judas, pour cette raison, sinon en la présence des autres apôtres; et encore ce fut en termes couverts, disant qu'un de ceux qui mettaient la main au plat le trahirait ; au contraire, il avertit saint Pierre lorsqu'il le voulut dissuader de la passion qu'il avait à souffrir, et lui fît même connaître que c'était une grande faute, l'appelant Satan, sachant bien qu'il en profiterait; 2® quand ce sont des esprits faibles qui ne peuvent porter une correction, pour douce qu'elle soit, bien qu'au reste ils soient bons ; car, avec cette bonté qu'ils ont, une recommandation en général leur suffît pour les redresser; et en troisième lieu, lorsqu'il y a danger que d'autres se laissent aller à la même faute, si on ne la reprend. Hors cela. Monsieur, je pense que l'avertissement se doit faire à la personne seule.
Quant aux fautes qui se font envers le supérieur, il en doit voirement avertir l'inférieur; mais il faut observer : !• que ce ne soit jamais sur-le-champ ; 2** que ce soit doucement et à propos; 3* que ce soit par raisonnement, lui disant les inconvénients de sa faute d'une manière gaie et aimable, afin qu'il connaisse que le supérieur ne l'avertit pas pai: humeur, ni parce que la faute le regarde.
Je n'ai jamais mis de différence entre ceux qui ont fait les vœux et ceux qui ne les ont pas faits ; et il ne faut pas surcharger les uns pour épargner les autres.
Vous ferez très bien d'appeler parfois des prédicateurs externes pour prêcher dans votre église, pourvu qu'ils soient . bons et qu'ils ne détruisent pas les enseignements et bonnes pratiques que vous avez tâché d'inculquer à votre peuple. La répugnance que vous sentez au grand extérieur d'une paroisse ne vous doit pas empêcher de faire ce que font les bons curés, pour contenter tout le monde, autant que faire se peut.
Ceux qui conduisent les maisons de la Compagnie ne doivent regarder personne comme leur inférieur, mais bien comme frère. Notre-Seigneur disait à ses disciples : Je ne vous dis plus mes serviteurs, mais Je vous ai dit mes amis. Il les faut donc traiter avec humilité, douceur, support, cordialité et amour. Ce n'est pas. Monsieur, que j'observe toujours cela, mais j'estime faillir quand je m'en éloigne .
L'esprit de la Mission n'est pas de visiter par civilité les principaux des lieux où elle est; car, comme dans les petites villes comme Sedan ils sont quasi tous d'égale condition, il les faudrait visiter tous et ne faire que cela ; et si vous n'en visitez qu'une partie, les autres croiront que vous les méprisez; et partant, il vaut mieux s'en dispenser tout à fait que de tomber dans ces inconvénients. J'excepte monsieur le gouverneur, lequel vous devez visiter souvent, et, en son absence, monsieur le lieutenant du roi. J'excepte aussi ceux que vous avez obligation de voir pour quelque raison particulière, comme aussi les externes de marque qui pourront aller chez vous ; car alors, étant obligé d'aller chez eux, ce ne sera plus par civilité. A quoi j'ajoute que nos prêtres qui vont et viennent à Sedan doivent toujours aller saluer et dire adieu à monsieur le gouverneur.
Dieu soit loué. Monsieur, de ce que l'on dit que la Compagnie sait ce qui est de Dieu, mais qu'elle connaît fort peu les hommes ! Oh ! qu'il est à souhaiter que cela soit vrai et
qu'elle se conserve dans cet éloignement de Tesprit du monde et de ce qui s'y passe, pour n'avoir de conversation qu'au ciel I et bienheureux sont ceux qui ne conversent sur la terre que pour en arracher les âmes, afin de les élever à Dieu, en qui je suis, etc.
i65. — A M. ALMERAS,
SUPÉRIEUR, A ROME
Il témoigne de sa répugnance à agir pour empêcher d'antres communautés d'usurper le nom de missionnaires. — On y trouve de graves inconvénients, mais il ne voit pas le moyen d*y porter remède.
19 août i65o.
Monsieur,
Puisque vous avez parlé de M. d'Authier à Mgr le cardinal d'Esté et à Mgr Massari, et leur avez fait faire attention aux inconvénients qui arriveraient de la ressemblance de nom de sa Compagnie ' et de la nôtre, vous ferez bien de côtoyer cela. Ce ne serait pas pourtant mon propre sentiment (car je voudrais abandonner cette affaire à la Providence), mais c'est celui de quantité de personnes clairvoyantes, qui sont d'avis que nous devons tâcher d'empêcher cette source de confusion et de désordre : ce qui me fait craindre que ma retenue ne vienne d'un esprit insensible. Elle est telle que je doute si je dirai rien de cela à monseigneur le garde des sceaux, ni à qui que ce soit, non plus que je ne l'ai fait jusqu'à présent, pas même à Mgr le chancelier, sinon qu'un jour je lui proposai simplement s'il pensait qu'un même nom à deux congrégations différentes pût porter préjudice. Il me répondit aussitôt que oui, et grand préjudice, et qu'il ne le fallait pas souffrir; que pour lui, il l'empê-
I. Les prêtres fondés par M. d'Authier de Sisgau s'appelaient Missionnaires du Saint-Sacrement. Plusieurs fois déjà on avait confondu les deux communautés, et il en était résulté, au moins dans deux circonstances, un véritable dommage pour la Congrégation de la Mission.
cherait tant qu'il pourrait. Je ne voulus pas même lui dire certaines choses qui eussent pu le confirmer là dedans. D'ailleurs que ferons-nous ?. Voilà que quasi tous ceux qui entreprennent de deçà des emplois rapportants aux nôtres prennent qualité de missionnaires ; et cela, parce que la miséricorde de Dieu, nous ayant appelés à cette profession, a eu agréable de donner quelque réputation à ce nom. M. Olier même, qui, du commencement, semblait affecter le nom de prêtres de la communauté de Saint-Sulpice, m'a témoigné désirer qu'on les appelât de la mission^ comme on fait : jusque-là qu'ayant établi deux ou trois séminaires, ce n'a été que sous ce nom. Si c'est un mal, il semble être nécessaire à notre égard, qui ne pouvons l'éviter ; car de nous y opposer, ce serait vainement. Il vaut mieux commettre cela à Dieu, et tâcher de nous faire distinguer des autres seulement par une grande soumission et déférence, par l'usage des vertus qui font un vrai missionnaire, afin qu'il ne nous arrive pas ce qu'a dit Notre-Seigneur : que les premiers seront derniers, et les derniers seront premiers. Ne laissez pas, comme je vous ai dit. Monsieur, de veiller de delà, etc.
i66. — A M. DE FLEURY,