LE CARDINAL FRANÇOIS BARBERINI
témoigne sa reconnaissance au cardinal, qui avait mis k la disposition des
missionnaires son abbaye de Saint-Sauveur.
Paris, i5 juillet z65o.
Monseigneur,
J'ai reçu la lettre donc Votre Éminence a daigné m'honorer, avec le respect que je dois à l'un des plus grands et des plus saints princes de l'Église, et dans un véhément désir qu'il plaise à Dieu rendre digne notre petite Compagnie, et moi particulièrement, de servir Votre Éminence. Sa divine bonté sait. Monseigneur, que notre joie ne serait pas moindre que notre bonheur, si nous en avions les occasions : je vous supplie très humblement de nous les donner et d'avoir agréables les actions de grâces que nous devons à Votre Éminence de nous avoir tant supportés dans son abbaye de Saint-Sauveur. Elle l'a fait plutôt par un excès de bonté que pour aucun sujet de satisfaction que notre petite Compagnie lui ait donnée, laquelle par conséquent ne mérite pas les remerciements que Votre Éminence fait. Je me donne néanmoins la confiance. Monseigneur, de supplier très humblement Votre Éminence de nous regarder comme ses petites créatures, de nous honorer de sa protection, et de
souffrir à la Compagnie et à moi particulièrement la qualité, Monseigneur, de votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur, etc.
i6o. — A M. LAMBERT,
SUPiRIBUB, A RICHELIEU.
Il lui donne ses conseils sur la manière dont il doit receToir le roi et les aumôniers
qaif probablement, logeront k la Mission.
17 juillet i65o.
Monsieur,
Monsieur le premier président me dit avant-hier que le roi doit aller à Richelieu, si déjà il n'y est ; ce qui m'oblige à vous dire mes pensées sur ce que vous aurez à faire, au hasard que la présente vous soit rendue assez tôt.
Vous irez, s'il vous plaît, le saluer au château avec trois ou quatre de vos prêtres. Il n'aime point les harangues, c'est pourquoi il ne lui en faudra pas faire; mais vous lui direz que vous êtes venus pour présenter à Sa Majesté les services de la Compagnie, et pour l'assufer de ses prières, afin qu'il plaise à Dieu de bénir sa personne et ses armes, et de le conserver tout un siècle, qu'il lui fasse la grâce de dompter les rebelles et d'étendre son empire jusqu'aux extrémités de la terre, afin de faire régner Dieu dans ses États. Ensuite il faudra s'adresser à la reine régente et lui dire quelque chose de semblable ; et puis à Monsieur; et au sortir, tâcher de voir monseigneur le cardinal pour lui faire la révérence, les offres, les souhaits, etc., fort brièvement. Surtout, Monsieur, gardez-vous de rien demander et de faire aucune plainte.
En cas qu'on vous demande si vous êtes bien satisfait de vos paroissiens, dites que oui, que ce sont de bonnes gens qui craignent Dieu, car cela se peut dire en général, qu'ils sont bons serviteurs du roi, et qu'ils ont eu un maître et ont
une maîtresse qui leur ont montré cet exemple, etc . ; il ne faut qu'un mot comme cela pour mouvoir Leurs Majestés à leur faire quelque grâce, comme de confirmer leurs privilèges. Informez-vous de quelqu'un des aumôniers de la manière dont vous devez recevoir le roi à Téglise : si avec la croix ou non ; si vous lui donnerez la croix à baiser ou non ; si vous lui présenterez le goupillon.
S'il passe quelques dimanches à Richelieu, vous ferez vous-même le prône ou la prédication et concerterez auparavant les cérémonies de la messe et des vêpres. Vous ferez tenir la maison nette et toutes chos^esen ordre ; et parce qu'on a coutume de loger les aumôniers chez les ecclésiastiques et dans les communautés des lieux où la cour s'arrête, vous les aurez peut-être tous, et peut-être aussi monseigneur l'évêque de Rodez % précepteur du roi, le père Paulin *, son confesseur, et plusieurs autres. C'est pourquoi vous ferez dresser beaucoup de lits les plus honnêtes ; les personnes de la Compagnie se pourront loger dans quelque salle, tous ensemble, pour laisser les chambres libres. Je vous prie de faire un bon accueil à tout le monde, d'offrir tout ce que vous avez ou pouvez, et faire à chacun le meilleur traitement qu'il vous sera possible, sans rien épargner. Si vous avez du temps, vous pourrez envoyer à Tours acheter ce qu'il faudra ; et s'il se passe un dimanche avant la venue du roi, vous ferez sagement d'exhorter la ville à le bien recevoir, à lui témoigner grande joie et grande affection par des acclamations et des louanges à Leurs Majestés, et en toutes les bonnes manières que faire se pourra. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous inspire les choses à faire en tout ceci, etc.