A SA SAINTETE LE PAPE INNOCENT X
Il rend compte des œuvres de la Compagnie i.
25 août i65o.
Très Saint Père,
Voici que supérieur très indigne de la faible et petite Congrégation de la Mission, prosterné aux pieds sacrés de Votre Sainteté, je consacre, avec tout le respect et la soumission
I. Ce préambule est suivi d'un exposé des œuvres de la Compagnie, que nous trouvons intégralement reproduit, sous un autre préambule, dans une lettre datée du 4 novembre. Nous n'aurions donc ici qu'un projet de lettre, qui fut plus tard modifié. Voir lettre 174.
SvjE Sanctitati Innogentxo pp. X.
25<> augusti i65o.
Beatissime Pater,
En ego tenuis ac pusillae Congregationis Presbjrterorum Missionis Superior indignissimus, ad sacros pedes Sanctitatis Vestrae advolutus, dictam Congregationem personamque meam, qua possum reverentia et animî submissione.
d'esprit qui sont en mon pouvoir, ladite Congrégation et ma personne à Votre Béatitude. La souveraine majesté dont vous êtes investi et le suprême honneur qui est dû à Votre Sainteté par tous les fidèles, et spécialement par moi, qui lui suis totalement dévoué et attaché, m'ont détourné jusqu'à présent de lui écrire. Mais la particulière bonté et la facilité avec lesquelles Votre Sainteté reçoit les lettres des absents et accueille les hommages de ceux qui l'approchent m'ont donné confiance.
En vérité. Très Saint Père, j'avais un ardent désir de rendre
en personne à Votre Sainteté l'hommage que je lui dois, et de lui rendre compte des fonctions de la Congrégation, la plus petite de toutes, il est vrai, mais la plus obligée et la plus dévouée au Saint-Siège apostolique. Et ce devoir rempli, mon unique consolation eût été de rendre mon dernier soupir aux pieds de Votre Sainteté. Maintenant encore ce bonheur est l'objet de tous mes vœux, bien que, infirme et septuagénaire, je n'ose me le promettre. Je ne puis donc qu'entretenir Votre Sainteté par lettre, puisque le poids des ans ne me permet pas de me présenter devant elle, et de lui exposer en peu de mots les fonctions de notre Congrégation.
Beatitudini Vestrae consecro. Apex ille majestatis et honor supremus qui Sanctitati debetur Vestrae ab omnibus âdelibus et a me praesertim,qui sum iUi totaliter devotus et devinctus^ hactenus ascribendo deterruit;tamen singularis humanitas ac facilitas in absentium litteris accipiendis et in cis admittendis qui obsequia Vestrae Sanctitati présentes reddunt^ me contirmavit. Equidem, Sanctissime Pater, avebam plurimum debitum obsequiuni personaliter testari^ ministeriorumque Congregationis^ minimal quidem omnium^ ac Sedi Apostolicae obligatissimae et obsequiosissimae, Suae Sanctitati rationem reddere. Demum^ his peractis, solamen unicum fuisset ad Sanaitatis Vestrae pedes extremum spiritum effundere, illud quoque votis etiam nunc efAagito, quanquam per infirmitates^ homo septuagenarius^ id non ausim mihi polliceri. Restât igitur ut per epistolam Beatitudinem Vcstram alloquar, quum annorum meorum detrimenta coram non sinunt, paucisque Congregationis nostrae functiones decurrere«
i68. — A M. LAMBERT,
SUPÉRIEUR^ A RICHELIEU
convient d'accepter lea œavres qae noas confient nosseigneurs les éTéques, mais il ne faut pas les rechercher. — II importe de se conformer strictement aux intentions des fondateurs.
26 août i65o.
Monsieur,
Vous me mandez qu'un de nos prêtres a visité tout seul une partie de Tarchidiaconé par commission de Mgr de Poitiers, monsieur l'archidiacre ne le pouvant faire ; et vous désirez savoir mon avis en cas qu'il arrive ci-après un cas pareil. A quoi je n'ai rien à dire, sinon qu'il faut obéir à nosseigneurs les évêques, mais non pas rechercher ces emplois.
Au regard de- M. Romillon, chapelain de Taumônerie de Champigny, comme il est homme de bien, en qui on n'a trouvé rien à reprendre jusqu'à maintenant, et qu'il n'est pas mal vu de delà, vous n'auriez pas bonne grâce de l'entreprendre au point que de poursuivre ou sa sortie de l'aumônerie, ou votre décharge du soin que vous en avez; car cela sent la rigueur, et ce serait traiter Madame trop âprement de la presser ainsi de faire l'un ou l'autre. C'est assez que vous ayez proposé le premier .une ou deux fois; elle est bien informée des déportements de cet homme, qui vraisemblablement n'est pas tel que l'on vous a dit; et ceux qui vous en ont parlé en mauvaise part n 'ont peut-être d'autre fondement que leurs propres dissentiments à sa conduite ou à ses avis.
Vous ne devez non plus insister pour que les pauvres logent hors de l'aumônerie, ni empêcher qu'on les oblige d'y demeurer, au moins la plupart, pour trois ou quatre raisons. La première est que M. du Rivau ne vous le cédera pas, et que ce serait témérité de penser l'emporter sur lui. Mon Dieu,
Monsieur, déférez à ce bon seigneur, et ne faites rien, aux choses où il a quelque vue, que par concert avec lui. Deuxièmement, quoique vos raisons soient très considérables, néanmoins il y en a de plus fortes de l'autre côté. Que savezvous. Monsieur, si, laissant ainsi les pauvres çà et là en leur particulier, le revenu ne s'en irait pas, avec le temps, en d'autres usages, tantôt pour récompenser les serviteurs, tantôt pour obliger un ami qui recommandera quelqu'un, tantôt pour en tirer service ou reconnaissance, ou pour d'autres tels abus qui feraient que ce ne seraient plus les pauvres qui jouiraient de ces pensions, mais d'autres qui pourraient vivre d'ailleurs? et cet inconvénient n'est pas à craindre tandis qu'on obligera les pauvres à la résidence, parce qu'il n'y aura que ceux qui seront véritablement pauvres qui voudront se ranger à l'aumônerie. Troisièmement, on doit respecter l'intention des fondateurs; c'étaient de bons princes clairvoyants, qui n'ont rien ordonné qu'avec connaissance de cause. Enfin, Madame ne veut souffrir aucun changement sur ce point. Que ferez-vous à cela ? Pour moi, je vous avoue que si l'on m'avait demandé mon avis, j'aurais tenu l'opinion que vous combattez ; car on est assuré de bien faire en suivant l'intention des fondateurs, quelque avantage qui paraisse à faire autrement. Je vous supplie. Monsieur, au nom de Notre-Seigneur, tenons-nous là, et croyez que ce me sera une grande consolation si vous n'en parlez plus, et encore plus grande si en cela, et en toute autre chose, vous vous joignez avec M. du Rivau. Que si vous ne pouvez vous résoudre à prendre aucun soin de cette aumônerie, à cause de l'aumônier, déchargez- vous-en sur quelqu'un de la Compagnie, et laissez-le faire, etc.
lôg. — A M. BLATIRON,
SUPÉRIEUR^ A GÊNES
II l'engage à faire son possible pour ne pas introduire Tusage de rendre ses compies à Parchevêché. — II ne convient pas d'admettre des hommes et des femmes dans des charités : ils ne s'entendraient pas.
2 septembre i65o.
Monsieur,
Je crains que, si vous commencez à rendre compte, on ne le tire à conséquence, et qu'après Mgr le cardinal, Tarchevêque qui lui succédera, vous trouvant dans cet usage, vous oblige à continuer; et c'est néanmoins ce qu'il faut éviter sur toutes les choses du monde, comme une sujétion très fâcheuse. Avant que nous fussions dans Saint-Lazare, nos devanciers rendaient compte tous les ans aux évêques de Paris ; de sorte qu'en notre établissement, monseigneur l'archevêque nous voulut obliger à faire de même; mais je le priai instamment de nous en dispenser. Ce que ne voulant pas faire, je lui dis que nous préférions plutôt nous retirer ; et l'eussions fait infailliblement s'il eût persévéré. Il est difficile aux missionnaires, qui vont et viennent, d'écrire au juste ce qu'ils dépensent à la ville et aux champs, parce qu'ils font divers menus frais inévitables, qui sembleraient superflus aux auditeurs du compte. Et puis on oublie plusieurs choses, en sorte que pour trouver votre compte, quand vous le rendez, et égaler la mise à la recette, il faut faire des suppositions, comme font quelques Compagnies; et ces suppositionslà peuvent nuire et peuvent être péchés. Je dis cela à Mgr de Paris et je vous l'écris, afin que vous vous serviez de cette raison, s'il est expédient.
Je n'ai pas encore eu le temps^ d'examiner votre règlement de la Charité ; je vous dirai cependant que, quant aux protecteurs et conseillers, l'usage en peut être bon en Italie, mais l'expérience nous a fait voir qu'il est nuisible en France.
Les hommes et les femmes ensemble ne s'accordent point en matière d'administration : ceux-là se la veulent arroger entièrement, et celles-ci ne le peuvent supporter. Les Charités de Joigny et de Montmirail furent au commencement gouvernées par Tun et l'autre sexe ; on chargea les hommes du soin des pauvres valides, et les femmes, des invalides ; mais parce qu'il y avait communauté de bourse, on fut contraint d'ôtcr les hommes. Et je puis porter ce témoignage en faveur des femmes, qu'il n'y a rien à redire en leur administration, tant elles ont de soin et de fidélité. Peut-être qu'en Italie elles sont moins capables de ces choses ; et ainsi je ne vous donne point pour règle ce que je viens de vous dire, etc.