‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 165 sur 267 · CONSUL D^ALGER · texte numérisé non relu

CONSUL D^ALGER

Il Tencourage dans les soutfrances qu'il éprouve en prison.

Septembre i65o.

Mon cher Frère,

C'est avec grande douleur que j'ai appris l'état auquel vous êtes à présent réduit, qui est un sujet d'affliction à toute la Compagnie, et à vous d'un grand mérite devant Dieu, puisque vous souffrez innocent. Aussi ai-je senti une consolation qui surpasse toute consolation, de la douceur d'esprit avec laquelle vous avez reçu ce coup, et du saint usage que vous faites de votre prison. J'en rends grâce à Dieu, mais d'un sentiment de reconnaissance incomparable Notrc-Seigneur. étant descendu du ciel en terre pour la rédemption des hommes, fut pris et emprisonné pour eux. Quel bonheur pour vous. Monsieur, d'être traité quasi de même ! Vous êtes parti d'ici comme d'un lieu de joie et de repos pour aller assister et consoler les pauvres esclaves d'Alger ; et voilà que vous y êtes fait semblable à eux, bien que d'une autre sorte.

Or, plus nos actions ont de rapport à celles que Jésus-Christ a faites en cette vie, et nos souffrances aux siennes, plus sontelles agréables à Dieu. Et comme votre emprisonnement honore le Ciel, aussi vous honore-t-il de sa patience, en laquelle je le prie qu'il vous confirme.

Je vous assure que votre lettre m'a si fort touché, que Je me suis résolu d'en édifier cette Communauté. Je lui ai déjà fait part de l'oppression que vous souffrez et du doux acquiescement de votre cœur, afin de l'exciter à demander à Dieu la délivrance de votre corps, et à remercier sa divine bonté de la liberté de votre esprit. Continuez, Monsieur, à vous conserver dans la sainte soumission au bon plaisir de Dieu ; car ainsi s'accomplira en vous la promesse de Notre-Seîgneur, qu'un seul de vos cheveux ne sera perdu, et qu'en votre patience vous posséderez votre âme. Confiez-vous grandement en lui, et souvenez-vous de ce qu'il a enduré pour vous en sa vie et en sa mort. « Le serviteur, disait-il, n'est pas plus grand que son maître : s'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. Bienheureux sont ceux qui sont persécutés pour la Justice, car le royaume des deux est à eux. » Réjouissez-vous donc. Monsieur, en celui qui veut être glorifié en vous, et qui sera votre force en proportion que vous lui serez fidèle ; c'est de quoi je le prie très instamment. Et pour vous, je vous conjure, par l'affection que vous avez pour notre Compagnie, de den^ander à Dieu pour nous tous la grâce de bien porter nos croix, petites et grandes, afin que nous soyons dignes enfants de la croix de son Fils, qui nous a sur elle engendrés en son amour, et par laquelle nous espérons de le posséder parfaitement dans l'éternité des siècles. Amen.

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