‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 172 sur 267 · A M. CLAUDE DUFOUR · texte numérisé non relu

A M. CLAUDE DUFOUR

PRÊTRE DE LA MISSION, A SEDAN

II le désigne pour la mission de Madagascar.

Paris, 5 novembre i65o.

Je pense que vous m'avez parlé d'autrefois du dessein dont la pensée vous est revenue depuis peu, et que, pour lors, après avoir bien discuté les raisons qui vous mouvaient à Tétat de chartreux, vous êtes revenu à celle qui vous demandait de rester en la condition où la providence de Dieu vous a mis.

Et pour ce qu'ensuite vous m'avez témoigné par plusieurs fois, que vous sentiez des mouvements de vous appliquer au salut des peuples éloignés, l'occasion s'en étant présentée, je vous ai offert à Notre-Seigneur pour cela. Qui plus est, j'ai envoyé votre nom à Rome, d'où il faut avoir l'approbation, après que monseigneur le nonce d'ici, auquel je vous ai premièrement proposé, vous a agréé selon le pouvoir que Rome lui en avait donné. Vous voilà donc arrhé à l'adorable Providence pour cet effet. La raison pour laquelle je ne vous en ai donné avis plus tôt est parce que nous sommes en doute si le navire partira à la fin de janvier, comme l'on dit, et que je sais qu'il n'y a point de précautions ni de mesures à prendre avec vous. Allons, c'est l'Inde orientale, où est M. Nacquart; c'est une île de trois cent cinquante lieues de long, qui se

quibus si vestrœ, Eminentissime Princeps, protectionis cumulus hic accesserit, uberiores, divina gratia promovente, fructus colligemus.

Eminentiae Suae humillimus et addictissimus servus.

ParisiiSy pridienonas novembris i65o.

nomme Madagascar, ou autrement l'île de Saint-Laurent, qui est au delà de la ligne, trois ou quatre degrés en deçà le tropique du Capricorne. Je vous envoie la relation que M. Nacquart m'en fait. O Monsieur, que vous serez consolé de voir l'apparence qu'il y a de voir de grands fruits !

Il y a bien des chartreux qui voudraient sortir, et qui le pourraient, ou pour le moins il se peut dire qu'il serait bien à désirer qu'ils sortissent de leur cloître, pour une œuvre d'une telle importance. Nous nous faisons fort d'y envoyer trois ou quatre prêtres et deux frères, et commençons à faire leur petit trousseau pour cela. Nous avons ici un jeune homme de Bretagne qui en vient et est entré dans la Compagnie à dessein d'y retourner; c'est un fort bon jeune homme. Or sus, Monsieur, ne pensez plus aux Chartreux : Notre-Seigneur vous appelle plus loin. Il vous y accompagnera et continuera par vous et avec vous la mission qu'il a commencée lorsqu'il était sur la terre. O Monsieur, quel bonheur que celui d'être choisi de Dieu pour une œuvre des plus importantes auxquelles un prêtre puisse être appelé ! Je ne vous en dis point davantage : Notre-Seigneur vous dira le reste. Je suis, en son amour et en celui de sa sainte Mère, etc.

P.'S. L'on pourra faire lire la rel-ation au réfectoire. J'en prie M. Coglée, et embrasse votre Compagnie, prosterné en esprit à ses pieds, et me recommande à ses prières.

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