‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 177 sur 267 · A UN FRÈRE DE LA COMPAGNIE · texte numérisé non relu

A UN FRÈRE DE LA COMPAGNIE

A ROAE.

Il donne & ce frère, qui exerçait la chirurgie, les motifs qui doivent l*engager à ne plus

penser & quitter Rome.

Mon cher frère.

Je ne puis vous dire la consolation que mon cœur a reçue lorsque, de temps en temps, on m'a mandé que Dieu vous continuait ses bénédictions, et vous, à lui, votre fidélité : dont je ne puis que je ne remercie présentement sa divine bonté, comme j'ai toujours fait, parce que votre avancement m'est très cher, aussi bien que votre âme. Ce qui fait que si absolument vous désirez vous en revenir, vous le pouvez faire: nous vous recevrons à bras ouverts; mais je ne vois pas que telle soit la volonté de Dieu : premièrement, parce que sa providence vous a conduit à Rome; deuxièmement, parce qu'il vous a fait la grâce d'y bien réussir en vos emplois; troisièmement, que ce serait contre l'avis de vos supérieurs, par lesquels Dieu fait connaître ce qu'il veut et ne veut pas ; et

quatrièmement enfin, parce qu'il est difficile que vous puissiez rendre à Notre-Seigneur plus de services ailleurs que vous faites là.

Vous me direz peut-être, mon cher frère, que vous n'avez dessein que de vous venir rendre plus capable en votre art, pour faire encore mieux que vous n'avez fait ? Je loue votre intention, et plus encore l'humilité qui vous fait reconnaître que vous savez peu. Il est pourtant vrai que ceux qui vous ont vu agir disent que vous en savez beaucoup, et par théorie et par pratique; et puis Notre-Seigneur n'est-il pas la suffisance de ceux qui se confient en lui ? Quand il nous consola de votre entrée en la Compagnie, vous n'aviez pas dessein de devenir plus habile chirurgien, mais plus prompt et plus soumis à son bon plaisir.

Vous me repartirez peut-être qu'à présent l'expérience vous fait craindre que vous soyez coupable, si quelque accident arrive aux malades par votre faute? A cela je réponds que, faisant pour leur soulagement ce que vous croyez bonnement devoir faire, vous n'êtes aucunement responsable du reste. Un médecin qui ordonne des remèdes selon son art et sa conscience, est quitte devant Dieu, quoique ses remèdes fassent des effets contraires à son intention. Vous savez assez tout cela : demeurez donc en repos, et faites un peu de réflexion, s'il vous plaît, à la réponse que fit Notre-Seigneur à deux jeunes disciples qu'il avait, lesquels lui demandaient congé de retourner en leur pays, l'un pour enterrer son père trépassé, et l'autre pour vendre ses biens et les donner aux pauvres. Voilà de beaux sujets; et néanmoins ce divin Maître aime mieux qu'ils demeurent où il les a mis. Il n'a que faire ni de notre savoir, ni de nos bonnes œuvres, s'il n'a notre cœur; et ce cœur-là, il ne le veut pas, si nous lui donnons hors du lieu où il nous le demande. Au nom de Dieu, mon cher frère, soyons bien à lui ; nous ne pouvons être mieux !

Humilions-nous de plus en plus; et plus nous verrons notre insuffisance, estimons que nous avons encore plus que nous ne méritons. Je prie son infinie miséricorde qu'elle se répande abondamment sur vous et sur vos emplois, pour en rapporter enfin la sanctification de votre âme et l'accomplissement de ses desseins éternels. Faites-moi la charité de l'implorer sur moi qui suis un grand pécheur, et, toujours en son amour, votre, etc.

i85. — A M. D'AUTIERS

SUPÉRIEUR d'une CONGRÉGATION.

Il s'excuse d'avoir jamais eu quelque mauvaise disposition ni contre sa personne, ni contre sa congrégation; il est au contraire prât à les servir à l'occasion.

i5 janvier i65i.

Monsieur,

Je vous fais ici un renouvellement des offres de mon obéissance; je vous supplie de l'avoir agréable, d'autant plus que c'est avec toute l'humilité et l'affection qui me sont possibles, à quoi je prends la confiance d'ajouter. Monsieur, que je n'ai en rien contribué à la difficulté que M. Deslions a trouvée en son affaire; je ne savais pas seulement qu'il eût aucune pensée sur l'évêché de Babylone , jusqu'à ce que Mp" le nonce me dit par occasion, ces jours passés, qu'il avait reçu une lettre de la sacrée Congrégation sur ce sujet et qu'il y avait fait réponse ; je serais aussi à savoir encore que vous,

i. M. d'Âuthier de Sisgaud^ né à Marseille le 6 avril 1609. U entra dans Tabbaye de Saint-Victor de Marseille le 11 octobre 1627; ordonné prêtre le 10 juin i633^ il reçut le bonnet de docteur le 8 juillet suivant. Au mois d'octobre 1634, il réunit ses premiers compagnons^ qui prirent le nom de Missionnaires du Trés-Saint-Sacrement. Son institut fut approuvé par le Pape Innocent X, le 20 septembre 1647. En i63i il fut nommé évêque de Bethléem. — C'était une chapelle de Clamecy (Nièvre), unie par Guillaume III, duc de Nevers, mort en 1147 à son retour de la croisade, à révêché de Bethléem en Palestine, en faveur de Raynaud, chassé de cette ville par les Sarrasins. — Il mourut le 17 septembre 1667.

Monsieur, ayez obtenu ci-devant le décret pour cet évêché, si M. Aimeras ne me l'avait mandé, l'ayant appris de vous. Je vous dis plus, je n'ai jamais fait ni dit aucune chose contre votre sainte Congrégation : au contraire. Dieu m'a toujours donné du respect pour elle et un grand désir de la servir; et pour témoignage de cela, je n'ai jamais célébré la sainte messe, depuis que j'ai eu connaissance de son élection, que je ne l'aie recommandée à Dieu deux fois actuellement. Tune en la préparation, et l'autre au Mémento, afin que sa divine bonté la fasse saintement prospérer et l'accompagn e de ses bénédictions en son intention et en ses emplois, la nommant même plutôt que la nôtre, parce qu'en effet je l'es- ' time davantage. Je parle chrétiennement. Monsieur, en la présence de Dieu qui sait que je dis la vérité ; et afin que vous n'en doutiez pas, donnez-moi, s'il vous plaît, les occasions de ,vous le faire voir autrement que par paroles ; employezmoi pour le service de votre Congrégation : j'espère que Notre-Seigneur me fera la grâce de m'y porter avec toute la vigueur que l'œuvre de Dieu requiert; c'est ainsi que je nomme ce qui va au bien d'une Compagnie dédiée à sa plus grande gloire, comme est la vôtre; et alors le père et les enfants me feront peut-être l'honneur de croire que je suis, de tous en général, et de vous en particulier, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre, etc.

i86. — A M. LEON LE BOUTHILLIER,

COMTE DE CHAVIGNY, MINISTRE d'ÉTAT.

Paris, 27 janvier i63i.

Monseigneur,

Je prends sujet, à cette nouvelle année, de vous renouveler les offres de mon obéissance et de la donation perpétuelle que je vous ai faite de mon chétif cœur, et cela avec toute

rhumilîté et rafifection que Je le puis. Je vous supplie, Monseigneur, de l'avoir agréable.

J'apprends tous les jours, Monseigneur, les progrès que vous faites en la vie exemplaire que vous avez commencée depuis si longtemps, et que vous avez continuée avec tant de succès que la bonne odeur en vient jusques à nous ; dont je rends grâces à Dieu et le prie qu'il sanctifie votre chère âme de plus en plus.

Je vous envoie une relation de l'état pitoyable auquel sont réduits les pauvres gens de la frontière de Picardie et de Champagne. Je ne doute point que votre cœur miséricordieux n'en soit beaucoup touché et attendri. Je le suis toujours au souvenir de votre chère personne, laquelle je présente souvent à Notre-Seigneur, en l'amour duquel je suis. Monseigneur, votre, etc.

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