FILLE DE LA CHARITÉ, A HENNEBONT
Il exprime sa reconnaissance des bontés d*un bienfaiteur, son rei;ret de la mauvaise »anté d'une sœur; il annonce du renfort et engage à bien profiter des diverses croix qui se présentent.
Paris, i6 avril i65i.
Ma bonne sœur,
J'ai reçu grande consolation de votre lettre, à cause de celle que vous donne le bon M. Eudo, votre père et bienfaiteur ; je lui fais un mot de remerciement de tant de charité qu'il exerce vers vous et notre sœur Geneviève, et je prie Notre-Seigneur qu'il vous donne son esprit pour bien faire son œuvre. Nous vous allons envoyer du secours : une de vos sœurs partira d'ici cette semaine, Dieu aidant, pour aller à Nantes et de là à Hennebont. J'espère que vous la recevrez cordialement. Je suis bien en peine de l'indisposition de notre sœur Geneviève, et je prie Notre-Seigneur qu'il lui redonne sa santé et vous conserve la vôtre, puisque vous l'employez si bien à son service. Je ne doute pas que votre grand éloignçment et la difficulté du langage du pays où vous êtes ne vous soient un peu fâcheux; mais aussi trouvons-nous occasion de souffrir, en quelque lieu que nous soyons. Dieu a mis cette nécessité partout, et la condition de ceux qui le servent y est la plus sujette, de sorte que tant mieux vous le servirez, tant plus sa bonté vous donnera de l'exercice; c'est par les croix qu'il sanctifie les âmes, comme il les a rachetées par la sienne : bienheureuse sera la vôtre, si vous portez doucement les peines d'esprit et de corps que sa providence vous donnera, ou qui vous viendront du dedans ou du dehors. Il vous en peut arriver de tous côtés, et ceux qui vous consolent aujourd'hui vous peuvent mortifier demain ; tenons ferme, ma sœur, à vouloir que le bon Dieu accomplisse son plaisir en nous; tenons-nous prêts pour bien
user de la tribulation et de tous les divers événements de la vie, afin de parvenir à la bienheureuse, en laquelle nous reconnaîtrons que Dieu nous fait grâce de nous faire souffrir en le servant. Demandez-lui pour moi cette lumière par avance ; je vous assure que très souvent je vous offre à lui, parce que je suis, en son amour, de vous et de notre bonne sœur que je salue affectionnément, etc.