‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 191 sur 267 · A LA REINE DE POLOGNE · texte numérisé non relu

A LA REINE DE POLOGNE

Il annonce Tarrivée de quatre missionnaires. — II énumère les fruits excellents produits par les séminaires et conseille d'en tgire Texpérience. — II annonce que les filles de la Charité et celles de Sainte-Marie partiront au premier commandement.

6 septembre i65i.

Madame,

Voici enfin vos missionnaires qui se vont prosterner aux pieds de Votre Majesté sacrée, et vous offrir leurs très humbles services. Ils ne sont que trois ou quatre, Madame, bien que le dessein fût de vous envoyer huit ou neuf; nous avons pensé que ceux-ci suffiraient pour un commencement, attendant que Votre Majesté nous fasse l'honneur de nous commander de lui en envoyer d'autres. Ils ne savent pas la langue du pays, mais, comme ils parlent latin, ils peuvent dès à présent s'occuper à élever de jeunes ecclésiastiques, tant à la piété et à l'usage des vertus, qu'à toutes les autres choses qu'ils sont obligés de savoir et de faire. Votre Majesté, Madame, leur en pourra faire avoir une douzaine pour com-

mencer, et, au bout d'un an, ce seront des ouvriers faits que les nôtres pourront mener en mission, pour instruire les peuples de la campagne, dont la plupart ignorent les choses nécessaires à salut, et qui pour cela sont en danger de perdition, au dire de quelques saints.

Si Votre Majesté approuve ce dessein. Madame, et que le seigneur évêque qui en agréera l'exécution en son diocèse fasse comme ceux de France qui obligent les clercs, avant d'entrer aux ordres sacrés, de demeurer quelque temps auparavant en leurs séminaires, il ne se peut. Madame, que le vôtre ne réussisse aussi bien que ceux-là, sans autres frais que le logement, l'ameublement et l'entretien des missionnaires, parce que les séminaristes payeront leur pension. Il n'y a pas longtemps, Madame, que nous avons des séminaires en ce royaume, et néanmoins les progrès en sont fort considérables. L'un desdits seigneurs évêques me fit l'honneur de m'écrire dernièrement qu'il ne se pouvait assez consoler de voir son clergé réformé par le moyen de son séminaire, établi seulement depuis huit ou dix ans et conduit par quatre prêtres de notre Compagnie.

On nous dit des merveilles de la sainteté de vie de Mrg l'archevêque de Wilna; peut-être serait-il bien aise, Madame, d'avoir cette sainte oeuvre en son diocèse, sinon que Votre Majesté ait agréable de lui faire donner naissance à Varsovie, pour la^voir cultiver et pour en mieux reconnaître l'importance et les fruits.

S'il plaît à Dieu de bénir les saintes intentions de Votre Majesté pour l'entier bonheur de son grand royaume (lequel se peut vanter d'avoir une des meilleures reines du monde), elle ajoutera aux bénédictions que sa présence y a apportées, une infinité d'autres biens, par l'avancement à la vertu de l'état ecclésiastique, par l'instruction de ses pauvres sujets, et de plus, Madame, par l'établissement d'une nouvelle et

sainte religion % comme est celle des religieuses de Sainte- Marie, qui donnera moyen à d'autres filles de s'y consacrer au bon Dieu et qui servira de remède au désordre des filles perdues ; et enfin par l'assistance des pauvres malades au moyen des filles de la Charité que Votre Majesté demande et qui se tiennent prêtes à partir. Quels biens peut-on entreprendre, Madame, que ceux-là n'embrassent ? et quelle sorte d'état y aura-t-il dans le royaume qui ne se ressente de votre incomparable piété ?

A propos des filles de Sainte-Marie, Madame, elles sont pareillement disposées à partir au premier ordre. Il est vrai que l'esprit malin, prévoyant le bien qu'elles doivent faire, a excité révolte de la part des parents, qui ont fait défendre à la supérieure d'envoyer leurs filles si loin, ce qui a été fait juridiquement par monsieur l'official, et ensuite par l'autorité de Mgr de Paris ; mais cet obstacle se lèvera facilement si Votre Majesté fait l'honneur audit seigneur archevêque de lui en écrire et de lui en faire dire un mot par la reine.

Je prie Notre-Seigneur, Madame, qu'il tire gloire de vos desseins et sanctifie de plus en plus votre chère âme ; ce sont les grâces que je lui demanderai toute ma vie, qui suis, en son amour, de Votre Majesté, Madame, le très humble, très obéissant et très obligé serviteur, etc.

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