‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 194 sur 267 · A SAINTES · texte numérisé non relu

A SAINTES

' 11 exprime son af&iction dés troubles qui agitent le pays, recommande la patience

et interdit d'abandonner la maison.

26 novembre i65i.

Monsieur,

J'ai une grande douleur des troubles qui s'élèvent de delà, et je prie Notre-Seigneur qu'il change en mieux l'état des choses. Il faut cependant honorer sa patience, et faire beaucoup d'actes d'abandon à son bon plaisir et d'acquiescement aux effets de sa justice. Je loue Dieu de la paix intérieure que vous conservez en vous et en votre famille; je ne doute pas que vous ne la lui demandiez instamment pour tout le pays et pour tout le royaume, et aussi la grâce (pour le pauvre peuple) de bien user des afflictions de la guerre.

Je vois que vous doutez de ce que vous avez à faire : il faut tenir ferme. Monsieur ; ce serait un grand mal de quitter, et un scandale irréparable envers la ville et la Compagnie. Je ne crois pas, si vous abandonniez la maison, que jamais plus on vous y voulût recevoir. Ne craignez pas : la tranquillité suivra la tempête, et peut-être bientôt. Si vous ne jouissez pas du revenu, vous ne serez pas délaissé : vous ne mourrez pas de faim, nous vous assisterons autant qu« faire se pourra. Il n'est pas que vous n'ayez quelques provisions et que vous ne tiriez quelque chose de votre revenu; on s'épouvante d'abord, mais Dieu ne permet pas toujours que le mal qu'on appréhende arrive. Depuis le temps que les guerres sont en Lorraine, en Flandre et sur nos frontières, les maisons religieuses tiennent bon : ce n'est pas qu'elles ne souffrent; mais elles s'échappent et elles méritent beaucoup par leur patience; aucun de vous n'a encore sujet de perdre contenance. Je prie Notre-Seigneur qu'il soit votre protecteur et votre consolation, qu'il vous unisse entre vous et vous donne la fidélité

convenable à la pratique des vertus, surtout de Toraison, de la récollection, de la mortification et de la conformité avec la volonté de Dieu. Confiez-vous fort en lui, et ayez bon courage. Nos maisons d'Âgen et de la Rose sont en la même peine que vous, et celle de Cahors aussi, ou peu s'en faut, etc.

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