A M. LAMBERT
SUPÉRIEUR, A VARSOVIE
11 lui envoie ses vœux de bonne année et lui expédie la relation de ce qui se passe aux Hébrides. -— Sa peine à la nouvelle de la maladie de la reine. — Il remercie Dieu de la protection dont il couvre les missionnaires. — On va aviser aux moyens de secourir la Champagne. « Il lui donne quelques nouvelles de la Compagnie.
Paris, 3 janvier i652.
Monsieur,
Je vous renouvelle les assurances de l'estime et des tendresses particulières que Dieu m'a données pour votre personne, non seulement pour cette nouvelle année, mais
jusqu'au delà des siècles ; et je prie sa divine bonté qu'après vous en avoir donné un tout entier pour le servir en ce monde, il vous donne ensuite son éternité bienheureuse.
J'ai reçu vos deux lettres des 28 novembre et 5 décembre; et sur ce que vous me mandez avoir fait lire à table la relation de Madagascar, je vous envoie celle des îles Hébrides, qui n'est pas si ample ; mais elle est pleine de sujets de consolation. On ne se dispose point d'envoyer en la première île, ce qui nous met en grande peine pour celle que le bon M. Nacquart souffre, si d'aventure il est encore en vie.
Vos lettres m'ont fort consolé, mais ces consolations ont été suivies de douleur, voyant que vous me mandez que peut-être l'indisposition de la reine retardera le voyage que Leurs Majestés font en Lithuanie, tant la conservation de cette grande reine est précieuse à ses États et aux pauvres membres de Jésus-Christ. Mon affliction s'est augmentée de ce que l'on dit ici que le général des Cosaques a commis quelques infidélités. Nous continuerons à prier Dieu pour le roi, la reine et leurs armées.
Je rends grâces à Dieu de ce que M. Guillot continue le soin des pauvres de Varsovie et de ce qu'il est bon prêtre. Je prie Notre-Seigneur qu'il le perfectionne de plus en plus, et lui rendre le séjour et les occupations de Pologne moins désagréables.
Vous avez raison d'admirer la conduite de Dieu sur vous et sur votre petite compagnie, surtout de vous avoir tirés de la maison où vous logiez, dans laquelle sont mortes sept ou huit personnes depuis votre sortie. Il y a bien de la Providence en cela; mais. Monsieur, sur qui veille-t-elle, si elle ne veille sur ses serviteurs ? Et comme elle vous est extrêmement bonne, et qu'elle a donné à la reine attrait pour votre établissement, il faut espérer qu'il se fera en son temps, nonobstant les retardements arrivés jusqu'ici ; et alors cette
même Providence ne vous laissera pas manquer de sujets pour faire son œuvre.
Je loue Dieu de ce que les filles de la Charité sont à Varsovie et dans l'occasion du travail ; Dieu veuille les y bénir et conserver ! Je m'en allais chez M"* Le Gras faire une petite conférence à ses filles, lorsque M"" la duchesse d'Aiguillon et la présidente de Herse m'ont envoyé quérir chez une d'elles, où je suis, pour aviser aux moyens de secourir la pauvre Champagne, où les armées sont qui la réduisent en un pitoyable état. Je crains fort que nous ne puissions pas faire de grands efforts, à cause que déjà il se fait une grande dépense pour l'assistance de ce diocèse, pour lequel il faut que toutes les semaines on envoie six ou sept mille livres.
Tout Paris contribue à cela, et fournit de toutes choses
nécessaires à l'homme pour la nourriture et le vêtement, pour les maladies et pour le travail. Il y a divers magasins établis en cette ville, où chacun porte ce qu'il a dévotion de donner. Il y a un tonneau, dans le magasin général où l'on met le sel, qui ne s'épuise jamais, encore qu'on en tire tous les jours pour envoyer aux champs, comme on fait de tout le reste. Si j'étais à Saint-Lazare, je vous enverrais l'ordre qui se tient en cette sainte économie, qui a été imprimé. Messieurs du Saint-Sacrement font merveille en cette ville pour cela, et les religieux aux champs pour la distribution et l'assistance des pauvres gens. Nous n'y avons que trois personnes, outre celles que nous avons encore à Étampes, parce que les prêtres qui nous sont morts nous ont empêchés d'en donner davantage ; et pour cela on a eu recours aux religieux.
Grâce à Dieu, je me porte bien, et aussi toute la Compagnie de delà. Nous envoyons M. Berthe à Rome; M. Duchesne s'en va conduire la maison de Richelieu, et en même
temps y commencer un séminaire interne. Nous y avons
envoyé le meilleur de nos séminaristes pour montrer les pratiques et l'exemple aux autres. M. Cuissot retourne à Cahors, et doit aller à Montauban conférer avec Mgr Tévêque sur le dessein de son séminaire. Nous Taisons revenir de Rome M. Levazeux » ; peut-être Tenverrons-nous ou à Agen ou à Montauban. Voici une lettre de Barbarie. Je suis, en Tamour de Notre-Seigneur, etc.