‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 205 sur 267 · A M. LAMBERT · texte numérisé non relu

A M. LAMBERT

SUPiRIEUR^ A VARSOVIE.

Il exprime ses sentiments à Foccasion de la mort du jeune fils du roi. -— Il apprend avec reconnaissance Tintérât que le prince porte à la Mission. — U souffre de l'absence de M. Lambert, et cherche un missionnaire apte à le remplacer en Pologne. — Il te réjouit du retour d'un frère clerc.

PariSy vendredi saint, 29 mars i652.

Monsieur,

J'ai reçu vos deux lettres qui m'ont donné sujet de consolation ; mais j'y en ai trouvé un qui m'a grandement affligé, à savoir le décès du petit prince, duquel le bon Dieu a voulu priver la terre pour le faire régner au ciel. Nous avons redou-

blé nos prières à cette occasion pour le roi et la reine. Je ne crois pas devoir écrire aucune lettre de consolation, parce qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse consoler de telles privations; et puis vous me mandez que déjà Leurs Majestés se sont comportées en cet accident comme des âmes parfaitement soumises aux jugements adorables de Dieu ; de quoi je remercie sa divine bonté, comme aussi. Monsieur, de Tattrait qu'elle donne au roi pour votre établissement, qui est tel que lui-même daigne penser aux moyens de le faire et de l'assurer. J'espère que Dieu bénira ses soins, puisqu'ils tendent à son service. Il est vrai que j'ai beaucoup souffert depuis que je ne vous ai plus ici ; mais j'adore la main de Dieu qui vous en a éloigné, et me soumets à faire usage de cette mortification jusqu'à ce qu'il ait agréable de vous y ramener. Nous lui demanderons cependant une personne qui ait les belles qualités que vous me marquez, pour aller avancer la gloire de Dieu en Pologne.

J'ai envoyé votre lettre à M. Gambart ', avec un billet, pour la montrer aux filles de Sainte-Marie, et pour les obliger d'écrire en Pologne par le prochain ordinaire, afin de consoler la reine de l'espérance de les y voir bientôt. J'ai aussi averti M"® Le Gras de ce qui la regarde. Après ces fêtes, nous travaillerons tout de bon à ce dessein.

Je vous prie de dire à notre frère Casimir que, sur le point que je m'en allais hier à ténèbres, j'ai appris son retour, et que, pendant l'office, je m'en suis plusieurs fois ressouvenu pour en remercier Dieu ; celui d'aujourd'hui m'empêche de vous faire une plus longue lettre.

Nos petites nouvelles sont les mêmes que je vous ai man-

I. M. Adrien Gambart, né en iGoo au diocèse de Noyon, ordonné prêtre en mars i633. Il fut, sans appartenir à la Congrégation, un des premiers compagnons de saint Vincent, qui le donna pour confesseur au deuxième monastère de la Visitation à Paris; il mourut le 19 décembre 1668. Voir Notices bibliographiques sur les écrivains de la Congrégation, page 261.

dées. Je vous souhaite les bénédictions du mystère amoureux que nous célébrons, et à votre chère famille, que j'embrasse avec votre chère âme au pied de la croix de Notre-Seigneur, en qui je suis, etc.

P. -S. J'embrasse en particulier notre frère Casimir, prosterné en esprit à ses pieds, avec une joie que je ne puis exprimer de le savoir avec vous.

ASSISTANT DE LA MaISUN DE ROME*.

11 le blime d'un empressement trop naturel, et lui rappelle qu'il ne doit jamais agir

de son chef, mais consulter et attendre la réponse.

29 mars i652.

Monsieur,

Vous me donnez tous les jours sujet de louer Dieu de votre affection pour la Compagnie et de votre vigilance aux affaires, et c'est ce que je fais de tout mon cœur ; mais je vous dois dire aussi, comme Notre-Seigneur à Marthe, qu'il y a un peu trop de sollicitude en votre fait, et qu'une seule chose est nécessaire^ qui est de donner plus à Dieu et à sa conduite que vous ne faites. La prévoyance est bonne quand elle lui est soumise, mais elle passe à l'excès quand on s'empresse pour éviter quelque chose que nous appréhendons ; nous espérons plus de nos soins que de ceux de sa providence, et nous pensons faire beaucoup de prévenir ses ordres par notre désordre, qui fait que nous adhérons plutôt à la prudence humaine qu'à sa parole. Un passereau ni un seul cheveu ne tombent point à terre que par sa disposition, et vous doutez que notre petite Congrégation se maintienne si nous n'usons de telles et telles précautions, si nous ne faisons ceci ou cela, en sorte même que, si nous différons, d'autres s'établiront sur nos ruines.

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