A Mgr DE CAHORS
li lui annonce la condamnation des cinq propositions, les bonnes dispositions des chefs du parti, la joie des catholiques. — Il le prie de remercier Dieu de cette grflce.
Paris, 5 juillet i633.
Monseigneur,
Je vous envoie une nouvelle qui vous sera fort agréable, c'est la condamnation des Jansénistes, de qui les cinq propositions ont été déclarées hérétiques dès le 9 juin. La bulle ' en fut publiée dans Rome le même jour, et arriva en cette ville la fête de Saint-Pierre; et ayant été présentée au roi et à la reine par Mgr le Nonce, Leurs Majestés Tont fort bien reçue, et Mgr le cardinal a promis de tenir la main à Texécution. Tout Paris en a tressailli de joie, au moins ceux du bon parti, et les autres témoignent de s'y vouloir soumettre. M. Singlin ^, qui en est le patriarche avec M. Arnault, a dit
indignis tali hospite^ eu jus an imam in aeterna tabernacula recepit. Utinam hic luculenta nobis occasio nascatur animum memorem testandi in re quae ad Suam Dominationem singulariter pertineret; illam studiose amplecteremur, ut tam beneficae et prolixae erga nos voluntati aliquomodo respondere possemus. Hoc omnibus votis exoptat, admodum révérende Domine, Dominationis Vestrae humillimus ac obcdientissimus servus.
VI^•CEMTIUs A Paulo, indignus superior generalis Congregationis Missionis.
1. La bulle d'Innocent X condamnait cinq propositions extraites des œuvres de Jansénius et qui renfermaient sa doctrine.
2. M. Singlin, élevé d^abord par saint Vincent, avait été attiré dans le jansénisme par Tabbé de Saint-Cyran.
qu'il fallait obéir au Saint-Siège ; et M. du Hamel, curé de Saint-Merry, Tun des arcs-boutants de cette nouvelle doctrine, est dans cette disposition, et s'est offert de publier luimême la bulle en son église. Plusieurs des principaux d'entre eux, comme M. et M"* de Liancourt, disent qu'ils ne sont plus ce qu'ils étaient ' ; bref, on espère que tous acquiesceront. Ce n'est pas que quelques-uns n'aient peine d'avaler la pilule, et disent même que, quoique les sentiments de Jansénius soient condamnés, les leurs ne le sont pas ; mais ceci, je ne l'ai ouï dire qu'à une personne. Tant y a. Monseigneur, que cette décision est une grâce de Dieu si grande que tout le monde en fait fête ici ; et ceux qui savent le mal que ces agitations passées ont fait ne peuvent assez reconnaître un tel bien. J'espère, Monseigneur, que, comme vous avez contribué à l'obtenir par la signature de la lettre écrite à Sa Sainteté, vous serez aussi des plus fervents à en remercier Dieu, et à le prier qu'il achève de réunir les esprits : ce que fera aussi Mgr de Sarlat ^, s'il vous plaît de lui envoyer une copie de la bulle ci-jointe, laquelle n'a pas encore été imprimée. On attend Mgr de Paris, qui est absent, pour la faire mettre en français et la faire afficher. C'est un arrêt contradictoire du Saint-Siège, qui a usé de toutes les précautions imaginables pour ôter tout prétexte à nos parties de s'en plaindre. Il les a ouïs plusieurs fois en particulier et en public, non seulement les premiers docteurs envoyés pour empêcher que Sa Sainteté prononçât, mais les seconds qui étaient allés au secours, qui ont parlé trois ou quatre heures durant en sa présence, lisant un grand cahier qu'ils avaient apporté de Paris
1. Ces sentiments durèrent peu, et Tesprit dUntrigue remporta sur l'apparente soumission manifestée d'abord. M. de Liancourt se plaignait à saint Vincent de son confesseur, qui lui refusait l'absolution : le parti en tira occasion pour faire du scandale. Voir les Mémoires du père Rapin, tome II, page 237.