‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 244 sur 267 · A M. LE VACHER · texte numérisé non relu

A M. LE VACHER

PRÊTRE DE LA MISSION, A ALGER

II lui fait l'éloge de M. Martin Husson, envoyé comme consul, et le prie de le recevoir

avec bonté.

i5 juillet i653.

Monsieur,

C'est un jeune homme des plus accomplis de sa condition parmi tous ceux que je connais. Sa vertu vous sera bientôt connue, je ne dis pas au point qu'elle est (puisqu'elle surpasse tout ce qu'on en peut connaître et penser), mais à suffisance pour vous obliger d'en faire grand état. Il n'est pas seulement sage, accort, vigilant et pieux ; mais il est très capable pour les affaires, et toujours prêt à s'employer pour le prochain. Il s'en va servir Dieu et les pauvres en Barbarie, nonobstant l'éloignement et les dangers du lieu et de la mer. Il quitte Paris, où il est avocat au parlement, et ses parents qui le chérissent beaucoup, et qui ont tâché de l'arrêter par une abondance de larmes, de remontrances et d'industrie. Certes son dégagement est admirable dans l'âge où il est, dans la pureté d'intention qu'il apporte dans ce voyage : de sorte que non seulement il vivra en commun avec vous, mais encore il ne disposera d'aucune chose que de votre consentement. De plus, il a tant de douceur pour tout le monde, tant de condescendance pour ses amis et tant de soumission pour son Dieu, que, voyant celle qu'il aura pour vous, vous serez obligé d'en avoir pour lui. C'est pourquoi, Monsieur, je ne

vous recommande pas de le prévenir d'honneur, de confiance et de bonté, et de lui déférer autant que vous pourrez, surtout dans Texercice du consulat, parce que. Dieu aidant, vous ne ferez tous deux qu'un cœur et qu'une âme.

PRÊTRE DE LA MISSION, A SAINTES

Il le félicite d*avoir renoncé au projet de rendre visite à son père.

27 juillet i653.

Monsieur,

Certes votre lettre m'a beaucoup consolé, et encore plus la mortification que vous pratiquez en vous privant, pour l'amour de Dieu, du voyage que vous proposiez de faire. Je ne doute pas que monsieur votre père ne reçût un grand contentement de votre visite, et avec raison ; mais aussi la gloire que vous donnez à Notre-Seigneur, en demeurant là où il vous a mis, mérite d'être préférée, non seulement en tant qu'il nous conseille le renoncement des parents, mais en ce que, par cet acte de vertu, vous attirez sa protection sur les vôtres et plus de grâces sur votre personne. Je n'ai pas eu la moindre petite pensée contraire à l'affection que vous avez pour votre vocation. Vous avez aussi trop de connaissance des biens que vous y pouvez faire pour l'abandonner; et moi je vous sais trop bon et trop reconnaissant des bienfaits de Dieu pour vous croire capable d'une telle légèreté, etc.

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