A M. FOURNIER
PRÊTRE DE LA MISSION, A AGEN
11 le loue de la charité avec laquelle il s'est exposé au danger de contagion, pour venir soigner M. Edme. — Il lui rappelle que, excepté dans les séminaires, nous ne devons pas recevoir d'externes.
12 octobre i653.
Monsieur,
Je vous ai déjà mandé quelque chose de la joie que j'avais reçue de ce que vous vous étiez présenté à Agen pour assister M. Edme Ménétrier en sa maladie, nonobstant le danger de
peste qui était dans la ville, et le refus qu'il avait fait de votre secours, pour aimer mieux se priver de cette consolation que d'exposer votre personne. J'ai été si touché de cette sainte contestation que j'en ai fait part à la Compagnie; et même je lui ai mis en question qui avait fait un plus grand acte de vertu en cela de vous ou de lui, depuis que j'ai vu par votre lettre du 20 septembre que votre charité a prévalu sur sa résistance, et qu'enfin vous vous êtes rendu auprès du malade pour en avoir soin et le consoler: ce qui contribuera sans doute beaucoup à son rétablissement, dont j'ai aveni aussi la Compagnie pour l'en édifier et pour l'obliger à remercier Dieu, et vous recommander tous deux à sa divine bonté.
L'ecclésiastique de condition dont vous m'écrivez nous fait trop d'honneur de vouloir se retirer en quelqu'une de nos maisons, pour s'occuper à nos fonctions. Sur quoi, je vous dirai, Monsieur, que la règle générale parmi nous est de ne recevoir aucun externe que dans les séminaires. Il est vrai que nous avons reçu ci-devant céans feu M. de Vincy, et que nous y avons eu depuis MM. les abbés de Chandenier, mais c'est pour des considérations qui ne se peuvent rencontrer en d'autres ; et les raisons que nous avons de n'en plus recevoir sont considérables, particulièrement celle-ci, qu'il faut de deux choses l'une : ou leur permettre de faire la récréation avec nous, ou leur donner quelqu'un des nôtres pour la faire avec eux. Au premier cas, ils nous ôtent la sainte liberté qui se prend en ces occasions ; et le second, c'est diviser les personnes et l'esprit de la Compagnie ; et en tous les deux, c'est leur donner moyen de connaître le fort et le faible de chacun de nous. Il y a un autre inconvénient, c'est que les mécontents, quand il y. en a, se vont décharger à eux, et en même temps leur donnent connaissance de tout ce qui se passe dans la maison et dans la Compagnie, jusqu'aux
affaires les plus secrètes. Si cet honnête ecclésiastique veut demeurer en votre maison qui est un séminaire, ou venir en celui des Bons-Enfants, il y sera reçu volontiers ; hors cela, faites-lui sentir la difficulté, etc.