‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 250 sur 267 · CONSUL FRANÇAIS, A ALGER · texte numérisé non relu

CONSUL FRANÇAIS, A ALGER

Il le loue d'avoir refusé de tenir table ouverte. — 11 se réjouit de la parfaite entente qui existe entre lui et M. Le Vacher, qui eût dû prendre son avis avant de lancer des interdits. — Il lui parle des pourparlers entamés pour arranger un démêlé avec son frire, puis traite des intérêts des captifs.

17 octobre i653.

Mon cher frère.

J'ai reçu votre lettre du 24 juillet, et le duplicata d'icelle, du 10 août. Je rends grâces à Dieu de ce que vous avez fait entendre aux survenants que vous ne pouvez plus continuer une si grosse dépense que par le passé, et de ce qu'à présent vous n'en admettrez que fort peu à votre ordinaire. En quoi vous avez fait un acte de modestie et un autre de justice : de modestie, ne voulant paraître splendide et libéral, pour honorer l'humilité de Notre -Seigneur en la modération de sa table ; et de justice, en ce que les pauvres esclaves en seront mieux assistés. Je loue Dieu aussi de la bonne intelligence qui est entre vous et M. Le Vacher, qui paraît par l'estime que vous avez pour lui et les bons témoignagnes que vous m'en rendez. Je prie Dieu qu'il confirme cette union et vous fasse la grâce de la conserver autant qu'il est en vous.

Je remercie pareillement Notre-Seigneur de ce que ledit sieur Le Vacher n'a pas entrepris grand'chose sans vous le communiquer, si ce n'est quelques interdictions, pour ce, dites-vous, que vous n'avez pas voulu vous en mêler. En cela pourtant il devait vous demander conseil plus qu'en autre chose, et vous, lui en dire votre sentiment, comme sur un sujet des plus importants de sa charge. J'espère que cela

ne sera plus nécessaire, parce qu'il n'en viendra désormais à telles extrémités, Dieu aidant. Je ne doute pas que le soin qu'il a eu de ranger les prêtres et religieux à leur devoir ne soit la cause de leurs plaintes ; mais bienheureux qui souffre pour la justice, et vous et lui doublement heureux, si vous l'exercez suavement, en esprit de charité, et jamais par passion.

J'ai écrit à M. Chrestien, à Marseille, qu'il prenne mille livres et vous les envoie, au lieu de pareille somme que vous avez fournie à M. Dujardin.

Je n'ai pas rendu votre lettre à monsieur votre frère, parce qu'elle est un peu trop aigre, et que nous avons tenté un accommodement duquel il ne s'éloigne pas. Il est vrai que les embarras que j'ai eus et quelque autre raison ont empêché que nous n'en sommes pas bien avant. Je tâcherai d^y vaquer le plus tôt et le plus que je pourrai.

Plaise à Dieu d'arrêter le succès des Turcs en la fréquente prise des chrétiens. Lorsque j'ai reçu celle des gens de Mgr le cardinal Antoine Barberini, je vous ai prié de les assister et servir autant que vous pourriez, et je vous en prie derechef.

Je crois bien que l'abord de tant de pauvres esclaves n'accommode pas votre bourse, mais pourtant il faut se régler selon vos forces. Après que vous avez fait ce que vous avez pu pour empêcher qu'il se pervertisse aucun chrétien, il faut se consoler en Notre-Seigneur, qui pourrait . empêcher ce malheur, et qui ne le fait pas.

Je vous prie de me mander ce que vous aurez fait pour les esclaves desquels je vous ai envoyé les rédemptions, savoir, pour quatre de Capbreton, nommés Beauregard, Desené, Campan et Douslieux; pour Jacques Laval, du diocèse d'Agde ; pour Toussaint le Rond, qui est de Paris ; pour Jean Sauvage, de Boulogne ; et ce qu'il faut pour le

rachat de Joannes de Mauléon, Basque, lequel pouvant être délivré pour trois ou quatre cents livres, je vous ai prié de les fournir.

Je vous envoie une lettre pour François Cirât, et une autre pour François Buisson, chirurgien.

Un marchand de cette ville, nommé Baron, demeurant rue des Mauvaises- Paroles, me les a envoyées avec un mémoire qui porte qu'il payera jusqu'à deux cents piastres pour ledit Cirât, et pour Buisson cinq cents. Mais comme ce n'est rien faire, s'il ne les envoie à Marseille pour être tenues en Alger, je m'informerai s'il l'a fait, et par quelle voie, pour vous en avertir, ou lui ferai dire qu'il le fasse au plus tôt, ou qu'autrement les pauvres gens ne seront pas délivrés, ainsi que peut-être il s'imagine, à cause des offres qu'il fait de donner l'argent après leur délivrance. Vous les pourrez cependant consoler de cette espérance.

On m'a prié de vous en recommander un autre, pris avec les gens de Mgr le cardinal Antoine Barberini, nommé Jacques Lambert, qui est d'auprès de Rethel, pour savoir ce qu'il faut pour son rachat. C'est M. l'abbé de Bourzeis * qui m'en a écrit. Vous m'en ferez ressouvenir en me faisant réponse, ensemble des autres qui nous font de telles recommandations, si je vous les nomme, afin que je leur fasse savoir ce que vous m'en écrirez.

Au nom de Notre-Seigneur, mon cher frère, conservezvous, et bénissez Dieu des occasions qu'il vous donne de le servir et de vous perfectionner en tant de manières. Je suis, en son amour, etc.

I. Amable de Bourzeis, né à Vol vie, près de Riom, le 6 avril i6oô; abbé de Saint-Martin de Cores, ordonné prêtre à Paris le 22 décembre 1648; mort doyen de l'Académie française le 2 août 1672. Commensal de M. de Liancourt, il fut quelque temps favorable aux jansénistes.

26i. — A UN SEIGNEUR DE NORMANDIE.

Il le remercie de son désir de fonder une maison, mais ne peut accepter en ce moment,

faute de sujets.

23 octobre i653.

Monsieur,

Je ne puis vous remercier assez humblement et afifectionnément à mon gré de la grâce que vous nous faites de penser de nouveau à notre chétive Compagnie, au sujet de votre fondation et de rajustement que vous agréez à nos petits usages. Je prie Notre-Seigneur qu'il soit votre remerciement et votre récompense ; et vous, Monsieur, je vous supplie très humblement de nous excuser de ce que nous ne sommes pas en état de vous fournir présentement les missionnaires que vous demandez, à cause de la quantité d'ouvriers que nous avons perdus cette année, et que nous avons été contraints de remplir les places vides depuis votre départ de cette ville et d'en envoyer à quelques nouvelles fondations. Que s'il plaît à Dieu de bénir quelques écoliers que nous avons, et leurs études en théologie qu'ils achèveront cette année, nous serons en état de pouvoir fournir cinq ou six prêtres vers la fin de Tannée, qui est le nombre d'ouvriers que la fondation peut entretenir avec deux frères coadjuteurs. Il y a quantité de saintes communautés dans Paris qui sont préférables à nous ; j'ose vous supplier très humblement. Monsieur, de les préférer à nous, etc.

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