‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 255 sur 267 · CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS, ET SON AMBASSADEUR DANS LE LEVANT · texte numérisé non relu

CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS, ET SON AMBASSADEUR DANS LE LEVANT

Il le prie de préciser par acte authentique les droits du consul de France i Tunis, et il développe les motifs qui l'ont décidé à accepter cette charge pour l'un de ses prêtres.

25 février 1654.

Monseigneur,

Bien que je n'aie pas l'honneur d'être connu de vous, je me donne pourtant la confiance de vous offrir mes très humbles services et ceux de la petite Compagnie de la Mission, de laquelle, quoique indigne, je suis le supérieur. Je vous supplie de l'avoir agréable, comme aussi. Monseigneur, que je joigne ma très humble supplication à la lettre que le roi vous écrit pour vous employer vers le Grand Seigneur, à ce qu'il lui plaise accorder au sieur Husson, consul de la nation française à Tunis, une déclaration authentique par laquelle il ordonne, conformément aux articles des anciennes capitulations faites entre nos Rois et Sa Hautesse, que les nations suivantes payeront sans difficulté les droits consulaires audit consul de France et à ses successeurs, savoir : les Français, Vénitiens, Espagnols, Livournois, Italiens, Génois, Siciliens, Maltais, tous les Grecs, tant sujets de Sa Hautesse que les autres, les Flamands, Hollandais, Allemands, Suédois, Juifs, et généralement tous ceux de quelque nation qu'ils puissent être (hormis les Anglais), qui trafiquent ou trafiqueront audit Tunis, au cap Nègre ", Suimare, Biserte, Sousse,

la ville d'Aberdin, où il était, à un bourg, avec encore un père jésuite et un autre prêtre séculier, de sorte que nous ne savons pas encore ce qu*ii en sera. » (Répétition d'oraison de la Fête-Dieu, jeudi 27 mai i656.}

I. Cap Negro, petit promontoire de la côte de Tunisie, à mi-chemin environ, entre la Calle et Bizerte.

Suimare, inexactement transcrit, doit être Sidi-Mezrac, en abrégé, Si- Mizrac.

Bizerte, ville de TÉtat de Tunis, place forte et port sur une langue du golfe de son nom, le Diarrhytus des Romains.

Sfaxe, Salé et en tous les autres ports, havres et plages de rétendue dudit royaume de Tunis. Et que ladite patente, Monseigneur, contienne de plus, s'il est possible, toutes les autres choses portées par le mémoire que je vous envoie; autrement ledit consul qui a été envoyé de la part du roi pour y maintenir son autorité entre ses sujets, terminer les différends qui arrivent entre les marchands résidants ou trafiquants en ladite ville, demander justice pour eux au dey ou pacha et autres principaux, lorsqu'ils sont maltraités des Turcs, ne pourrait pas accomplir les justes intentions de Sa Majesté, d'autant que le consul anglais veut entreprendre sur le consulat français et usurper ses droits sur une partie des nations susdites en vertu d'une nouvelle patente qu'il a obtenue du Grand Seigneur contre l'ancien usage; en quoi il se fait appuyer des Turcs à force de présents.

Peut-être, Monseigneur, trouverez-vous étrange que des prêtres qui se sont donnés à Dieu, comme nous, pour instruire le pauvre peuple de la campagne et porter l'état ecclésiastique à la vertu, se mêlent néanmoins d'une affaire temporelle et tant éloignée de leurs fonctions qu'est celle-ci. Je vous dirai à cela. Monseigneur, qu'ayant entrepris depuis six ou sept ans d'assister les pauvres chrétiens esclaves de Barbarie, spirituellement et corporellement, tant en santé qu'en maladie, et d'envoyer à cet effet plusieurs de nos confrères qui prennent soin de les encourager à persévérer en notre sainte religion, à souffrir leur captivité pour l'amour

Sousa, Soussa ou Hamaniet, ancienne Âdrumète, ville et port de la régence de Tunis^ sur la Méditerranée, à iio kilomètres sud-est de Tunis.

Sfax (généralement regardée comme Tancienne Taphoura), ville murée de la régence de Tunis, sur le golfe de Cabés, à 225 kilomètres sud-est de Tunis.

Salé ou Vieux-Salé, ville du Maroc (Fez), à Tembouchure du Bouregreb ou Burargag, à ]65 kilomètres ouest de Fez; son port, aujourd'hui ensablé, était autrefois un repaire de pirates. Un consulat français y fut établi en i63o, puis supprimé.

de Dieu, et à faire leur salut dans les peines qu'ils souffrent; et cela par visites, aumônes, instructions, et par l'administration des saints sacrements, même pendant la peste, en sorte qu'à la dernière maladie nous y avons perdu quatre des meilleurs de notre Compagnie ; il a fallu pour faciliter cette bonne œuvre que du commencement ils se soient mis en pension auprès des consuls, en qualité de leurs chapelains, de crainte qu'autrement les Turcs ne leur permissent pas les exercices de notre sainte religion. Mais, le consul étant mort, le dey ou le pacha commanda à un prêtre de la Mission d'exercer cette charge à l'instance que lui en firent les marchands français. Et comme une personne de condition et d'insigne piété * eut vu le bien que faisait ce bon prêtre dans l'exercice de cette charge, elle s'est employée vers le roi sans que nous en eussions aucune pensée, pour nous faire avoir les consulats de Tunis et d'Alger, et Sa Majesté nous a permis de les faire exercer par telles personnes capables que nous trouverons propres à notre dessein. Pour cela, Monseigneur, nous en avons choisi deux de notre Compagnie qui ne sont pas prêtres, mais qui entendent les affaires, et celui que nous avons envoyé nouvellement à Tunis était avocat au parlement de Paris, qui, sans autre intérêt que celui du service de Dieu et du prochain, s'en est allé là, ainsi qu'a fait à Alger le sieur Barreau, qui est aussi de Paris, d'une fort bonne famille; de manière, Monseigneur, que, n'ayant qu'une même intention avec nos prêtres, ils vivent ensemble comme frères, ils ont tout en commun, et emploient les profits des consulats avec ce que nous leur envoyons de France, après leur simple entretien pris, à l'assistance corporelle et spirituelle des pauvres chrétiens captifs, et à procurer la liberté à quelques-uns qui ne tiennent qu'à peu de chose, et qui, faute de trente ou cinquante pias-

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