A M. DU COUDRAY
PRÊTRE DE LA MISSION, A ROHE
11 le dissuade de faire une nouvelle traduction de la Bible. — Importance de travailler
à l'instruction du pauvre peuple.
i6 février 1634.
Monsieur,
Je vous prie de ne pas vous arrêter à la proposition qu'on vous a faite de travailler à cette version. Je sais bien qu'elle servirait à satisfaire la curiosité de quelques-uns, mais non pas, certes, comme je crois, au salut des âmes du pauvre peuple, auquel la Providence de Dieu a eu dessein de toute éternité de vous employer. Il vous doit suffire, Monsieur, que par la grâce de Dieu vous avez employé trois ou quatre ans pour apprendre Thébreu, et que vous en savez assez pour soutenir la cause du Fils de Dieu en sa langue originaire, et pour confondre ses ennemis en ce royaume. Représentez-vous qu'il y a des milliers d'âmes qui vous tendent les mains et qui vous disent : « Hélas ! Monsieur, vous avez été choisi de Dieu pour contribuer à nous sauver; ayez donc pitié de nous et nous venez donner la main pour nous tirer du mauvais état où nous sommes; voyez que nous croupissons dans l'ignorance des choses nécessaires à salut et dans les péchés que nous n'avons jamais: confessés par honte, et que, faute de votre secours, nous sommes en grand danger d'être damnés. »
Mais, outre les cris de ces pauvres âmes, que la charité vous fait entendre intérieurement, écoutez encore, s'il vous plaît. Monsieur, ce que mon cœur dit au vôtre, qu'il se sent extrêmement pressé du désir d'aller travailler et de mourir dans les Cévennes, et qu'il s'en ira, si vous ne venez bientôt dans ces montagnes, d'où Monseigneur l'évêque*
I» Sylvestre de Cruzy de Marcillac, évêque de Mende.
crie au secours, et dit que ce pays, qui a été autrefois des plus florissants en piété de tout le royaume, est maintenant tout en péché, et que le peuple y périt de faim de la parole de Dieu.
22, — A M. DU CO;UDRAY,
PRÊTRE DE LA MISSION^ A ROME
Au sujet des indulgences [k obtenir pour les confréries de la Charité. — Dévouement
des dames qui en font partie»
23 juillet 1634.
Monsieur,
Faites votre possible pour obtenir les indulgences que Sa Sainteté a données aux RR. PP. Jésuites et aux PP. de rOratoire, quand ils vont en mission à la campagne. Il y a une indulgence plénière pour ceux qui se confessent à eux et ensuite communient. Plût à Dieu que vous puissiez en obtenir pour les confréries de la Charité, qui, par la grâce de Dieu, font des choses merveilleuses. Nous Pavons érigée en diverses paroisses de cette vil le, et, depuis quelque temps, nous en avons une composée de cent à cent vingt dames de qualité qui, chaque jour, quatre à quatre, vont visiter et secourir de huit à neuf cents malades, leur portant de la gélatine, des consommés, des confitures et toutes sortes de douceurs, en outre de la portion ordinaire que la maison leur fournit; et cela pour disposer ces pauvres gens à faire une confession générale de leur vie passée, et procurer que ceux qui meurent partent de ce monde en bon état, et que ceux qui guérissent fassent bon propos de ne plus jamais offenser Dieu.
Gela se fait avec une bénédiction particulière de Dieu, non seulement à Paris, mais encore dans les villages, soit par cette confrérie, soit par ceux qui lui fournissent des aumônes.