Clément de Bonzi, 1628 au 6 octobre
troîs choses de nous, et, n'ayant pu avoir Thonneur de vous faire réponse pour lors, à cause que je m'en allais aux champs, je me suis proposé de le faire à présent. Et je vous dirai, Monseigneur, que, premièrement, nous sommes sous l'obéissance de nosseigneurs les prélats, pour aller par tous les endroits de leurs diocèses où il leur plaira nous envoyer prêcher, catéchiser et faire faire confession générale au pauvre peuple ; pour enseigner Toraison mentale, la théologie pratique et nécessaire, les cérémonies de TÉglise à ceux qui doivent prendre les ordres, dix ou quinze jours avant qu'ils les prennent; et pour les recevoir chez nous, après qu'ils sont prêtres, pour renouveler la dévotion que Notre- Seigneur leur avait donnée en prenant les ordres; bref, nous sommes comme les valets du centenier de l'Évangile, à l'égard de nosseigneurs les prélats, en ce qu'eux nous disant: allez, nous sommes obligés d'aller; s'ils nous disent: venez, nous sommes obligés devenir; faites cela, et nous sommes obligés de le faire. Nous sommes de plus soumis à leur visite et correction comme les curés et vicaires des champs; encore que, pour la conservation de l'uniformité de l'esprit, il y ait un supérieur général auquel les missionnaires obéissent quant à la discipline domestique.
Voilà, Monseigneur, comment nous vivons avec nosseigneurs les prélats. Savoir maintenant si nous pouvons vous en envoyer deux, c'est ce qui souffre difficulté, à cause du peu que nous sommes et du peu de vertu que nous avons. Vous pouvez croire néanmoins, Monseigneur, que si nous le pouvions faire pour quelque prélat du royaume, que ce serait pour votre Seigneurie illustrissime, tant pour la vie exemplaire qu'elle mène en l'Église que pour le besoin que je me représente du pauvre peuple de vos montagnes. Et pour la troisième, je vous dirai, Monseigneur, que comme
nous allons sans rien prendre du pauvre peuple ni des ecclésiastiques pour notre vie ni pour nos vêtements, qu'il faut, comme je pense,' huit cents ou mille livres pour l'entretien de deux prêtres et d'un frère.
Voilà, Monseigneur, ce que je puis répondre à Votre Seigneurie illustrissime, touchant les choses qu'elle désire savoir de moi; et si j'étais assez heureux de lui pouvoir rendre service, certes. Monseigneur, je le recevrais à bénédirtion particulière de Dieu. Votre Seigneurie illustrissime disposera entièrement de moi, s'il lui plaît, comme de celui qui est, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.