PRÊTRE DE LA MISSION, A L^ARMÉE , A ROYE, EN PICARDIE
Il fut arrêté pendant son voyage et retenu auprès d'un grand personnage. — Avis pour
sa conduite en cette circonstance.
29 septembre i636.
Monsieur,
Béni soit le saint nom de Dieu, Monsieur, de ce que sa Providence vous a arrêté auprès de Monseigneur le chancelier, ensuite de la pensée qu'il a eue de me mander que je lui envoyasse quelqu'un pour le suivre ! O Monsieur! que les conseils de Dieu sont adorables et admirables I Joseph allait en Egypte pour y souffrir les misères qui accompagnent l'esclavage, et il y trouva son bonheur et celui des siens: vous vous en alliez à la guerre pour en ressentir les calamités, et Notre-Seigneur vous a arrêté auprès du chef de la justice du royaume et d'un des plus hommes de bien qui existent. Plaise à sa divine bonté vous y faire trouver le dégoût de toutes les choses périssables par la plus grande
I. Robert de Sergis^ né le 2 mars 1608; reçu en juin 2628, prêtre en avril i632.
connaissance que vous acquerrez de la vanité du monde, et que vous nous en puissiez faire part à votre retour, qui est certes un bien plus estimable que tous les honneurs et tous les biens de la terre ! Soyez-y donc à la bonne heure, Monsieur, puisque ce n'est pas vous qui vous y êtes introduit, et que c'est la pure Providence qui en a disposé de la sorte.
Je n'entends pas bien en quelle qualité, si c'est pour aller servir en absence de M. Peleiis son aumônier, ou pour servir aux gens de guerre^ qui l'accompagnent.
Si c'est en la première manière. Je n'ai rien à vous dire touchant la confession, la sainte messe ni les grâces (vous savez ce qu'il faut faire aux deux premières et vous vous informerez de ce qu'il faut observer pour la troisième), si ce n'est pour la confession, qu'il nous suffit de ce que les gens de bien nous disent sans s'enquérir; car quod supra nos nihil ad nos^ dit un grand personnage. Il y a quelque cérémonie à la fin de la messe qu'on fait devant les grands, c'est, après avoir ôté la chasuble, de se retourner et de faire un enclin. J'ai vu faire cet acte de révérence par notre bienheureux monseigneur de Genève, à monsieur le général des galères. Votre condition est infiniment au-dessous de celle de ce grand et saint prélat. Il me semble de plus qu'on leur porte le corporal à baiser, et qu'on va leur donner de Teau bénite après la messe ; je ne l'ai jamais fait, je n'en sais rien ; mais vous vous en informerez. Si vous mangez parfois à la table de monsieur le maître d'hôtel, tâchez toujours. Monsieur, d'y avoir la moindre place. Les maîtres d'hôtel ne quittent jamais la leur, et les gentilshommes précèdent là les aumôniers en la plupart des lieux, même chez les prélats. J'avais pour maxime de regarder monsieur le général en Dieu, et Dieu en lui, et de lui obéir de même, et à feue Madame comme à la sainte Vierge, et de
ne me présenter devant eux si ce n'est qu'ils m'y appelassent, ou pour quelque affaire pressante ou d'importance. Au nom de Dieu, Monsieur, faites-en de même. Quant aux domestiques, il les faut beaucoup honorer et traiter doucement, cordialement et fort respectueusement, et surtout leur dire parfois quelque chose de Dieu. Il se faut bien garder de s'enquérir des nouvelles de la maison ni de l'état. Que si c'est en la seconde manière, vous verrez si vous pourrez faire quelques exhortations catéchistiques dans l'église, à certains jours de la semaine. Ressouvenez-vous de ce que faisait saint François Xavier sur le navire, dans son passage aux Indes, et tâchez de l'imiter et de faire ce que vous penserez devant Dieu qu'il ferait s'il était à votre place; prenez-le, s'il vous plaît, pour votre spécial protecteur. Je prie Dieu qu'il vous donne part au zèle des âmes et à l'humilité de son Fils. Vous suivrez l'ordre de monsieur le chancelier à l'égard des malades, et vous vous représenterez que vous n'avez jamais eu plus besoin de la grâce de Dieu qu'à présent.
3o. — A M. DE SERGIS,
PRÊTRE DE LA MISSION^ A AMIENS
S'abandonner avec confiance entre les mains de la Providence.
19 octobre i63t.
Monsieur,
... J'ai été consolé de recevoir une de vos lettres, et également affligé voyant le danger où vous croyez être. Au nom de Dieu, Monsieur, usez de toutes les précautions que votre emploi vous permettra, dans la confiance que Celui qui, de toute éternité, vous a choisi pour l'assistance des pauvres de ce quartier-là, vous conservera comme la prunelle de son oeil, autant que sa gloire et votre bien le requerront. Après
cela, quel est celui qui veut vivre ou prétendre quelque chose sur la terre ? ou qui, sentant en soi des affections contraires, ne les mortifie, dans la pensée que nos jours sont comptés et que nous ne pouvons ajouter un moment de vie
au dernier que Dieu nous a déterminé. Cela étant, Monsieur, abandonnons-nous à la divine Providence; elle saura bien ménager ce qu'il nous faut.
Et à propos de la Providence, ne reconnaissez-vous point qu'elle a tellement soin de votre personne, qu'il semble qu'elle s'occupe d'une manière particulière de vous ? Et si cela n'était, comment vous aurait-elle fait choisir entre tant de saintes âmes qui sont à l'armée, pour vous donner un emploi des plus importants à la gloire de Dieu et au bien des pauvres? Nous sommes ravis d'admiration, tant que nous sommes, de voir comme elle pense à ce qui vous regarde et pourvoit à tout ce qu'il vous faut. Que cela vous soit donc un motif, s'il vous plaît, de vous fier pleinement à elle.
Vous dites que la charité se refroidit. Oh ! que ce mot me touche ! Il faut grâce pour commencer, il en faut encore pour persévérer jusqu'à la fin. Prions Dieu qu'il la donne à ceux qui doivent remédier à tels besoins. M. Desclaux, confesseur de monseigneur le cardinal, y peut beaucoup et n'a pas peu de charité pour cela. Si vous le voyez, je vous prie de le saluer de notre part et de Tassurer de notre obéissance, etc.
3l. — a la très honorée mere Marie-Euphrosine TURPIN, a Orléans.
Il /engage à accepter la direction de l'œuvre de la Madeleine, et motive ce conseil.
Paris, veille de Saint-Mathias, 23 février i63j.
Ma très chère sœur,
Monsieur le commandeur' et notre chère mère, la supérieure de la ville, m'ayant fait l'honneur de me proposer la pensée que Notre-Seigneur leur a donnée, que vous serviriez Dieu utilement à la Madeleine, et ayant considéré la chose en toutes ses circonstances, je vous dirai tout simplement qu'il me semble qu'ils ont raison, d'autant qu'après avoir considéré la chose devant Dieu, vous y sentiez de l'attrait.
Voici les raisons qui me portent à cette opinion : c'est premièrement que l'œuvre de soi est très saint*, puisqu'il consiste à donner la main aux âmes qui se vont perdant, et qui vont incessamment déshonorant Dieu et remplissant les enfers, pour les tirer de la masse de perdition, les faire vivre selon Dieu, et enfin pour faire l'office de leur second rédempteur, et les mener comme par la main dans la gloire que Notre-Seigneur leur a acquise par son sang précieux ; emploi qui est si grand devant Dieu, qu'il l'a estimé digne de son Fils et seul capable de l'attirer sur la terre; 2** parce que cette pensée est tombée dans l'esprit de ce grand serviteur, auquel il a donné grâce pour votre saint Ordre et pour la Madeleine, et dans celui de votre chère mère que vous connaissez, encore que non pas peut-être tant que moi, l'un et l'autre vous ayant en estime et singulière affection; 3® parce qu'il me semble que Notre-Seigneur vous a donné assez de part à son esprit pour connaître l'importance de cette œuvre, pour TafiFectionner et pour vous y employer utilement;