Œuvre était alors employé au masculin
4' parce qu'il me semble que votre manière de vocation de delà, comme vous me Tavez dite, ne paraît pas si importante à la gloire de Dieu que celle d'ici. Je ne vous soumets que ces quatre raisons pour lesquelles vous devez faire une grande attention à cette proposition, quoique je pourrais vous en donner beaucoup d'autres.
Or, je vois, ce me semble, les raisons contraires qui pourront vous faire douter si Dieu le veut : i** que c'est votre supérieure qui vous envoie à une qui vous demande; à quoi je réponds que vous êtes fille de cette maison et non du faubourg, quoique vous y résidiez, et que votre maison a droit, ce me semble, de vous rappeler en son besoin, et que, l'obéissance de votre supérieure y intervenant, vous avez obligation de revenir; en second lieu que la bonne mère du faubourg a témoigné à monsieur le commandeur qu'elle le trouvait bon, et qu'elle vous en écrirait elle-même, comme elle le fait, et que si on vous demande de delà, vous n'êtes pas moins souhaitée ici. 2® Vous me direz que l'emploi de la Madeleine semble n'être pas convenable à des filles de Sainte- Marie ; à quoi je vous dirai que l'emploi au salut des âmes est propre aux enfants de Dieu, et que, puisque Notre-Seigneur a jugé le soin de la Madeleine pouvoir être digne de sa bonté et de celui de la Vierge Marie, qu'il ne faut pas douter qu'il ne soit convenable aux filles de Sainte-Marie. 3® Vous m'observerez peut-être qu'il faut avoir soin à Angers; à quoi je vous répondrai qu'on y pourvoira de quelque autre qui n'y sera peut-être pas moins agréable et utile que vous. 4® Il vous tombera dans l'esprit que peut-être vous n'aurez pas assez d'esprit pour servir à la conduite d'une si grande maison et si difficile; à quoi je vous réponds que vous serez deux pour cela, Notre-Seigneur et vous, et avec lui vous pourrez tout. 5® Vos parents vous viendront en l'esprit, et qui peut-être ne le trouveront pas bon; mais à
cela Je vous réponds qu'on le saura avant que la chose vous soit annotée, et que quand il y aurait de la répugnance, il me semble que vous devriez passer par-dessus, comme vous avez fait généreusement touchant votre voyage à Angers, 6* Que si la pensée dé Testime du monde vous voulait don- ' ner quelque atteinte, ce que je ne pense pas, répondez-lui ma chère sœur, que tant s'en faut que Ton ait moins estimé Sainte-Marie en son corps, ni les filles qui y sont pour s'être appliquées au soin de cette maison-là, qu'au contraire je n'ai jamais ouï dire tant de bien de notre saint Ordre, ni des filles qui sont à la Madeleine que depuis que l'on a pris soin de ces pauvres créatures, et que nous devons estimer honorable tout ce que Notre-Seigneur et la sainte Vierge ont fait ; et que l'un et l'autre s'étant appliqués au soin de cette mission, vous pouvez honorablement servir selon Dieu et le monde au salut de ces filles.
Voilà, ma chère sœur, les objections qu'il me semble que la chair et le sang, le monde et le diable vous pourront faire; et les réponses à celles-ci me semblent si raisonnables et conformes au bon plaisir de Dieu que, si j'étais ma sœur Marie Euphrosine, et qu'une personne me tînt la place que je vous tiens, et avait autant de charité pour moi comme je vous estime et chéris en Notre-Seigneur, il me semble que je vous serais la tête et acquiescerais à cette proposition. Et c'est aussi, ma chère sœur, ce que j'espère que vous ferez si Notre-Seigneur ne vous fait connaître manifestement qu'il désire le contraire; auquel cas j'acquiesce à ce que vous en ferez, d'aussi bon cœur que je suis, en l'amour de Notre- Seigneur et de sa sainte Mère, ma chère sœur, etc.
•P. 5. Je vous prie de présenter mes très humbles recommandations à notre chère mère supérieure d'Orléans, et de m'aider à la remercier du très charitable accueil qu'elle me fit, il y a quelque temps, chez elle.