‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 48 sur 267 · A M. DU ROT · texte numérisé non relu

A M. DU ROT

PRÊTRE DE LA MISSION^ A TOULOUSE

J] regrette de ne l'avoir pas vu à Richelieu. -> Il le félicite d'Ctre avec M. de Sergis. — Il rengage à £tre bien docile, et à pratiquer la charité.

2 décembre iGBç.

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre de Toulouse et ai rendu grâces à Dieu de vous y avoir conduit. J'arrivai à Richelieu deux ou trois jours après votre départ, et fus bien contristé de ne vous y pas trouver. J'y ai fait la visite et ai vu Tétat des choses et ce qui s'y est passé jusqu'à maintenant.

Je vous supplie. Monsieur, au nom .de Notre-Seigneur, de reprendre Tesprit qu'il vous avait donné à Saint-Lazare; jamais personne n'y a été à plus grande édification. Je prie Dieu qu'il vous fasse la grâce d'en donner autant de delà. M. de Sergis vous a désiré à l'exclusion de tout autre, ce qui vous doit faire connaître l'estime et l'affection qu'il a pour

vous. Il me mande qu'il vivra en frère avec vous. Je vous prie, Monsieur, d'honorer la direction de Notre-Seigneur en sa personne, de Testimer, de l'affectionner et de lui obéir en cette qualité. Oh ! que la direction de ceux qui nous aiment et qui nous estiment est douce, et que ce nous est un grand attrait pour entrer dans leurs sentiments I Si nous étions bien mortifiés, nous serions indifférents sur ce point; et selon la règle de la volonté de Dieu, nous devrions préférer les plus exacts aux plus acquiesçants à nos humeurs; et comme je vous ai vu fort tendrement affectionné à l'heureuse pratique de la divine volonté, j'espère que, quand votre nature ne trouvera pas son compte dans l'exactitude d'un directeur, la pratique fidèle de la volonté de Dieu vous fera supporter pour l'amour de Lui toutes les petites difficultés qui vous pourront arriver; car nous n'en manquons jamais avec qui et en quelque lieu que nous soyons. Si nous sommes contraires bien souvent à nous-mêmes, comment n'aurions-nous pas de petites aversions, des rencontres et des aliénations avec un autre ? L'un des actes principaux de la charité, c'est de supporter notre prochain ; et il faut tenir pour maxime indubitable que les difficultés que nous avons avec notre prochain viennent plutôt de nos humeurs mal mortifiées que d'autre chose. Je ne vous dis que ceci. Monsieur, quoique j'aurais à vous dire beaucoup de choses touchant la sainte dilection, parce qu'elle est un état si parfait, que celui qui a le bonheur de l'avoir est pour vivre comme dans un petit paradis en ce monde, et pour avoir la gloire éternelle en l'autre, etc.

Page 1