‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 58 sur 267 · Supérieure de la maison du faubourg · texte numérisé non relu

Supérieure de la maison du faubourg

occasion, qui seront pour vous dire que je vous chéris toujours, et pense souvent à la bonté de cœur avec laquelle je me représente que vous avez pris ce que je vous ai écrit touchant la soumission de jugement, et au bon usage que vous en faites ; et selon cela il me semble que vous voilà acquiesçant à toutes les choses qui vous sont ordonnées , quoique directement contraires à vos sentiments. Oh ! Monsieur, que cela m'est à grande consolation, et que je pense que cela réjouit le cœur de Dieu ! Jamais je n'ai vu chose qui m'ait plus édifié que les lumières que Notre-Seigneur vous donna l'année passée, sur ce sujet, dans vos exercices.

Notre digne mère de Chantai me mande qu'on vous a dît qu'une de vos sœurs a apostasie de la foi, ce qui m'a beaucoup touché ; mais je ne sais comme cela se fait, que j'ai un peu de peine à croire que cela soit, et crains que l'ennemi de la paix de votre âme n'ait suggéré cette pensée à ceux qui vous désirent voir en votre pays, pour vous persuader d'y aller. Et parce que cela peut être néanmoins, je vous supplie, mon très cher frère, de différer les pensées de ce voyage jusqu'à ce qu'en quelque occasion, chemin faisant, vous voyiez ce que c'est, et si vous lui pourrez profiter. Le témoignage que Notre-Seigneur nous a rendu, combien il agrée qu'on s'éloigne de ses parents, quoiqu'il y allât de la distribution de son bien aux pauvres, voire même de l'assistance à l'enterrement de son père; et d'ailleurs, voyant combien il a fui son pays natal dès sa naissance et en son âge parfait, tout cela avec l'expérience que j'ai en ma personne du déchet que reçoit un ecclésiastique en ces sortes de visites, joint à la règle que nous en avons, et qui s'observe bien, par la grâce de Dieu, tout cela fait, dis-je, que j'estime qu'il n'est pas expédient que vous y alliez exprès, mais qu'il est à propos que vous attendiez une occasion que

la Providence vous mettra entre les mains, au moyen de laquelle, chemin faisant, vous pourrez visiter vos parents.

Oui, mais, me direz-vous, peut-être que je ramènerai cette chère sœur au giron de l'Église. Vous avez raison. Monsieur, de dire peut-être, pour ce que vous avez sujet d'en douter, et qu'en lui pensant profiter par vous-même, vous ne portiez préjudice à vous-même. Notre-Seigneur voyait ses parents en Nazareth qui avaient besoin de son secours, au salut desquels peut-être il aurait pu profiter, et néanmoins il aima mieux les laisser dans le danger que de les aller visiter, voyant que son Père céleste n'y prendrait pas plaisir, et désirant donner cet exemple à la postérité, et informer son Église de ce qu'il faut faire en cas semblable. J'ai admiré maintes fois la pratique de cet exemple de Notre-Seigneur en saint François-Xavier, qui passa fort près de ses parents, s'en allant aux Indes, sans les visiter.

Voici ce que vous pourrez cependant; vous ferez bien d'écrire aux pères capucins de Lyon et de les prier de voir votre bonne sœur et vos parents, et de faire leur possible pour ramener cette chère sœur, et de faire faire une confession générale à vos autres parents, auxquels vous pourrez écrire, et les prier de profiter de la grâce qui leur sera présentée par ces bons prêtres. Voilà, mon cher Monsieur Escart, ce que je vous dirai pour le présent, sinon que je souhaite infiniment que nous nous mettions entièrement dans le dépouillement de l'affection de tout ce qui n'est pas Dieu, et que nous ne nous affectionnions aux choses que pour Dieu çt selon Dieu, et que nous mettions et établissions premièrement son royaume en nous, et puis en autrui ; et c'est ce que je vous prie de demander pour moi , qui suis, en son amour, etc.

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