‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 65 sur 267 · CHARGÉ DE LA PROPAGANDE · texte numérisé non relu

CHARGÉ DE LA PROPAGANDE

Il offre à la propagande des missionnaires pour l'Arabie.

Éminence,

Comme on n'a encore donné à aucune congrégation ou prêtre séculier l'Arabie Heureuse, l'Arabie Pétrée et l'Arabie Déserte pour y travailler au salut des âmes et les convertir à la foi chrétienne, Vincent de Paul, supérieur de la Congrégation de la Mission, s'offre pour envoyer les siens en ces pays, lorsque Votre Éminence voudra bien leur en donner la mission sub nomine proprio^ afin qu'il puisse au fur et à mesure les pourvoir des choses nécessaires, et lui donner les facultés ordinaires, avec pouvoir d'y envoyer un vicaire apostolique, qui devra résider dans un port qui touche à l'Arabie Heureuse, où, par les navigations des Hollandais et des Anglais, on pourra envoyer des missionnaires qui seront au nombre de six prêtres pour le moment, et qui devront être présentés et approuvés par monseigneur le nonce de France, auquel il présentera des sujets choisis, afin que la sainte Congrégation puisse les déclarer missionnaires, et approuver en qualité de vicaire apostolique celui qui sera le plus capable.

— io3 — 53. — A M. PERRIQUET,

VICAIRE GÉNéRAL DB MONSEIGNEUR L^ÉVÊQUE DE BAYONNE.

II l'engage i rester à B«yonne. — Son humilité.

Paris, 3i mars 1641.

Monsieur,

J'ai reçu la vôtre avec consolation, et appris la bénédiction que Notre-Seîgneur vous donne, avec admiration ; j'en rends grâces très humbles à sa divine Majesté, et la prie qu'elle aille sanctifiant votre chère âme de plus en plus. Il y a longtemps que je pense à ce que vous me faites l'honneur de me proposer, savoir, si vous faites mieux de continuer le .service que vous rendez à Dieu dans ces quartiers-là, ou de revenir au lieu où il semble que la Providence vous requiert, -c'est-à-dire à votre bénéfice. Or il faut que je vous dise, dans la simplicité de mon cœur, qu'il me semble que vous faites mieux de demeurer à Bayonne : i*^ parce que la même Providence, qui ne se contredit jamais, vous a premièrement appelé à Bayonne; 2^ parce qu'elle vous y bénit supra modum; 3* parce que je doute que vous ayez ici tant de fruits qu'à Bayonne ; 4** parce que Notre-Seigneur vous a donné les dispositions qu'il faut pour le servir sans attendre d'autre récompense que celle du ciel ; 5* parce que non seulement je vous vois utile à monseigneur de Bayonne, mais aussi nécessaire, notamment dans l'état auquel il se trouve. Que répondriez-vous à Dieu, Monsieur, si, faute de votre assistance, ce bon prélat abandonnait sa chère épouse qui vous <:hérit tant ?

Les chétives pensées que je vous propose et que je soumets aux vôtres, je n'oserais les dire qu'à peu d'ecclésias. tiques, parce qu'il y en a peu, ce me semble, que Dieu ait prévenus de la grâce de ne point regarder les intérêts temporels ; et vous êtes, ce me semble, un de ceux que j'aie

Jamais vus le plus en ce désintéressement. Et ce qui me fait penser que je ne me trompe pas, c'est qu'il y a longtemps que j'y pense, et que monseigneur de Bayonne pourra vous témoigner que, quoi qu'il m'en ait dit, étant deçà, je ne me pouvais résoudre pour lors à vous dire ce que je vous dis à présent. Et je puis vous assurer, comme je le fais devant Dieu, que nulle raison humaine ne me fait vous dire ceci, mais la seule vue de Dieu et le bien de son Église ; mais parce que je suis un pauvre laboureur et un pécheur, et qui pis est, le plus abominable et détestable de tous les pécheurs du monde, je vous prie de n'avoir aucun égard à ce que je vous dis, si cela ne vous semble conforme à la volonté de Dieu, en l'amour duquel et en celui de sa sainte Mère, je suis, etc.

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