Saint François de Sales
— ii3 — 59. -- A M. CODOING,
PRÊTRE DE LA MISSION, SUPÉRIEUR A ANN'ECY
11 l'engage à ne pas différer fon voyage à Rome, il lui rappelle la méthode simple qu'il doit suivre pour faire la classe, et dit un mot de la mort de M">« de Chantai.
3i décembre 1641.
Monsieur,
Je reçus avant-hier cette lettre qui me répond à ce que j'ai écrit pour Rome, et je vous dirai, pour réponse, que je trouve les raisons que vous me mandez pour différer le voyage après Pâques bien considérables ; mais il y a de l'inconvénient à tant différer. Le Pape, le cardinal Lenti, doyen des cardinaux, et un autre bon et vertueux ecclésiastique qui a la pensée des ordinands à Tesprit, peuvent mourir pendant ce temps ; et si cela arrivait, voilà une bonne œuvre man- * quée, ou en grand risque. Je tâcherai de vous envoyer au plus tôt M. Dufestel ou M. Grimai, avec un second, afin que vous les instruisiez pendant douze ou quinze jours, et je ferai partir les autres au plus tôt pour attendre à Marseille.
Je vous dirai cependant. Monsieur, que je doute qu'il soit expédient de donner des écrits à étudier à vos séminaristes. Il y a assez de livres étendus et abrégés pour cela ; Ton n'écrit point en classe dans les collèges d'Espagne. Le principal est de bien répéter ce que l'on a enseigné, et la meilleure méthode que j'aie expérimentée pour cela est de prendre un casuiste, leur expliquer un chapitre ou deux à la fois par cœur, et leur faire rapporter à chacun d'eux par cœur l'autre leçon ; ce qui étant fait plusieurs fojs, la chose s'inculque et demeure à jamais, et l'on explique les difficultés qui se proposent ; nous en avons usé ici de la sorte pour les cas de conscience et pour les controverses, ce qui nous a merveilleusement réussi. Aussi bien ne relit-on guère les écrits;
et ce qui est le mal, c'est qu'on s'en rapporte à ces écrits^
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et qu'on n'exerce pas assez la mémoire pour retenir les choses. Que profitent, je vous prie, à un docteur, ses écrits, après qu'il a fait ses études ? A rien, certes, qu'à y recourir au besoin. Or il y a tant d'auteurs à présent, et qui ont des tables de matières si bien faites, que l'on n'a qu'à avoir un bon casuiste pour y recourir au besoin. Selon cela. Je vous supplie. Monsieur, d'aviser au moyen d'entrer en la pratique que je viens de vous dire.
Vous ne doutez pas que je n'aie senti une bien sensible douleur de la mort de notre digne mère '. Il a plu à Dieu néanmoins de me consoler en la vue de sa réunion à notre bienheureux père et de tous deux à Dieu, dès que j'en eus la nouvelle, ensuite d'un acte de contrition que je fis à l'instant, après avoir lu la lettre, par laquelle on me donnait avis de l'extrémité de sa maladie; et la même chose m'a été montrée, ce me semble, à la première messe que je célébrai pour elle après la nouvelle de sa mort.
Que ceci soit dit seulement au bon monsieur Codoing, s'il lui plaît, et à nos messieurs que j'embrasse tous en esprit, avec la plus grande affection et humilité qui m'est possible.