A M. CODOING
PRÊTRE DE LA MISSION, SUPERIEUR A ROME
Il le reprend d*agir par lui-mSme et de tenir un peu trop à son opinion.
25 mars 1642.
Monsieur,
Je vous supplie d'assujettir vos pensées* aux résolutions qu'on prendra ici ; je ne dis pas seulement à l'égard d'un point, mais en toutes choses, et de ne rien faire d'important sans m'en écrire, et jusqu'à ce que vous ayez reçu réponse.
Voyez-vous, Monsieur, vous et moi nous nous laissons trop emporter à nos opinions : vous êtes cependant dans un lieu où il faut une merveilleuse retenue et circonspection ; j'ai toujours ouï dire que les Italiens sont les gens du monde les plus considérants, et qui se méfient le plus des personnes qui vont vite. La retenue, la patience et la douceur viennent à bout de tout, parmi eux, avec le temps; et parce qu'ils savent que nous autres Français allons trop vite, ils nous laissent longtemps sur le pavé sans lier avec nous. Au nom de Dieu, Monsieur, prenez garde à cela ; comme aussi de ne jamais passer par-dessus les ordres que vous recevez de nous, comme vous avez fait à l'égard de M. Thévenin. En quelle bonne conscience pouvez-vous prendre, Monsieur, ce que je lui envoyais ?
Vous dites que c'est un fol, et qu'il a demandé l'aumône par les chemins, et a peu dépensé : je le veux, mais vous deviez estimer que j'avais quelque raison particulière pour cela, et deviez penser que peut-être cet argent n'était pas de céans, comme en effet il ne l'est pas. Au nom de Dieu,
Monsieur, faites attention à ceci, et estimons que nous ferons toujours la volonté de Dieu et qu'il fera la nôtre lorsque nous ferons celle de nos supérieurs, et que nous tombons en mille inconvénients et désordres lorsque nous faisons autrement. Or sus. Monsieur, voilà bien des choses que je vous écris ; mais à qui puis-je parler simplement et avec confiance entière, qu'à un autre moi-même, que je chéris plus que moimême ? Oh ! certes, je vous ouvrirai toujours mon cœur et ne réserverai chose quelconque à vous dire, parce que je connais le fond du vôtre et la charité que Notre-Seigneur vous a donnée pour moi qui suis, en son amour, votre, etc.