‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 96 sur 267 · A M. D'HORGNY · texte numérisé non relu

A M. D'HORGNY

SUPÉRIEUR^ A ROME

Importance de l'obéissance.

2 mars 1646.

Monsieur,

J'ai vu par votre dernière comment enfin vous avez envoyé M. Martin à Gênes. Oserai-je vous dire, Monsieur, en cette occasion, qu'il importe (plus que je ne puis vous exprimer) que vous vous donniez à Dieu pour vous rendre exact à tous les ordres du général, quels qu'ils soient, quoiqu'ils choquent votre sens, et quelque prétexte que vous puissiez avoir de mieux, ou des inconvénients qui en pourraient arriver ; car il n'en saurait arriver de si grands que celui de la désobéissance.

Un capitaine me disait ces jours passés que, quand il verrait que son général commanderait mal, et qu'il perdrait assurément la vie dans l'exécution du commandement, et qu'il pourrait faire changer d'avis au général en disant une

parole, qu'il serait perdu d'honneur s'il le faisait, et qu'il aimerait mieux mourir que de le faire. Voyez, Monsieur, quelle confusion ce nous sera au ciel de voir cette perfection dans l'obéissance de la guerre, et de voir la nôtre si imparfaite en comparaison. Je vous assure, Monsieur, que deux ou trois supérieurs qui en useraient de la sorte seraient capables de perdre la Compagnie, et que si Je ne connaissais bien votre cœur, je serais obligé de faire autre chose. L'assurance que j'ai que vous êtes meilleur que je ne serai jamais, et que vous aimez mieux l'institut que moi, fera que je ne vous en parlerai plus et n'y penserai seulement pas.

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