ARCHEVÊQUE DE GÊNES
Il le remercie de sa bienveillance poar les missionnaires qui travaillent dans son
diocèse.
Éminentissime et révérendissime Prince %
Prosterné en esprit aux pieds sacrés de Son Éminence, je lui demande très humblement pardon de ce que je viens, après un si long retard, renouveler les témoignages de ma parfaite gratitude pour les bienfaits souverains dont elle
1. La mission de Gênes venait d'être fondée depuis quelques mois par ce généreux bienfaiteur, dont la famille n'a pas cessé de témoigner jusqu'à nos jours, à la Congrégation de la Mission, la plus grande bienveillance.
2. Cette lettre est traduite du latin; nous en donnons ici le texte :
« Eminentissime et révérendissime Princeps, c Animo provolutus ad sacros pedes Eminentise sus, humillime ab ea veniam peto quod, tanto post tempore, perfectae gratitudinis meae summorum in missionarios suos benefîciorum, quibus eos jugiter cumulât, testimonia renovo. Dom. Blatiron Lutetia proficiscenti dixeram hune mihi honorem attributunim, scribendi ad Eminentiam suam, litterasque meas non tardius quam illum Genuam perventuras, quas locis redditus Eminentiae suae prae* sentaret; at morbus^ qui me paulo post invasit, vetuit«Nuncautem valetudine
comble continuellement ses missionnaires. J'avais dit à M. Blatiron, à son départ de Paris, que je me ferais un honneur d'écrire à Son Éminence, et que ma lettre arriverait à Gênes aussitôt que lui, afin que, rendu sur les lieux, il la présentât à Son Éminence; mais J'en ai été empêché par une maladie qui m'est survenue. Aujourd'hui, jouissant d'une meilleure santé, je rends à Son Éminence, avec toute l'humilité et toute l'affection dont je suis capable, des actions de grâces infinies de tout ce que son admirable charité fait pour nous. Je parle ici non seulement en mon nom, mais au nom de toute la Congrégation, en qui le souvenir de Son Éminence ne s'effacera jamais, et qui sera perpétuellement tenue de prier (ce qu'elle fait souvent) le Dieu très bon et très grand pour qu'il soit lui-même votre récompense et notre remerciement.
Que M. Blatiron ne nous a-t-il pas rapporté^de la sainte vie de Son Éminence ! Je ne suis plus étonné si le royaume de Dieu s'étend avec tant de bénédiction et de rapidité dans
meliore utens, qua possum humilitate et aflectu Eminentise sus inânitas gratiarum actiones rependo, de his omnibus quae admirabili caritate sua nobis confert. Id non solum meo, sed totius Congregationis nomine dico, apud quam Eminentiae suae recordatio nunquam obsolescet, quae D. O. M., quod saepe facit, indesinenter orare tenebitur, ut Eminentiae sus et merces ipse et gratiarum actio sit. Pro quanta de sancta Eminentiœ sus vita D. Blatiron ad nos retulit ! nil ego jam miror si regnum Dei tanta cum benedictione et velocitate in diœcesi Eminentiae sus amplifîcetur, si presbyteri Missionis ubcriori quadam gratia repleantur in suis ministeriis non solum erga missiones, ordinandos, seminaria externa, sed etiam erga internum, quod quidem gratiarum est particeps quibus Eminentiam suam cœlum ditat, quod Italiae promittit operarios^ ita ut non jam in dubium revocetur quin haec plenitudo gratiae, diœcesis Eminentiae suae limitibus nescia contineri, ad multas alias derivetur. Utinam Eminentiae suœ adhuc annos complures Deus apponat, et votis faustissîma quaeque eveniant : haec vehem enter optamus, haec assiduis obsecrationibus a Deo flagitamus, quibus audeo etiam addere rcnovationem mei ofiicii atque obedientiae qua me privatim, cum aliis universim, Eminentiae suae dedico, cum débita reverentia et submissione uni ex primis et sanctissimis et maximis Ecclesiae principibus^ Eminentiae «use humillimus et addictissimus servus. »
le diocèse de Son Éminence, si les prêtres de la Mission sont remplis d'une telle abondance de grâces dans leurs ministères, non seulement pour ce qui regarde les missions, les ordinands et les séminaires externes, mais encore pour le séminaire interne qui participe aux grâces dont le Ciel enrichit Son Éminence, et qui promet à l'Italie des ouvriers, de telle sorte qu'on ne met plus en doute que cette plénitude de grâces, ne pouvant se contenir dans les limites du diocèse de Son Éminence, se répandra sur beaucoup d'autres. Dieu veuille ajouter encore aux jours de Son Éminence un grand nombre d'années, et puisse-t-elle voir l'heureux accomplissement de tous ses vœux : c'est ce que nous souhaitons ardemment, c'est ce que nous sollicitons dans les continuelles supplications que nous adressons à Dieu ; à quoi j'ose ajouter le renouvellement de mes offres de service et d'obéissance, par lequel je dévoue à Son Éminence et ma personne et notre Congrégation en général, avec le respect et la soumission qui sont dus à un des premiers, des plus saints et des plus grands princes de l'Église. De Votre Éminence le très dévoué serviteur.
Il dissaade un miBBÎonnaire, sollicité par son père, de sortir de la Compagnie
pour Taller assister.
Février 1646.
Monsieur,
J'ai su la peine où vous ont mis quelques lettres que monsieur votre père vous a écrites, pour vous obliger à l'aller secourir ; sur quoi j'ai cru vous devoir dire ce que j'en ai pensé : premièrement, que ce n'est pas un petit mal de rompre le lien avec lequel vous vous êtes attaché à Dieu dans la Compagnie ; deuxièmement, qu'en perdant votre
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vocation, vous priverez Dieu des services qu'il attend de vous; troisièmement, que vous serez responsable, devant le trône de sa justice, du bien que vous ne ferez pas, et que néanmoins vous eussiez fait, demeurant en l'état où vous êtes ; quatrièmement, que vous risquerez votre salut auprès de vos parents, et peut-être que vous ne les soulagerez point, non plus que d'autres, sortis sous ce prétexte (Dieu ne le permettant pas, parce que, s'il voulait qu'ils fussent mieux, il a d'autres voies pour les y mettre) ; cinquièmement, que Notre-Seigneur, connaissant la malignité qu'il y a dans la hantise des parents, pour ceux qui les ont déjà quittés pour le suivre, ne voulut pas, comme dit l'Évangile, que l'un de ses disciples allât seulement ensevelir son père, ni qu'un autre allât vendre son bien pour le donner aux pauvres ; sixièmement, que vous donneriez un mauvais exemple à vos confrères et un sujet de douleur à la Compagnie, de la perte d'un de ses enfants, qu'elle aime et qu'elle a élevé avec tant de soin. Voilà, Monsieur, ce que je vous prie de considérer devant Dieu.
Le motif que vous pouvez avoir pour vous retirer consiste dans le besoin de monsieur votre père; mais il faut savoir en quel cas les casuistes obligent les enfants à sortir d'une communauté. Pour moi, je crois que ce n'est que lorsque leurs père ou mère souffrent par nature et non par leur condition ; comme quand ils sont fort vieux, ou quand, par quelque autre incommodité naturelle, ils ne peuvent gagner leur vie. Or cela ne se rencontre pas en monsieur votre père, lequel n'est âgé que de quarante à quarante-cinq ans au plus, et qui se porte bien, qui peut travailler et travaille en efifet ; sans quoi il ne se serait pas remarié, comme il a fait depuis peu, avec une jeune femme de dix-huit ans, des plus belles de la ville ; lui-même me le mande, afin que je la présente à M" la princesse de Longueville pour nour-
rîce de son fils ». Je pense bien qu'il n'est pas dans Tabondance des moyens (hélas ! qui sont ceux qui ne ressentent la misère de ce temps ?), mais aussi ce n'est pas son incommodité présente qui l'oblige à vous rappeler, car elle n'est pas grande ; c'est seulement celle qu'il appréhende, faute d'avoir confiance en Dieu, quoiqu'il ne lui ait rien manqué jusqu'à maintenant, et qu'il ait sujet d'espérer que sa bonté ne l'abandonnera pas pour l'avenir.
Vous pourriez peut-être vous persuader que c'est par votre moyen que Dieu veut en effet subvenir à ses besoins, et que c'est pour cela que sa Providence vous présente une cure de six cents livres, par l'entremise même de ce bon homme. Mais vous trouverez que cela ne peut être, si vous considérez deux choses: premièrement, que Dieu vous ayant appelé à un état de vie qui honore celui de son Fils sur la terre, et qui est si utile au prochain, ne voudrait pas vous ôter présentement de cet état, pour vous réduire au soin d'une famille du monde, qui ne cherche que ses aises et qui sera continuellement sur vous, pour vous demander ce que vous aurez et ce que vous n'aurez pas, et qui vous accablera d'ennuis et de peines si vous ne pouvez la soulager à son ^ré et au vôtre ; et en second lieu, qu'il n'est pas croyable qu'on ait promis à monsieur votre père une cure pour vous, qui soit de six cents livres de revenu, celles du diocèse de Bourges étant des moindres du royaume. Mais quand cela serait, votre entretien ôté, que vous resterait-il ?
Je ne vous dis pas tout ceci de crainte que la tentation prévale sur vous (non, je connais votre fidélité envers Dieu', mais afin que vous écriviez une bonne fois à monsieur votre père les raisons que vous avez de suivre plutôt la volonté de Dieu que la sienne. Croyez-moi, Monsieur, il est d'humeur
I. Le comte de Dunois, né le 12 juia 1645. {Madame de LongueviUCy par 0>usin, t. I, p. 270.)
à ne vous point donner guère de repos, étant près de lui, non plus qu'il ne vous en donne étant éloigné. Le trouble qu'il cause à votre pauvre sœur, qui est chez M"* Le Gras, n'est pas imaginable : il la veut obliger à quitter le service de Dieu et des pauvres, comme s'il devait recevoir d'elle quelque grand support. Vous savez qu'il est naturellement inquiet, et au point que ce qu'il a lui déplaît, et que ce qu'il n'a pas lui donne de violents désirs. Enfin j'estime que le plus grand bien que vous lui puissiez faire est de prier Dieu pour lui, en conservant pour vous cet unique nécessaire, qui sera un Jour votre récompense, et qui même, à cause de vous, étendra ses bénédictions sur les vôtres. C'est de quoi je le prie de tout mon cœur, etc.