CHEF DU CONSEIL DE S. A. ROYALE DE SAVOIE
Il ne peut accepter la clause introduite dans le traité de fondation, que six missionnaires soient employés à prêcher et confesser dans la ville de Turin.
4 mai i655.
Monseigneur,
J*ai un autre déplaisir au sujet de notre établissement dans Turin : c'est. Monseigneur, que n'ayant pas bien fait réflexion aux premières propositions de ce qu'on désire de nous (comme j'ai fait depuis lorsque j'ai vu les conditions du traité que le supérieur de la Mission d'Annecy m'a envoyées, par lesquelles il est porté que nous donnerons six prêtres qui prêcheront et confesseront dans la ville), j'ai manqué à vous faire savoir. Monseigneur, que cette obligation de prêcher et confesser dans la ville est toute contraire à notre Institut; car nous nous sommes entièrement dédiés au service des pauvres gens de la campagne et à procurer
ravancement spirituel de l'état ecclésiastique ; et pour n'être pas divertis de ces emplois par ces autres-là qui attachent dans les villes, nous avons pour règle expresse de ne point prêcher ni confesser dans celles où il y aura évêché ou présidial, si ce n'est les ordinands et les autres ecclésiastiques ou séculiers qui feront les exercices spirituels dans nos maisons, d'autant qu'en ces villes considérables il se trouve ordinairement quantité de bons prédicateurs et de confesseurs, et qu'à la campagne il y en a fort peu. Je vous demande pardon, Monseigneur, de ne vous avoir pas plus tôt informé de ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire : je n'y avais pas pensé. Nous serons toujours disposés à rendre service au diocèse de Turin en la manière que notre règlement le permet : d'aller instruire les peuples des champs, entendre leurs confessions générales, les réconcilier entre eux, terminer leurs différends et mettre ordre que les pauvres soient assistés en leurs maladies, pour le corps et pour l'âme, par l'établissement de la confrérie de la Charité. Voilà, Monseigneur, nos exercices dans les missions ; et après que cela est fait dans un village, nous passons à un autre pour en faire autant, le tout aux dépens de la fondation; car nous nous sommes donnés à Dieu pour servir gratuitement le pauvre peuple. Une partie de nos prêtres est employée à cela pendant que les autres sont appliqués dans la ville à la direction du séminaire, des ordinands et des exercitants, s'il y en a; et ceux-ci vont en mission à leur tour pour donner moyen aux autres de se venir recueillir à la maison, où ils font aussi ce que ceux-là y faisaient. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, d'avoir agréable que nous en usions de la sorte, et de le faire agréer à ceux qui nous font avec vous l'honneur de nous appeler. J'attendrai, s'il vous plaît, celui de vos commandements pour apprendre vos intentions et tâcher de les exécuter, etc.