‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 9 sur 294 · ABBÉ DE MOUTIERS-SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

ABBÉ DE MOUTIERS-SAINT-JEAN

Il lui envoie plusieurs pièces importantes. — Connaissant ses dispositions, il rejette les ouvertures qu'on lui fait de nommer l'abbé de Chandenier à un évéché. — Il lui donne des nouvelles.

Paris, 27 avril i655.

Monsieur,

Voici enfin le brevet et les lettres pour Rome que vous avez désirés pour vous dépouiller, et le tout en la forme qu'il faut. Je me suis donné l'honneur de vous écrire que je devais voir Monseigneur le cardinal par son ordre, et que

je doutais s'il me ferait Thonneur de me parler d'évêché pour vous. Monsieur; mais ce n'était pas cela; si Son Éminence l'eût fait, je lui aurais dit ce que je vous ai mandé : il n'en a pas été besoin. Il y a apparence que la raison de me voir était pour me faire un acte de bonté, ensuite du commandement que le roi a fait à nos missionnaires français de Rome, de s'en revenir en France, parce qu'ils avaient reçu en leur maison le cardinal de Retz, en sorte qu'il ne reste point à Rome que quatre prêtres missionnaires italiens; mais il a plu à la bonté de Sa Majesté de me permettre d'y renvoyer M. JoUy, qui va partir dans deux heures. S'il vous plaît de l'employer pour votre service. Dieu sait de quel cœur il le fera.

On me parle souvent d'évêché pour vous, Monsieur; mais je dis à tous ceux qui m'en parlent la difficulté que vous faites d'y entendre, parce que la vocation de Dieu ne vous y paraît pas nette; et je ne vois personne qui n'en reste édifié, sinon un, qui ne peut digérer que vous n'entendiez pas à celui de Die ' en Dauphiné.

Je n'ai point eu l'honneur de voir mademoiselle votre sœur, et je vous avoue que je ne la vis pas pour n'avoir de réponse agréable à donner du côté de monsieur votre frère; celle de Sainte-Marie se porte bien, Dieu merci.

Notre chétive famille est toujours de même : nous avons maintenant M. Berthe ici; Dieu a disposé de M. Thibaut, supérieur de Saint-Méen; c'était un des hommes du monde, au dire de monseigneur de Saînt-Malo, qui prosait le plus utilement; on nous dit merveille du reste de ses vertus. Et M. Leblanc ^, Hibernois, que nous avions envoyé aux îles

I. Die, en Dauphiné : cet évéché avait été depuis 1276 réuni à celui de Valence, et à cette époque il était question de le séparer. La séparation n^eut lieu qu'en 1687, ^^ ^8^ Arnaud de Martmorin en devint titulaire.

Tî. Voir lettre n» 10 14.

Hébrides, a été fait prisonnier en Ecosse avec un jésuite et un autre prêtre, qui courent risque d'être pendus pour la religion chrétienne, si Dieu n'en dispose autrement.

Nous avons vu M. le Flogni, qui nous a bien consolés par le récit de toutes vos conduites et de celles de M. de Lanmosen : dont je rends grâces à Dieu, et le prie qu'il justifie vos chères âmes à tous deux, et par vous celles du peuple qui vous sont commises.

Le départ de M. JoUy me presse de conclure et de vous faire un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, ensemble avec M. de Lanmosen. Je vous supplie, Monsieur, de l'avoir agréable et de demander à Dieu miséricorde pour le plus abominable et détestable pécheur du monde, qui est, en Notre-Seigneur, etc.

Page 1