A M. GET
SUPÉRIEUR I A MARSEILLE
Il lui demande de nouveau des renseignements sur son séminaire, et lui donne des
nouvelles de Pologne et de Madagascar.
Paris, 3i août lôSy.
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du 2 1 août. M. Le Vacher arriva hier ici en bonnes dispositions, grâce à Dieu. Je persévère à vous prier de n'envoyer point en Alger l'argent que je vous ai adressé pour trois Basques, jusqu'à ce que je vous le mande.
Vous nous demandez un clerc capable d'enseigner les séminaristes moins avancés, à la place du frère Parîsy qui va être fait prêtre, et qui vous suffira pour les missions : nous
tâcherons de le vous envoyer avec un frère coadjuteur ; mais auparavant j'attendrai réponse à ma dernière, par laquelle je vous ai prié de me faire savoir quel progrès a fait votre séminaire en la science et en la piété, et si vous êtes bien satisfait des régents. J'ai quelque raison particulière pour en être informé.
Nous contenterons M. de la Forcade pour ses avances; et si vous pouvez soulager M. Le Vacher de Tunis en lui envoyant un écrivain pour la chancellerie, vous lui ferez charité et nous en serons fort consolés.
Nous n'avons point de nouvelles certaines de Gênes depuis celles, que je vous ai fait savoir; mais nous en avons reçu d'ailleurs de fort affligeantes ; et pour commencer par les plus douces, je vous dirai qu'on me mande de Pologne que le bon M. Desdames a derechef tout perdu à Varsovie, laquelle a été de nouveau assiégée, prise et pillée par les Suédois, et puis abandonnée. La fermeté de ce bon missionnaire est admirable, n'ayant voulu quitter son poste ni pour la guerre, ni pour la peste, ni pour la pauvreté, ni pour tout cela ensemble, quoiqu'il en ait été attaqué diverses fois, et que la reine l'ait invité de se retirer : c'est elle-même qui me l'a mande par une lettre expresse écrite de sa main, où elle témoigne en être grandement édifiée. Elle l'est aussi beaucoup de la vue de M. Duperroy, qui est en grand danger de sa plaie ; les chirurgiens ne savent plus que faire : s'il avait la force de s'en revenir, nous serions consolés de l'avoir bientôt ici.
Il est enfin revenu un vaisseau de Madagascar, de trois ou quatre qui partirent de Nantes, lorsque MM. Dufour, Prévost et de Belleville s'y en allèrent; je n'ai pas encore reçu les lettres qu'il m'a apportées ; seulement un de nos amis m'a mandé de Nantes que, s'étant enquis de l'état de nos propres missionnaires, il a appris que, grâce à Dieu. M. Bourdaise se
porte bien et fait encore mieux, mais que pour ces trois derniers on lui a dit qu'ils ont consommé leur sacrifice, ayant plu à Dieu de les attirer à lui : savoir, M. de Belleville au cap Vert en allant, et les autres après être arrivés au lieu de leur mission. Nous étions déjà tout affligés des accidents de Gênes, et voici qui comble notre douleur. Mais Dieu soit loué. Monsieur, de toutes ces pertes qui sont très grandes pour la Compagnie, selon notre manière de parler ; néanmoins ces chers défunts étant bienheureux, comme ils sont, puisque, au dire de Notre- Seigneur, ils ont sauvé leurs âmes en les perdant, nous en devons espérer plus d'assistance pour le temps et pour Téternité que s'ils étaient encore parmi nous. Je ne laisse pas de les recommander à vos prières et à celles de votre petite conmiunauté, de laquelle et de vous en particulier, je suis, par la grâce de Dieu, en son amour, etc.