A M. PESNELLE
PRÊTRE DE LA MISSION, A ROME
II lui annonce qu'il fait venir de Paris un missionnaire dont la présence peut contribuer à l'heureuse solution d*une affaire importante. — II le félicite de n'être plus tourmenté de peines d'esprit. — Il lui recommande de prendre soin de la santé de M. Jolly.
Paris, 3i août 1657.
• Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du 7 avec consolation, comme toutes les autres. J'ai envoyé à monsieur votre frère le dernier paquet que vous m'avez adressé. L'affaire de M. Langlois n'est pas encore terminée, par l'adresse de ses parties, qui en retardent le jugement tant qu'elles peuvent, ainsi que vous l'avez prévu; car, voyant leur cause mauvaise, ils emploient toutes les longueurs et les chicanes possibles pour jouir des biens qu'on leur demande. L'affaire néanmoins était sur le point d'être jugée à la fin de ce parlement; mais elle ne le
sera pas, parce qu'elle est trop importante pour ne faire pas de notre côté tout ce qui se peut pour la conservation des droits dudit sieur Langlois et pour le vôtre. Et comme sa présence contribuera notablement au gain de son procès, et que son arrêt doit servir de préjugé dans tous les différends pareils qui pourront survenir à Tavenir, nous le faisons venir exprès de plus de cent lieues d'ici, de sorte qu'il faut attendre après la Saint-Martin pour en avoir la décision, qui ne pourra être que favorable audit sieur Langlois, comme nous l'espérons. C'est pourquoi. Monsieur, il est à propos, puisque vous avez tant attendu, que vous attendiez la demande que vous avez à faire à messieurs vos frères, d'autant plus que le parlement de Rouen est bien plus rigoureux en ces matières que celui de Paris, et qu'il connaît moins notre petit institut; mais lorsque vous aurez un préjugé pour vous, vous n'aurez rien à craindre.
Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de celle qu'il vous a faite de vous délivrer des peines d'esprit que vous avez eues. Il ne faut pas s'en étonner ; quiconque voudra suivre Jésus- Christ sera sujet aux tentations, et une girouette n'est pas plus sujette aux mouvements de l'air que l'esprit de l'homme aux mouvements extérieurs, par lesquels il est attiré tantôt à une chose , et puis à une autre ; et Dieu le permet pour éprouver les bons et les affermir en lui. Bienheureux sont ceux qui s'abandonnent à sa conduite, qui se confient en sa bonté et qui demeurent en paix parmi ces orages. Grâce à Dieu, vous êtes du nombre, et je prie Notre-Seigneur qu'il vous établisse de plus en plus dans l'esprit de l'Évangile.
Si votre lettre m'a consolé d'un côté, elle m'a mis d'un autre dans une très grande peine au sujet de l'indisposition de M. Jolly, dont je ne pourrai me tirer que je ne sois assuré qu'il est en meilleur état. Je vous prie de m'en donner des nouvelles certaines, et surtout de contribuer en tout ce que vous
pourrez à son soulagement et au rétablissement de sa santé, n'épargnant rien de ce qui pourra servir à cela, afin qu'au moins il puisse être en état de revenir en France, comme je l'en prie, en cas que les médecins jugent que le séjour de Rome lui est nuisible. C'est ce que j'espère de votre charité, qui suis, en celle de Notre-Seigneur, votre, etc.