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David était le moindre de ses frères, mais il était le plus agréable à Dieu, parce qu'il était le plus humble; et il a plus fait seul qu'eux tous ensemble, d'autant que l'esprit de Dieu résidait en lui. Ne doutez pas. Monsieur, qu'il n'opère aussi en vous et par vous, si vous avez Thumilité ; et bien que vous soyez le plus jeune, le moins savant, et (si vous voulez) le moins vertueux de vos confrères, vous ne laisserez pas d'être selon le cœur de Dieu, et de conduire dans les voies du Seigneur le troupeau qu'il a commis à vos soins, quoique vous y trouviez des contradictions.
Vous faites bien. Monsieur, de ne pas vous servir d'artifices pour maintenir l'obéissance dans la famille. Comme elle se doit rendre par vertu, vous la devez aussi demander par le même principe, c'est-à-dire ordonner les choses qu'il faut faire et défendre celles dont il se faut abstenir, avec simplicité, droiture et force d'esprit, mais d'une manière douce et agréable, procédant d'un cœur véritablement humble ou tendant à l'humilité. Il faut être ferme dans la fin et suave dans les moyens, usant plutôt de prières que d'aucun autre terme qui ressente l'autorité ou le commandement. Les avertissements mal reçus ne vous doivent pas faire dissimuler les fautes considérables; mais l'amour que vous devez avoir pour l'observance commune et l'avancement de chaque particulier vous oblige de remédier aux manquements par la correction publique ou secrète, mais que ce soit avec prudence et charité. Vous ne devez pas pourtant espérer de vivre parmi des hommes, fussent-ils des saints, et de ne les voir pas faillir ; car la condition de cette misérable vie les y rend tous sujets. Et que faut-il donc faire ? Certes, Monsieur, la patience et le support sont les plus efficaces remèdes que Notre-Seigneur et l'expérience nous aient enseignés pour porter les autres à la vertu.
Nous tâcherons de vous envoyer quelqu'un pour avoir
soin de Balam % puisque vous avez besoin de le garder ; mais ne vous attendez pas de profiler d'aucun ménage que vous puissiez faire. Le meilleur est d'affermer les fermes quand on s'en peut passer.
Je suis bien marri de la peine où se trouve le père de M. Daisne ^, et de ce que je ne le puis soulager ni faire assister, comme il souhaite, car je le voudrais faire de tout mon cœur; mais cette maison est presque accablée de ses propres besoins, et nous sommes souvent si épuisés que nous n'avons pas de quoi envoyer au marché, et ne savons où en prendre pour payer ce que nous y devons. J'ai peine de vous le dire, mais vous ne pourriez croire autrement que notre incommodité fût telle qu'elle est; et de recourir à d'autres, je vous assure que je ne sais à qui. La charité est fort refroidie à Paris, parce que tout le monde se ressent des misères publiques, en sorte, Monsieur, qu'au lieu de seize mille livres qu'on envoyait autrefois tous les mois sur les frontières ruinées, on a grande difficulté à présent d'y en envoyer mille. Je vous prie, faites mes excuses au père et au fils.
On m'a écrit des autres maisons de la Compagnie que quelques personnes se portent à défaire ce que d'autres y ont fait, à changer ce qui ne leur revient pas, et à ajouter ou diminuer aux usages et commodités que ceux qui les ont devancés ont établis tant au dedans qu'au dehors. Or, s'il étaii loisible à chacun d'avoir et de faire tout selon son sentiment particulier, nous ne verrions que de continuels changements et de grands désordres. C'est pourquoi. Monsieur, je suis obligé d'écrire partout que l'on se garde bien de rien innover; et je vous fais la même recommandation, et à ceux qui sont avec vous, vous priant de maintenir les choses comme