A M. G ET
SUPÉRIEUR, A MARSEILLE
Il lui parle des affaires de l'hôpital. — II refuse de le décharger de la conduite,
au moins pour le moment.
Paris, 23 novembre 1657.
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du i3. J'ai parlé à M. Desmarets, intendant de Mgr le duc de Richelieu, qui m'a dit que ledit seigneur duc écrira à M. de Ternes qu'il laisse MM. les administrateurs en possession de mettre et de changer en l'hôpital les médecins et chirurgiens qu'ils jugeront à propos, sans les obliger de recevoir le médecin royal ; ce qu'il fera, dit-il, d'autant plus que ledit médecin royal ne l'a pas voulu croire, lorsque, poursuivant à Paris son brevet, il voulut le détourner d'y comprendre l'hôpital. Ne parlez pas de ceci.
Je suis bien aise que M. Huguier soit retourné à Toulon.
Je tâcherai de vous envoyer la semaine prochaine une lettre de change de M. Simonet pour les cent soixante livres de M. Stelle et les cent soixante-dix-huit livres que M. Huguier a fournies aux forçats. Je vous prie cependant de m'en envoyer le compte par le menu, depuis le dernier que nous avons payé.
Vous ferez bien de supprimer la lettre que je vous ai en-
voyée pour M. le président Capel, pour les raisons que vous me marquez.
Je serais fort consolé de vous décharger de la conduite, parce que vous le désirez; mais je ne le puis sans faire grand préjudice à la maison et aux affaires dont vous avez le soin. L'intelligence et la sagesse que Dieu vous a données paraissent trop dans le bon ordre que vous y mettez, et je ferais conscience de les confier à d'autres, tandis que vous serez en état de continuer, comme vous Têtes, grâce à Dieu. Il ne faut pas tant s'arrêter à l'avis des médecins, qui ne sont que trop complaisants et qui ne regardent d'autre bien que la santé du corps. Il y a tantôt douze ans que vous êtes à Marseille; l'air ne vous y a pas été nuisible jusqu'à présent, et un autre air ne vous aurait pas garanti du mal qui vous est arrivé aux yeux, car à Paris il en arrive souvent de semblables ; les maladies viennent partout, quand Dieu les envoie, et je ne vois pas que, pour les éviter, les grands du monde quittent leurs villes et leurs provinces, non plus que les prélats leurs diocèses, ni les curés leurs bénéfices. C'est pourquoi. Monsieur, je vous prie, au nom de Notre-Seigneur, d'avoir patience au moins quelque temps, surtout jusqu'à ce que nous ayons mis quelque ordre aux affaires de Barbarie ; et alors, si vous le voulez absolument, nous tâcherons d'envoyer quelqu'un à votre place.
Nous faisons étudier en philosophie votre bon frère ', et puis nous en ferons un théologien, et (Dieu aidant) un bon missionnaire pour le service de son Église. Voici une lettre pour le père de feu M. Fratebas, et une que M. Le Vacher vous écrit; je vous prie de nous envoyer la caisse qu'il vous a laissée. Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.
I. Nicolas Gety né en mai 1635, à Cappy, diocèse d'Amiens; reçu à Paris le 5 octobre i633.