A LA SŒUR ANNE HARDEMONT
FILLE DE LA CHARIxé^ A U8SEL.
li bénit Dieu des grflces qu'il lui accorde, et exalte Pexce]Ience de sa vocation.
Paris, 27 novembre 1657.
Ma sœur,
J'ai sujet de rendre grâces à Dieu de celles qu'il vous fait et par vous aux pauvres; car, à ce que Je vois, M™' la duchesse, qui a vu la bonne manière dont vous vous êtes comportée, en est bien satisfaite, et je ne doute pas que la bonté de Dieu le soit aussi. Vous avez eu de la peine à vous accoutumer au pays ; mais aussi vous aurez un grand mérite devant Dieu d'avoir surmonté vos répugnances , et d'avoir plutôt fait sa volonté que la vôtre.
Continuez, ma sœur, et vous verrez la gloire de Dieu; vous posséderez votre âme par votre patience, et si une fois vous la possédez bien, Notre- Seigneur en sera le maître, puisque vous êtes à lui, par sa miséricorde, et que vous le voulez être dans le temps et dans l'éternité. O ma sœur, combien serez-vous consolée, à l'heure de la mort, d'avoir consommé votre vie pour le même sujet pour lequel Jésus-Christ a donné la sienne : c'est pour la charité, c'est pour Dieu, c'est pour les pauvres.
Si vous connaissiez votre bonheur, en vérité, ma sœur, vous seriez ravie de joie ; car, en faisant ce que vous faites, vous accomplissez la loi et les prophètes, qui nous commandent d'aimer Dieu de tout notre cœur et notre prochain comme nous-mêmes. Et quel plus grand acte d'amour peut-on faire que de se donner soi-même tout entier, d'état et d'office, pour le salut et le soulagement des affligés ? Voilà toute notre perfection. Reste à joindre l'affection à l'onction, et de vous conformer au bon plaisir de Dieu, faisant et souffrant toutes choses pour les mêmes intentions que Notre-Seigneur en a
fait et souffert de semblables ; je le prie qu'il nous fasse à tous cette grâce.
Je vous prie, ma sœur, d'avoir le soin de votre santé, et de donner souvent de vos nouvelles à M"' Le Gras, laquelle, en vérité, vous estime et chérit tendrement; croyêz-moi, honorez-la comme votre mère, et priez Notre-Seigneur pour moi, qui suis, en son amour, votre, etc.
P.-S. Voici la troisième lettre que je vous ai écrite depuis que vous êtes à Ussel, sans parler d'une que j'ai aussi écrite à la sœur Avoye, et voici la seconde pour elle.