‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 119 sur 294 · A M. JOLLY · texte numérisé non relu

A M. JOLLY

SUPÉRIEUR^ A ROME

Il le charge de diverses commissions. — Il dit que souvent les affaires les plus avantageuses n'aboutissent pas, parce que personne ne s'en occupe sérieusement. — Il le remercie du succès de toutes celles qu'il lui a confiées. — Il rengage à accepter l'établissement offert à Saint-Jean-de-Latran.

Paris, 28 décembre 1657.

J'ai reçu, avec votre lettre du 26 novembre, l'autel privilégié pour Saint-Sauveur de Melun, et les facultés pour ces

messieurs des Hébrides, dont je vous remercie. Vous aurez su depuis comme il a plu à Dieu de disposer de M. Duguin. Je vous en ai donné avis, ce me semble.

Ne demandez donc point d'extra tempora pour le frère Plunket, attendu que les raisons que vous me mandez sont assez considérables pour en demeurer là. Il est maintenant à Tréguier, où je pense qu'il aura reçu le sous-diaconat à cette dernière ordination, et il y pourra recevoir les autres ordres sacrés d'ici à Pâques. Mais pour le frère Deslions et pour les autres du même pays, dont je vous prierai ci-après de nous envoyer les extra tempora^ et qui n'auront pas une des conditions requises pour les obtenir (comme d'être sous-diacres ou nobles, ou professeurs en théologie, ou âgés de trente ans), je vous prie de faire un effort pour les avoir, en exposant le besoin que la Compagnie a de prêtres ; et si cela ne suffit, ajoutez-y ob solatium parentum senio confectorum, ou d'autres causes telles que vous jugerez à propos, sans avoir égard à la dépense.

Nous acquitterons votre lettre de change de trente-deux livres quinze sols pour l'argent que vous avez donné à Jean Félia, et ferons tenir la lettre qu'il écrit à sa mère à Villenosse.

Je vous ai prié de savoir si nos prêtres pourront en conscience exercer les consulats de Tunis et Alger, attendu que la sacrée Congrégation, qui ne veut pas donner cette permission, ne leur défend pas néanmoins de le faire, quoiqu'elle sache qu'ils en font déjà l'exercice.

Vous avez eu raison de remarquer que, dans la proposition que Mgr le cardinal Bagny vous a faite d'un établissement en son diocèse, il n'a pas découvert sa pensée touchant la fondation. Il m'a fait l'honneur de m'écrire une lettre où il m'offre de donner une maison pour ce dessein; mais il ne dit rien de la subsistance. Peut-être que Son Éminence suppose

que la maison de Rome entretiendra les missionnaires de son diocèse, ou que nous trouverons les moyens de les faire fonder de deçà, en la manière que la même maison de Rome se trouve fondée. Mais il ne faut pas s'attendre ni à l'un ni à Tautre. C'est une affaire à tirer de long, et vous ferez bien d'en user ainsi, sans pourtant faire connaître à ce bon seigneur que vous ayez ce dessein.

Quant à ce que vous me dites que plusieurs bonnes propositions se sont déjà faites, qui s'en sont allées en fumée, je vous dirai. Monsieur, que ceux qui les ont faites peuvent avoir eu bonne intention. Mais comme les œuvres nouvelles, pour saintes qu'elles soient, ne se font point si elles n'ont un promoteur qui les poursuive, celles-là n'en ayant point eu, elles sont demeurées. Grâce à Dieu, Monsieur, nous avons vu réussir heureusement les affaires qui vous ont eu pour leur premier mobile, par les soins et la bonne conduite que vous y avez apportés, en sorte que nous avons sujet de croire que tout ce qui s'est proposé aurait eu le même succès, si vous en aviez pu être le solliciteur; mais il y a des choses où nous ne devons agir que passivement.

Que savons-nous. Monsieur, s'il n'y a pas quelque chose de Dieu en la proposition de Saint-Jean-de-Latran ? Si vous y étiez logés, vous seriez citoyen de Rome, et en état de rendre de nouveaux services à Dieu, et cela ne vous empêcherait pas d'avoir une autre maison à la ville, pour y passer l'été. Puisque Ton vous recherche pour cela, vous ne devez pas vous hâter de donner l'exclusive, mais écouter les avances qu'on vous fait, et prendre conseil.

Si vous trouvez de bons prêtres de delà qui veuillent s'exercer aux missions, et que vous en ayez de bons témoignages, vous ferez bien de les y admettre, sans attendre ma réponse. C'est ainsi que la Compagnie en a usé du commencement, ayant reçu les externes à travailler avec elle, parce

qu'elle ne pouvait pas suffire à tout, et que ces messieurs-là se forment par ce moyen au service des âmes.

Je loue Dieu de ce que la supplique de Saint- Pourçain a été signée. Nous tâcherons d'acquitter la lettre que vous nous devez tirer pour ce regard.

Les livres que demande Mgr le cardinal Brancaccio, dont nous n'avons reçu la note que depuis douze ou quinze jours, bien qu'il y ait plus de cinq mois que vous nous l'avez adressée, coûteront sept ou huit cents livres, selon la supputation de M. Soly, libraire, que nous avons fait venir céans exprès pour en savoir le prix, sans compter ceux que vous demandez pour le R. P. Hilarion. Je ne sais. Monsieur, si c'est pour leur en faire présent à tous deux, ou s'ils ont dessein de les payer. J'attendrai votre réponse avant de passer outre. Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.

P,'S. Il n'y a que dix ou douze jours que j'ai reçu votre lettre du sixième de juillet, qui fait mention des livres pour Mgr le cardinal Brancaccio, et du R. P. Hilarion.

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