‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 118 sur 294 · A M. DELVILLE · texte numérisé non relu

A M. DELVILLE

PRÊTRE DE LA MISSION, A ARRAS

Il le blâme d*aToir accepté une cure, et donne les raisons de son refus de ratifier

cet acte.

Paris, 28 novembre i65j.

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre au sujet de la cure de Saint-Jean dont vous avez été pourvu, et de l'établissement que vous proposez d'y faire. Je ne vous ai pas fait réponse plus tôt, parce que cette proposition m' étant nouvelle, j'ai voulu y penser et en concerter avec nos anciens.

Je vous dirai à présent. Monsieur, que nous trouvons difficulté à cette affaire : premièrement, parce que nous avons pour règle de ne prêcher ni confesser dans les villes épiscopales (et pour cela nous nous sommes résolus de n'y accepter aucune cure, et si nous avons fait le contraire à Cahors et à Agde, c'a été avant que d'y avoir bien pensé, et pour n'avoir pu faire autrement ; car pour la cure que nous avons à Cahors, elle est la moindre de la ville; Mgr de Cahors, qui avait déjà établi et fondé un séminaire de cinquante ecclésiastiques, duquel il nous a chargés, a voulu nous charger aussi de cette cure, pour y exercer ces messieurs aux fonctions de leur état;

Mgr d'Agde a fait la même chose pour la même fin). Seconde ment, notre maxime est de ne nous établir pas en un lieu que nous n'y soyons appelés par ceux en qui réside le pouvoir, ce que nous avons observé jusqu'à présent, sans que nous ayons fait aucune avance pour nous procurer ni bénéfice, ni maison, ni établissement (et, si la Compagnie m'en croit, elle en usera toujours de la sorte). En troisième lieu, le pauvre Saint- Lazare est trop obéré pour entretenir des hommes à Arras, ainsi qu'il le faudrait faire, puisque la cure de Saint-Jean n'est pas suffisante pour soutenir une communauté.

Voilà, Monsieur, les principales raisons, entre plusieurs autres, qui nous empêchent de seconder votre intention.

Et pour vous dire mon sentiment, il me semble que vous auriez bien fait de n'aller pas si avant sans en prendre avis ; car, faute de cela, nous avons sujet de douter de la vocation de Dieu, qui est néanmoins tant importante et toujours nécessaire en pareilles occasions, où il y va de son service et du salut des âmes. Je suis, de toutes les aflfeaions de mon cœur, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.

4i3. — A M. JOLLY,

SUPÉRIEUR, A ROME

Il lui parle de la mission de Madagascar. — Il demande le sens précis d'une réponse de la sacrée Congrégation concernant les consulats. — Il le remercie de diverses affaires f qu'il a traitées. — Il demande si Ton verrait inconvénient à ce que les t missionnaires distribuassent des remèdes aux indigents.

Paris, 21 décembre lôSy.

Monsieur,

Je n'ai pas reçu de vos lettres cette semaine, non plus que les deux précédentes , à la réserve d'une vieille que je devais avoir reçue il y a cinq mois, car elle est du lo juillet. Il y en a encore une ou deux en demeure de ce temps-là. Celle-ci

était accompagnée de l'indulgence que vous avez obtenue pour un curé du diocèse d'Aire, dont je vous remercie.

Voici la relation de M. Bourdaise, que je faillis à vous envoyer par le dernier ordinaire. Je ne sais ce que Dieu fera de notre mission de Madagascar. On m'a dit que M. le maréchal de la Meilleraye a demandé aux Capucins douze de leurs pères et qu'ils les lui ont promis. Il pourrait y avoir en cela quelque chose de vrai, parce que, m'étant donné l'honneur de lui écrire pour lui donner avis que nous tiendrions prêts deux ou trois prêtres pour le premier embarquement, que l'on disait être proche, et le supplier de nous faire savoir le temps qu'il aurait agréable qu'ils se rendissent à Nantes, il ne m'a point fait réponse. J'-ai ensuite écrit à une personne de piété qui est auprès de lui, et ai même fait écrire par M. l'abbé d'Anemont à une autre pour savoir quel est son dessein, et à quoi nous devons nous attendre, sans en avoir rien appris d'assuré. Il en sera ce qu'il plaira à Dieu.

Je viens présentement de recevoir deux de vos lettres des 12 et 19 de novembre. Je ferai savoir à Mgr l'évêque du Puy, et au révérend père provincial de la Merci, ce que vous m'écrivez de leurs affaires, et leur en enverrai à chacun un extrait. En écrivant ceci, ledit Père est venu , et je lui ai fait savoir ce qui le regarde.

Je rends grâces à Dieu de la bonne disposition où est l'affaire de Saint- Pourçain, et de ce que Mgr le cardinal dataire s'y est porté favorablement. Dieu nous rende dignes par sa grâce de la bienveillance dont il plaît à Son Éminence de nous honorer. Nous payerons volontiers les mille livres que cette union doit coûter, et vous ferez bien de les payer sans demander diminution, tant pour la raison que vous marquez que pour hâter l'expédition de la bulle. Il ne faut pas douter qu'il n'intervienne des difficultés en l'exécution, mais la Providence les lèvera quand il lui plaira.

Puisque la sacrée Congrégation de propaganda Jide n'a pas voulu consentir que nos prêtres exercent les consulats de Tunis et d'Alger, il faut acquiescer à son jugement. Je voudrais bien savoir si ce défaut de consentement emporte une défense, ou si (refusant de permettre ouvertement cet exercice) elle est pour le moins disposée à le tolérer en MM. Le Vacher, en sorte qu'ils soient en sûreté de conscience : autrement ils n'ont qu'à s'en revenir et abandonner entièrement les esclaves, puisqu'il n'est pas possible de les assister, comme on a fait, sans l'autorité des consulats, ni de trouver des laïques propres pour les aller exercer avec la fermeté et le désintéressement qu'il faut pour soutenir l'œuvre de Dieu, après les mauvais traitements que les derniers y ont reçus. Néanmoins, nous n'en viendrons point à cet entier abandonnement que le plus tard qui se pourra, car, s'il arrive, ce sera un grand malheur. Vous nous enverrez donc, s'il vous plaît, les facultés apostoliques pour ces deux frères.

Je trouve la réponse que vous avez faite à Mgr le cardinal Ludovisio fort bonne et judicieuse au sujet de la proposition des évêques; et il me semble que vous n'en pouviez pas faire une plus conforme à notre constitution. Dieu vous bénisse !

Vous aurez bien fait si vous êtes allé entendre Mgr le cardinal Sainte-Croix, puisqu'il l'a tant désiré, et que vous avez besoin de prendre de fois à autre l'air de la campagne.

J'approuve que vous receviez le jeune gentilhomme français qui a fait la retraite chez vous, et autant d'ecclésiastiques qu'il s'en présentera pour entrer à la Compagnie, lorsqu'ils auront leurs titres et les qualités requises, et surtout qu'ils seront bien intentionnés.

Je vous remercie de la provision du prieuré de Chanerant que j'ai reçue pour M. Le Boyne.

Je n'ai rien à dire aux raisons que vous avez apportées à

Mgr le cardinal Bagny pour ne s'employer pas à vous faire mettre dans le palais de Saint-Jean-de-Latran, puisque c'est un lieu qui ne vous accommode point. Néanmoins, si la providence de Dieu, par Tordre du Pape, vous y logeait, il semble qu'il en pourrait arriver du bien, tant parce que ce serait un moyen pour faire servir la Compagnie au premier siège de l'Église, qu'une occasion pour entreprendre les exercices des ordinands; et cela n'empêcherait pas que, avec le temps, les missionnaires n'eussent une autre maison plus commode à la ville.

Je ne m'étonne pas des difficultés que vous trouvez dans Taffaire du sépulcre ; car elle a commencé par un mauvais fondement, M. Levazeux l'ayant entreprise sans notre avis et sans les précautions qu'il devait observer.

Prenez, s'il vous plaît, conseil pour savoir s'il y a quelque danger que les prêtres se mêlent de donner des remèdes aux pauvres gens, pour certains maux dont ils sont atteints ; pour moi, je n'y en vois pas, et il me semble que, si d'autres n'y en trouvent point, vous ferez bien de laisser exercer à M. Deu sa charité en cette rencontre, pourvu que ces remèdes corporels ne le détournent pas de ses fonctions spirituelles, et ne lui coûtent pas beaucoup de peines et de dépenses. Je suis, en Notre-Seigneur, etc.

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