A. M. CHIROYE
SUPéRZEUR^ A LUÇON.
Il rengage à résigner une cure entre les mains de son évêque.
i»*" août i635.
Monsieur,
Or sus, Monsieur, puisque vous reconnaissez que c'est le meilleur pour la Compagnie de n'avoir point de cures, et que c'est contre Tusage que les particuliers en aient, que ne faitesvous donc ce que tant de fois je vous ai prié de faire, qui est de remettre celle que vous tenez entre les mains de monseigneur révêque ?
La raison de conscience que vous m'opposez est un scrupule sans fondement ; car, quand il arriverait que mondit seigneur pourvoirait mal ce bénéfice, ce que je ne crois pas, qui vous a dit que vous en seriez responsable devant Dieu ? Cela ne peut être ; au contraire, vous le seriez si vous veniez à le résigner à un homme qui ne s'acquitterait pas de son devoir. Vous seriez alors coupable de ce mauvais choix, et peut-être des fautes qu'il ferait ensuite ; outre qu'il y a justice de remettre une cure que vous ne pouvez tenir au pouvoir de celui qui vous l'a donnée, surtout quand cela se peut sans danger, comme vous le pouvez, ne vous étant pas loisible de juger mal de votre évêque, ni de dire sans témérité qu'il donnera un mauvais pasteur à cette paroisse, si vous-même ne le lui donnez, d'autant que vous ne savez pas comment il en usera. S'il ne s'est pas trompé quand il vous a choisi , vous devez estimer qu'il ne se trompera pas non plus dans le choix qu'il fera d'un autre. C'est pourquoi. Monsieur, je vous prie de la lui remettre au plus tôt, purement et simplement, pour en pourvoir telle personne capable qu'il lui plaira de choisir, etc.
PRÊTRE DB LA MISSION
11 rexhorte i une grande soumission à la volonté de Dieu.
!•' août i653.
Monsieur,
Comme votre âme m'est chère, tout ce qui me vient de votre part me console; c'est l'effet que j'ai senti de votre lettre, quoique j'en aie senti en même temps un autre tout contraire par la part que je prends à tout ce qui vous touche, à savoir beaucoup de peine de celle que vous souffrez.
Sur quoi je vous dirai. Monsieur, qu'il y a apparence que Notre-Seigneur a permis le sujet qui la cause pour mettre votre patience à l'épreuve, et j'espère que vous en ferez l'usage qu'il demande ; car vous pouvez lui rendre un grand honneur en vous soumettant amoureusement à sa conduite et vous résignant au changement de votre emploi pour ne vouloir que ce qu'il veut. Pour le moins, devez-vous étouffer les saillies de votre propre volonté dans ces sentiments de la nature émue, afin de ne la pas suivre dans le trouble où elle est, crainte d'irriter le mal au lieu de le guérir, suivant en cela les médecins qui ne donnent point de médecines aux malades durant qu'ils ont la fièvre.
Si néanmoins. Monsieur, après que vous aurez résisté quelque temps à ce désir que vous avez de changer de demeure et non pas d'occupation, et que vous aurez beaucoup prié Dieu pour cela, vous voyez que votre peine pourrait à la fin prévaloir sur vos forces, mandez-le-moi : nous tâcherons de vous tirer de ce danger en vous mettant dans un état de paix, lequel je vous souhaite de tout mon cœur, sachant bien que, sans la tranquillité de l'esprit, il est difficile de réussir dans aucun exercice ; mais comme elle dépend principalement de Dieu et de notre indifférence, il faut aussi
établir ces deux principes en nous et la chercher dans ces deux sources. C'est ce que je vous prie de faire, étant, en Tamour de Notre-Seigneur, votre, etc.