A M. OZENNE
SUPÉRIEUR, A VARSOVIE
Les bruits de gaerre entre la Suède et la Pologne l'ont porté à faire des démarches près de Pambassadeur de France en Pologne pour protéger les missionnaires, et à contremander un départ de missionnaires et de Filles de la Charité. — il fait des Toeux pour la persévérance de la première postulante. — Il exprime sa reconnaissance pour M. de Fleury. ~ Il annonce un départ pour Madagascar.
Paris, 27 août i655.
Monsieur,
J'ai reçu deux de vos lettres et vous en recevrez deux de moi par cet ordinaire. Vous ne me dites rien de la fâcheuse nouvelle que nous avons ici que les Suédois ont fait plusieurs irruptions en Pologne, dont j'ai ressenti une très grande affliction. Nous prions Dieu céans et je le fais prier partout qu'il ait agréable de détourner l'orage et de prendre en sa protection spéciale le roi, la reine et leurs États. On nous a dit que leurs députés sont retournés vers le roi de Suède; plaise à Dieu qu'ils en rapportent une paix, mais une paix qui soit telle que Dieu seul la peut donner. Cette espérance a un peu diminué notre douleur, et l'incertitude des événements nous a fait penser à écrire à l'ambassadeur de France en Suède, afin qu'il s'emploie vers ledit roi de Suède pour donner protection aux religieuses de Sainte-Marie, aux filles de la Charité, et aux prêtres de la Mission de Varsovie, si besoin est. Il faut espérer que Dieu ne permettra pas que son armée en approche ; mais la crainte nous a suggéré cette précaution ; elle nous a aussi obligés d'écrire en diligence à Rouen pour faire revenir M. Berthe avec les frères et les filles de la Charité qui s'en allaient vous trouver, et qui partirent d'ici la semaine passée. Il y a apparence que ma lettre les a trouvés
partis, parce que je n'en ai appris aucune nouvelle depuis leur départ.
Dieu donne la persévérance, s'il lui plaît, à cette bonne fille que la reine a mise comme la première plante parmi les sœurs de la Charité, pour être du corps, et qu'il veuille, par sa grâce, les multiplier de delà, et les remplir de la vertu dont elles portent le nom !
Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il reçoive en sa gloire l'âme de cette bonne dame qui vous a donné le patronage de Sainte-Croix ; qu'il sanctifie de plus en plus le bon M. de Fleury; qu'il ait agréable les biens qu'il fait et accomplisse ses saintes intentions partout et en toutes choses. Je suis plein de ces souhaits pour lui , dans l'impuissance où je suis de lui manifester autrement ma reconnaissance, étant si inutile à son service. Vous pouvez pourtant l'assurer de mon obéissance, autant de fois que vous en aurez l'occasion.
Voilà trois ou quatre vaisseaux qui s'en vont à Madagascar; M. le maréchal de la Meilleraie, qui les y envoie, me demande deux prêtres, et veut qu'ils soient à Nantes le 4 septembre. Le temps est bien court et nos ouvriers trop éloignés pour satisfaire à son ordre ; nous ferons néanmoins ce que nous pourrons. Nous avons céans quatre enfants nègres venus de ce pays-là.
Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, de vous et de votre chère famille que je salue cordialement, etc.