‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 139 sur 294 · VICAIRE GÉNÉRAL DE SOISSONS · texte numérisé non relu

VICAIRE GÉNÉRAL DE SOISSONS

Il affirme la légitimité d^une ordonnance synodale. — II remercie de l'offre qui est faite d'une abbaye, mais il voit les plus grandes difficultés à la réalisation. — Il donne les raisons qui ont empêché de donner une mission.

Paris, 10 juillet i658.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire avec le respect que Dieu m'a donné pour votre personne. Pour répondre à la proposition que vous m'avez faite. Monsieur, il n'appartient pas à un pauvre prêtre comme moi de toucher à ce que Dieu a mis au-dessus de ma tête. Je vous dirai néanmoins que l'ordonnance faite au synode est conforme au décret de la Congrégation des rites, et que le prélat en peut disposer pour une juste cause.

Je vous remercie très humblement de ce que vous pensez

à nous au sujet de l'abbaye d'Orbais ' ; nous vous sommes très obligés de nous souhaiter un tel avantage, quoiqu'il soit hors d'espérance; l'union des abbayes est très difficile en France, et pendant dix ans que j'ai été employé aux affaires ecclésiastiques je n'en ai pas vu accorder une seule. L'union des menses conventuelles ne l'est pas moins; feu Mgr de Saint-Malo avait uni celle de son abbaye de Saint-Méen à son séminaire, et y avait établi la Compagnie ; mais nous avons eu beaucoup à souffrir de la part des religieux. Jusqu'à présent il a plu à notre Saint-Père le Pape de confirmer cette union.

' Je ne sais pas de quoi vous me faites l'honneur de me dire que les habitants de Montmirail se plaignent ; si c'est de l'hôpital, c'est sans sujet : premièrement, parce qu'il est au seigneur qui l'a fondé et qui en a donné le gouvernement aux prêtres de la Mission; j'ai passé deux ans sans le vouloir accepter depuis que le R. P. de Gondy m'en parla la première fois ; et, en second lieu, parce qu'il est mieux gouverné qu'il n'était du temps des religieuses, ni pendant qu'il y avait un receveur. Nous y avons mis deux filles de la Charité, et cela va fort bien. Si c'est de la maladrerie, c'est une autre affaire : nous en parlerons la première fois que j'aurai l'honneur de vous voir.

Ce n'est pas notre fait d'enseigner la jeunesse à Condé; et ce n'est pas à nous non plus de rechercher aucun établissement; ceux que nous avons, grâce à Dieu, nous sont venus sans demander; aussi, de toutes les personnes du monde la plus indigne d'obtenir quelque grâce de M™* la princesse de Carignan, c'est peut-être moi.

Pour la fondation de M"* de Bêchevelle, il est vrai que nous n'en sommes pas payés; mais ce n'est pour cela, Monsieur,

I. Orbais-l^Abbaye, dans le canton de Montmort (Marne); c'était une 'abbaye de bénédictins.

que la mission n'a pas été faite à Beuvarde depuis longtemps, mais à cause que feu Mgr de Soissons se montrait difficile à cela, et que depuis sa mort je n'y ai pas fait réflexion, outre que notre pauvre maison de Fontaine, à laquelle nous avons transporté cette fondation, a souffert tant de pertes qu'elle n'a pu entretenir qu'un ou deux prêtres, et encore ont-ils contracté des dettes qu'il a fallu payer. J'espère, Dieu aidant, Monsieur, qu'une des premières missions qu'elle fera sera celle-là. Vous nous ferez la grâce de nous avertir toujours de notre devoir, et de prier Dieu qu'il nous fasse celle de nous en acquitter pour sa gloire et le service des âmes. Je suis, en son saint amour, de toutes les tendresses de la mienne. Monsieur, votre, etc.

Page 1