‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 143 sur 294 · A MA SŒUR HARDEMONT · texte numérisé non relu

A MA SŒUR HARDEMONT

FILLE DE LA CHARITÉ^ A USSEL

Il lui affirme qu'elle se trompe en pensant qu'on Ta envoyée au loin pour se débarrasser d*elle. — Il lui annonce U mort et les naladies des «œars envoyées à Calais, où elle-même devait ôtie envoyée. — Il l'exhorte à mériter la couronne qui récompense les bonnes filles de la Charité.

10 août i658.

Ma chère sœur,

J'ai reçu plusieurs de vos lettres, et beaucoup de peine de celle que vous souffrez; oui, je vous porte compassion de voir que votre pauvre cœur gémit, oppressé de ce grand dégoût que vous avez de delà; Dieu veuille, par les miséricordes de sa douceur, adoucir votre mal, et vous faire voit* que vous êtes plus heureuse que vous ne pensez !

Oui, ma sœur, notre bonheur est dans la croix, et Notre- Seigneur n'a voulu entrer dans sa gloire que par les amertumes ; il vous conduit par la voie des saints : ne vous en étonnez pas, je vous en prie ; mais ayez patience, laissez4e faire, dites-lui que sa volonté soit faite et non pas la vôtre. Je sais bien que vous êtes dans cette pratique et que vous vous offrez à lui, pour souffrir ce qu'il lui plaira ; mais il faut continuer avec confiance, et non pas vous laisser abattre par le découragement.

Si vous tenez ferme pour demeurer au lieu où vous êtes et

pour vous surmonter au service des pauvres, vous mériterez que sa divine bonté change votre tristesse en joie et vos aversions en plaisirs (et c'est ce qu'il fera, comme j'espère), et vous édifierez votre sœur et l'encouragerez à la pratique des vertus.

Vous avez pensé que M"" Le Gras vous avait envoyé en ce pays-là pour se défaire de vous. O Dieu ! ma sœur, que ce sentiment est éloigné de la vérité ! car je sais qu'elle vous estime et affectionne, et qu'elle a voulu procurer votre bien, en vous envoyant avec une dame de grande piété, pour le service de Notre»-Seigneur et le soulagement de ses pauvres membres. Certes, vous devez remercier Dieu du choix que sa providence a fait de vous pour aller à Ussel ; car si vous aviez été id, on vous aurait envoyée à Calais, où la reine nous ayant commandé d'envoyer quatre soeurs pour l'assistance des blessés de l'armée, elles y sont tombées toutes malades et deux y sont mortes. Je ne sais si les autres en relèveront : ce qui nous a obligés d'en envoyer encore quatre, qui sont parties avec beaucoup de résolution, nonobstant le danger ; et la plus ancienne de la Compagnie, qui est la sœur Henriette, ayant su la maladie et le décès de ses sœurs, a demandé à aller prendre leur place, par un mouvement que Dieu lui a donné d'aller exposer sa vie pour le prochain, qui est un acte d'amour de Dieu des plus agréables à sa Majesté. Et bienheureuses sont ces âmes qui sont mortes dans l'exercice de la charité, dont elles ont porté le nom !

Et vous, ma sœur, qui le portez aussi, vous êtes encore neureuse d'être en lieu et en état de donner vos soins, vos travaux et votre vie même pour la charité, pour emporter la même couronne, et peut-être une plus grande. Je vous prie donc, ma sœur, de vous bien résoudre à demeurer en paix là où vous êtes, sans admettre aucune pensée pour le retour ici, ni pour être envoyée à Cahors. Pour la première chose,

il n'est pas expédient, et pour l'autre, ce n'est pas chose prête. Je prie derechef Notre-Seigneur qu'il vous fortifie et qu'il vous bénisse. Je suis, en son amour, etc.

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