A M. PESNELLE
SUPl&RIEUR, A GÂNES.
Il loue ses humbles sentiments à Tégard de la supériorité dont il est chargé. —Il l'engage à établir la pratique de demander pardon quand on a offensé un confrère ; — à reprendre ceux qui manquent au règlement; — à témoigner sa reconnaissance au cardinal-archevêque.
3o août i658.
Monsieur,
Je ne doute pas que la sainte humilité ne vous donne les sentiments que vous me témoignez sur le sujet de votre supériorité; mais comme c'est Dieu qui gouverne toutes choses par son adorable sagesse, nous devons estimer qu'il conduit aussi la Compagnie en général et chaque maison en particulier, et qu'elles seront très bien conduites, si de notre côté nous sommes fidèles à la pratique des maximes de l'Évangile et des observances de notre Institut. Vous êtes sans doute entré dans cette disposition, lorsque vous vous êtes proposé de maintenir dans la famille l'union et l'exactitude, qui sont les deux fins principales d'une bonne conduite. Vous m'en demandez même les moyens, mais il faudrait trop de temps pour vous les écrire; je vous dirai seulement que, pour conserver la paix et la charité parmi les vôtres, il les faut accoutumer à s'entre-demander pardon à genoux, toutes les fois qu'il leur arrivera de dire ou de faire quelque chose qui altère tant soit peu la charité.
Un jour, une supérieure de filles religieuses me disait que l'union était grande en sa communauté, et je lui demandai à quoi elle en attribuait la cause. Elle me répondit qu'après Dieu c'était à la pratique qui était entre les sœurs de se demander pardon des paroles d'aigreur ou contraires au respect ; et en effet j'ai remarqué que ce remède est très utile parmi nous, car j'ai tâché d'y en introduire l'usage et d'y recourir moi-même, lorsque je tombe dans ces défauts ; et vous verrez. Monsieur, que cette pratique d'humilité, si vous
la mettez en vigueur, sera comme un baume précieux en votre maison, qui adoucira les piqûres des langues et les ressentiments des cœurs.
Par l'exactitude au règlement et aux pratiques, outre le bon moyen que vous vous proposez, qui est d'en donner l'exemple, il vous servira beaucoup de n'en souffrir la transgression dans les autres sans les en avertir, ni sans quelquefois leur en donner des pénitences, surtout pour les récidives .
Vous faites selon l'esprit et la volonté de Dieu de témoigner grande reconnaissance à Mgr le cardinal pour ses incomparables bienfaits, et de lui en renouveler souvent nos très humbles remerciements. Il ne faut pas craindre d'excéder en cet endroit, bien que son humilité ait peine à le souffrir, puisque sa bonté paternelle semble n'avoir pas de bornes pour nous.
Vous ne devez pas tellement laisser les choses comme elles sont, ainsi que vous dites le vouloir faire, en attendant le visiteur, que vous ne vous efforciez de redresser les obliques, d'arrêter les mauvaises, s'il y en a, et de rendre les bonnes meilleures. Peut-être entendez-vous parler des façons de faire de la personne qui tend à l'indépendance. En ce cas, ayant de la peine d'en venir à bout, vous ferez bien de la supporter jusqu'à ce que le visiteur lui ait parlé. Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu'il vous fasse profiter des sujets d'abjection que vous reconnaîtrez en vous, au^si bien que des actions louables que vous verrez en autrui, qu'il vous éclaire dans les doutes et vous encourage dans les difficultés ; qu'il vous anime de son esprit de force, de suavité et d'indulgence, etc.