‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 16 sur 294 · DE LYON · texte numérisé non relu

DE LYON

II Tai donne les raisons qui s'opposaient à l'acceptation d'une fondation qu'il voulait

faire.

10 septembre i655.

Monsieur,

Je me donne l'honneur de vous écrire la présente pour vous remercier derechef des bonnes volontés que le bon Dieu vous a données pour notre petite Compagnie, qui en est très

I. M. Mathurin de Belleville, né à Brix, diocèse de Coutances, en 1624; reçu à Haris le i*'' mai 1654. 11 mourut en mer le 18 janvier i636.

indigne, et néanmoins , Monsieur, très reconnaissante. Je prie Notre-Seigneur qu'il soit votre récompense du bien que vous nous offrez et de la gloire que vous lui voulez procurer. Nous serons obligés de Ten prier toute notre vie, quand bien même votre intention ne s'accomplirait pas au sujet de notre établissement. Comme j'en vois quelques difficultés de notre côté, je vous supplie très humblement. Monsieur, d'avoir agréable que je vous les représente, pour réponse aux propositions que vous m'avez envoyées.

La première est que nous sommes trop pauvres pour faire subsister de delà les prêtres que vous demandez, d'ici au temps où ils doivent jouir de votre donation.

Secondement, Monsieur, cette fondation n'est pas suffisante pour nourrir six prêtres, lors même qu'ils en seront possesseurs : nous avons expérience qu'il faut au moins mille livres pour trois personnes ; et tout ce qu'on pourrait faire avec mille deux cents serait d'entretenir trois prêtres avec un frère ou serviteur ; on dépense la moitié plus à la campagne où l'on fait la mission que dans la maison.

Enfin, Monsieur, il n'y a point d'ecclésiastique qui voulût entrer en notre Congrégation si on lui disait qu'il ne pourrait jamais dire la sainte messe ni pour lui, ni pour ses parents et amis, ni pour autre intention que ce soit que pour un défunt seulement, ainsi que vous y voulez obliger ceux qu'on vous donnerait. Nous ne pouvons donc pas. Monsieur, les y soumettre, si ce n'est trois ou quatre fois la semaine chacun au plus ; et puis l'Église ne permet pas qu'on dise des messes de Requiem certains jours, comme les dimanches et les fêtes principales. Selon cela. Monsieur, j'espère que votre bonté nous excusera; ou- si c'est le dessein de Dieu que le vôtre s'exécute, qu'il vous fera agréer les conditions que nous avons exposées et que nous pouvons accomplir : ce que nous attendons avec patience, en continuant de prier Dieu qu'il vous

conserve et sanctifie de plus en plus, et qu'il nous donne les occasions de vous servir, particulièrement à moi qui suis plein d'estime et de révérence pour votre personne, et qui suis, etc.

Page 1