I. Trésor
qui ne soit parfois indisposé. En quelque lieu que Ton aille, on y porte son corps, qui est sujet à cela. A quoi j'ajoute qu'il vous sera difficile de trouver ailleurs les mêmes traitements en vos infirmités que la Compagnie fait à ses enfants. Elle a des médecins à gages, elle a des remèdes et des personnes pour les panser, et pourvoit avec grande charité au reste de ce qui convient pour leur consolation et soulagement. Et ainsi son intention est que la maison où vous êtes ait soin de vous quand vous êtes incommodé; et j'estime qu'elle n'y omet rien. Si néanmoins il y avait quelque chose à dire, il faudrait me le mander pour y remédier.
Vous croyez que vous êtes d'une complexion délicate; mais je vous ai toujours vu en état de faire comme les autres, et je n'ai pas encore su que vous avez eu de maladie considérable, ni que rien vous ait empêché d'aller votre train ordinaire. Mais quand il serait vrai que vous êtes atteint de quelque infirmité notable, ce n'est pas un sujet suffisant pour rompre une promesse que vous avez faite à Dieu de vivre et de mourir en la Compagnie. Mon Dieu, Monsieur, que voulez-vous faire? Quoi! être infidèle à Dieu qui vous a appelé? tourner le dos à votre vocation qui vous fournit tant de moyens de vous sauver, et perdre en un moment une éternité de bonheur qui ne se donne qu'à la persévérance ? O Monsieur, que vous auriez grand regret à votre mort si vous aviez fait une telle faute ! car elle est de la nature des irrépables, puisque, en abandonnant l'état où Dieu vous a mis, vous seriez en grand danger qu'il vous abandonnât à celui que votre propre volonté vous aurait fait préférer. Gardez-vous bien de la suivre ; faites quelques jours de retraite pour considérer l'importance de faire la volonté de Dieu et d'accomplir vos vœux et vos règles. Vous y êtes obligé, ainsi que je vous Tai fait voir par la lettre que je vous ai écrite au mois d'octobre dernier.
Je vous dis donc que je ne puis et ne veux, de parole ni par écrit, vous permettre de sortir de la Compagnie, ni par conséquent vous accorder le reste que vous demandez, parce que Je suis, de la bonne manière et en Tamour de Notre-Seigneur, votre, etc.