I. M. Desbordes, conseiller au Parlement
craindre pour nous ; et cependant la cour nous a dépouillés de cette ferme, comme si nous l'avions dérobée. Tant il est vrai que les opinions sont diverses, et qu'il ne faut jamais s'assurer sur le jugement des hommes.
2*" Nous n'avions pas été jugés selon le droit, ni selon la coutume, mais sur une maxime du parlement, qui ôteà l'Église tout le bien qu'il peut et empêche que celui des familles y entre; c'est pourquoi voyant cette grosse pension que nous donnions à feu M. et M"* Norays, il est arrivé quelque calomnie de notre partie adverse, qui leur a persuadé que par cet appât nous voulions finement en attraper d'autres, et c'est ce qui nous a fait perdre notre procès, ainsi que plusieurs juges l'ont avoué. Or, comme au jugement de la requête civile nous aurions à faire aux mêmes juges, ils nous jugeront aussi par la même maxime.
3* Nous ferions un grand scandale, après un arrêt si solennel, de plaider pour le détruire; on nous blâmerait de trop d'attache au bien, qui est le reproche qu'on fait aux
ecclésiastiques, et, nous faisant tympaniser dans le palais, nous ferions tort aux autres communautés, et serions cause qup nos amis seraient scandalisés en nous.
4" MM. Marsoliers, frères et héritiers de feu M"' Norays, ayant vendu le droit qu'ils pouvaient avoir sur ladite ferme à M. Norays, notre partie, 'un de leurs cousins est venu au retrait de ce droit-là, et en a commencé l'instance : c'est un homme depuis peu reçu conseiller au parlement de Tours, fort raffiné aux procès, de sorte que nous aurions deux forts adversaires à combattre.
5* Nous avons sujet d'espérer, Monsieur, que si nous cherchons le royaume de Dieu, comme dit l'Évangile, rien ne nous manquera, et que si le monde nous ôte d'un côté. Dieu nous donnera de l'autre, ainsi que nous l'avons même éprouvé, depuis que la grand'chambre nous a ôté cette terre, car Dieu
a permis qu'un conseiller de la même chambre, étant venu.à mourir, nous a laissé quasi autant que ce bien-là vaut.
6** Enfin, Monsieur, pour vous dire tout, j'ai grande peine, pour les raisons que vous pouvez penser, d'aller contre le conseil de Notre-Seigneur, qui ne veut pas que ceux qui ont entrepris de le suivre plaident. Et si nous l'avons déjà fait, c'est que je ne pouvais pas, en conscience, abandonner un bien si légitimement acquis, et un bien de communauté dont j'avais l'administration, sans faire mon possible pour le con« server ; mais à présent que Dieu m'a déchargé de cette obligation par un arrêt souverain, qui a rendu mes soins inutiles, je pense. Monsieur, que nous en devons demeurer là ; d'autant plus que si nous venions à succomber une seconde fois, ce serait une note d'infamie, qui pourrait préjudicier au service et à l'édification que nous devons au public.
Je vous supplie très humblement, Monsieur, vous qui avez l'esprit tout rempli des maximes chrétiennes, de considérer toutes ces raisons, et d'être assez agréable de m'en écrire votre sentiment. Ce sera une nouvelle obligation que nous ajouterons à tant d'autres que nous vous avons.
Je suis cependant, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.